27. janv., 2020

Midi Madagascar
Le 22 janvier 2020

12. déc., 2019

"Pas de planète, pas de retraite", "métro-boulot-caveau" : ces slogans de la manif du 5 décembre qui montrent une convergence des luttes

Par Laurence Dequay, Grand reporter social

Publié le 06/12/2019 à 11:06

 

Exceptionnelle, bariolée, joyeuse, une foule de 250.000 manifestants, selon la CGT, a battu le pavé parisien, ce jeudi 5 décembre, pour dire "non" au projet de retraite universelle par points. Cette coagulation va contraindre Emmanuel Macron à repenser son quinquennat.

Exceptionnelle, bariolée, joyeuse, une foule de 250.000 manifestants, selon la CGT (65.000 selon la police), a de 13 heures à 19 heures battu alertement le pavé parisien, entre Gare de l’Est et Place de la Nation, pour dire « non » au projet de retraite universelle par points. Le succès populaire de cette mobilisation comme les grèves reconduites à la SNCF et la RATP vont contraindre Emmanuel Macron à redessiner cette réforme et l’acte deux de son mandat.

Ce 5 décembre, pour la première fois, en dépit de quelques heurts, des défilés organisés par les syndicats - CGT, Force Ouvrière, Solidaires, FSU notamment, - ont en effet convergé, en reprenant à tue-tête, la chanson frondeuse des gilets jaunes : « On est là, on est là, même si Macron y veut pas, nous on est là. » Et la bigarrure de leur cortège récitait deux ans et demi de frustrations populaires amassées depuis la dernière présidentielle…

En flots serrés, des gilets jaunes entrainaient dans leur sillage les sapeurs-pompiers mobilisés depuis des mois, des danseurs et chanteurs de l’Opéra de Paris inquiets pour leurs pensions, des bibliothécaires, des blouses blanches hospitalières qui seront encore en grève le 17 décembre, de jeunes conductrices de la RATP, chapeautées d’un « est-ce que j’ai une tête de privilégiée ? ». Des salariés du secteur privé débarqués en car espéraient, à leur retour, convaincre leurs collègues de dépasser leurs peurs pour participer plus activement la semaine prochaine aux grèves. « Nos collègues de Nozay ont été intéressés par nos tracts, ils ont compris ce qu’ils risquaient. Mais ils sont tellement écœurés qu’ils pensent plutôt à tout plaquer », se désolait de son côté Laurent Richard, le délégué syndical CGT de Nokia.

"Rêve générale"

Des bataillons innombrables d’enseignants défilaient, sac « sois prof et tais toi » pendu autour du cou, très remontés. Les personnels du ministère de l’agriculture agitaient leur banderole verte : « halte à la régression sociale, imposons d’autres choix. » L’autocollant le plus placardé sur les manifestants du cortège était sans conteste « rêve générale », un slogan créé au printemps 2006 pour la manifestation anti-contrat première embauche. Comme certains slogans anticapitalistes, des pancartes « le calcul des poings », « les riches se gavent, le peuple en bave, alliance populaire rouge-vert-jaune. », il racontait l'exaspération des grévistes à l’endroit du néolibéralisme.

Dans le brouillard hivernal illuminé de guirlandes de Noël, des étudiants venus notamment de Nanterre, foyer de Mai 68, des jeunes travailleurs rajeunissaient sérieusement les rangs des routiers des manifestations sociales. Dénonçant pèle-mêle, le « métro-boulot-caveau », leur appauvrissement, la précarisation des retraités, la casse des services publics sur des tissus tendus… jaune canari. « Macron, fais comme moi, taxe tes potes ! », pouvait-on lire sur un abribus.

Avec les écolos

La convergence entre les gilets jaunes et le mouvement social se doublait ce 5 décembre d’un réchauffement net des liens tissés avec les jeunes mobilisés pour la planète et la défense du climat. Une coagulation souhaitée depuis des mois par les deux camps, sous le slogan ironique : « Pas de planète, pas de retraite. » « Les riches polluent bien plus que les pauvres au mode de vie plus frugal, tançait Tom 29 ans, organisateur des mobilisations de Greenpeace France. Depuis des mois, nous martelons que nous ne règlerons pas le problème climatique si nous ne réduisons pas en même temps les inégalités sociales. » L’ONG était donc satisfaite d’avoir entrainé dans la manifestation contre la réforme des retraites, a priori pas la tasse de thé de ses troupes, des dizaines de militants. Pour l’occasion, les écolos d’une autre chapelle, celle d’Extinction Rebellion, déclinaient leur propre slogan : « Extinction de masse des droits sociaux ».

La sociologue Monique Pinçon-Charlot, en basket rouges et lipstick assorti, semblait sur un petit nuage. « Nous qui sommes des spécialistes de la domination exercée par les riches, nous savons qu’ils ont poussé le bouchon trop loin. A la révolution ultra-conservatrice prônée par Emmanuel Macron qui n’est qu’un grand bond en arrière, il faut opposer une révolution anticapitaliste. » haranguait l'intellectuelle engagée de 73 ans. Ravie d’envisager un avenir qui nous verrait moins consommer, prendre le temps de vivre, de s’aimer de « proclamer une solidarité poétique » concluait-elle, avant de reprendre son cheminement alerte sous sa pancarte explicite: « les régimes spéciaux à supprimer sont ceux de l’oligarchie capitaliste »

Edouard Philippe, à qui il reviendra mardi 9 décembre, après les premières déclarations du Haut-commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye lundi, de déminer l’horizon du quinquennat d’Emmanuel Macron, va de toute évidence, devoir faire preuve d’une imagination nouvelle pour faire rentrer dans son lit cette contestation qui vient de coaguler.

 

9. déc., 2019

Annonces aux personnels de l'hôpital : les calculs sont pas bons, Edouard !

Par Laurence Dequay, Grand reporter social

Publié le 21/11/2019 à 11:35

Le plan hôpital à 1,5 milliard d’euros (300 millions en 2020) présenté par Edouard Philippe ce mercredi 20 novembre ne satisfait pas les personnels les plus modestes de ce service public, infirmiers et aides-soignants, qui s'inquiètent en outre pour leur future retraite.

Depuis huit mois, les personnels hospitaliers, des urgences notamment, réclamaient deux avancées. Que l’Etat leur donne des moyens de soigner dignement leurs patients, en investissant dans leur service public. Qu’on leur accorde enfin, après des années de quasi-blocage de leurs salaires, des augmentations de salaire de l’ordre de 300 euros. De son côté, le gouvernement redoutait lui, que leur révolte ne coagule avec celle qui se lève, contre son projet de réforme de retraite universelle par points. Résultat des courses ? Un plan qui ne devrait pas éteindre complètement la fronde...

Certes, la fédération hospitalière de France, par la voix de Frédéric Valletoux, se réjouit qu’Edouard Philippe ait annoncé la reprise par l’Etat de 10 milliards de dettes des hôpitaux sur 30. Sur trois ans, ce geste pourrait soulager leur budget de 280 millions d’euros d’intérêts par an. Car ces 1.100 établissements assumaient jusqu'ici cette dépense pour le compte d'une puissance publique qui, depuis des décennies, a sous-investi dans leurs services. Au point que certains d’entre eux ont contracté de périlleux crédits à taux variables. Naturellement, la FHF apprécie aussi que 400 millions d’euros de crédits alloués en 2019 et jusqu’ici mis en réserve (pour qui, pour quoi ?) soient magiquement décongelés avant Noël.

"On se moque complétement de nous !"

Mais en 2020, les dépenses hospitalières ne pourront progresser que de 2,4% (contre un Ondam, objectif national des dépenses d'assurance maladie, prévu à 2,1% initialement). Or si l’on tient compte notamment du vieillissement de la population française, ces dépenses devraient augmenter de 4,4%... "Ce plan n’est donc en réalité qu’un petit allègement du plan d’économie qui assèchera cette année encore les finances de l’hôpital public", tonne Jean-Louis Benoît, président de la Fédération des mutuelles de France, qui gère 280 services de soins mutualistes.

Surtout, les personnels hospitaliers mobilisés espéraient une revalorisation franche de leurs salaires de base, plus ou moins bloqués au niveau de l’inflation depuis une décennie. Or de ce point de vue, le gouvernement préfère accorder des primes aux infirmiers et aides-soignants, plutôt que des augmentations de salaire. Ainsi, ceux qui se formeront à la prise en charge des personnes âgées (60.000 espérés) seront gratifiés de 100 euros de plus par mois.Les personnels de la petite couronne parisienne recevront quant à eux 66 euros net par mois et 20 euros net par mois d’intéressement, décidés dans chaque établissement.

Le problème de la retraite

"On se moque complétement de nous ! s’est emporté sur Franceinfo Thierry Amouroux, porte parole du syndicat national des infirmiers. Nous, ce que l'on demande, c'est être revalorisé à hauteur de nos compétences et de nos responsabilités. On ne demande pas une prime d'accès au logement pour les gens de banlieue parisienne ! ». Quand le secrétaire général du syndicat SUD-Santé de l'AP-HP, sur la même ligne, critiquait cette distinction Paris/province, en accusant le gouvernement de déployer une stratégie de division "dans la crainte que la convergence des colères ne se fasse en fin d'année".

De fait, si ce sujet des primes versus salaires est aussi sensible dans la fonction publique hospitalière, c’est que tous personnels confondus, ces gratifications représentent déjà 22,1% de leurs rémunérations. Mais qu'elles n’améliorent le calcul de leur future retraite que lorsqu’elles s’accompagnent de cotisations sociales complètes versées par l’employeur; ce qui n'est pas le cas pour toutes leurs primes. Cette situation attise donc les craintes des hospitaliers modestes à l'endroit du projet de réforme de la retraite universelle par points contre lequel manifesteront et feront grève le 5 décembre, les syndicats CGT, FO, Solidaires, FSU et de nombreuses professions.

 

20. nov., 2018

Le Huffpost

29/10/2018

Pourquoi la France connaît une pénurie de médicaments sans précédent

Des médicaments essentiels, comme le Sinemet pour les malades de Parkinson, sont en ruptures de stock. La situation inquiète.

  • La rédaction du HuffPost

PIKSEL via Getty Images

Dans les colonnes du Parisien, ce lundi 29 octobre, le président de l'association France Parkinson alerte la population sur la pénurie en Sinemet (photo prétexte).

SANTÉ - Il tire la sonnette d'alarme. Dans les colonnes du Parisien, ce lundi 29 octobre, le président de l'association France Parkinson alerte la population sur la pénurie en Sinemet, un médicament essentiel dans le traitement contre la maladie cérébrale. Ce n'est pas le seul. D'autres produits indispensables pour la santé sont aussi en rupture de stock.

Des antibiotiques, un vaccin, des traitements contre le cancer ou l'hypertension. Sur le site de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, on trouve une liste colossale de médicaments en difficulté d'approvisionnement ou impossibles à trouver. Un phénomène qui touche aussi bien les hôpitaux que les pharmacies de ville.

La situation est alarmante. L'an dernier, pas moins de 530 médicaments manquants ont été signalés. C'est ce qui a poussé le Sénat, dans un document publié le 2 octobre dernier, à lister 30 propositions pour venir à bout de cette pénurie, la première d'une telle ampleur dans l'histoire de la France. Ils souhaitent empêcher qu'une situation pareille se produise à l'avenir.

Des médicaments à "prix bas"

Comme le souligne le quotidien économique Les Échos, le rapport des sénateurs propose notamment d'expérimenter des "exonérations fiscales ciblées pour les entreprises qui s'engageraient à implanter en France des sites de production de matière active ou de médicaments jugés essentiels pour la sécurité sanitaire".

Pourquoi une telle proposition? Parce qu'en France, les marges qu'elles réalisent sont souvent trop faibles. En effet, comme le soulève ce reportage de France 3, les prix pratiqués dans l'Hexagone sont bas rapport à d'autres pays européens. Quand le quota minimum de médicaments est livré, les industriels sont plus facilement tentés de vendre leurs produits à l'étranger.

Interrogé par la chaîne de télévision, le président du Syndicat des pharmaciens de la Marne, Pierre Kreit, ajoute: "Lorsqu'ils commercialisent un produit, les laboratoires pharmaceutiques ont tout intérêt à le vendre dans un pays ou le médicament est cher, comme l'Allemagne, le Danemark ou la Suède. En France ou au Portugal, le médicament n'est pas cher, donc les laboratoires pharmaceutiques fixent des quotas en fonction de la consommation de l'année passée."

Des soucis de production

C'est l'un des facteurs susceptibles d'expliquer la pénurie que connaît actuellement la France. Mais ce n'est pas le seul. D'après une chronique de Marc Lomazzi sur France Inter, les molécules qui permettent de construire un médicament sont produites par un nombre très restreint d'usines. Si l'usine en question connaît une panne, c'est toute la production qui est impactée.

C'est exactement ce qui se passe actuellement avec le Simenet. Le laboratoire Merck, en charge de la production du médicament, fait actuellement des travaux pour remettre son usine américaine aux normes. Pendant ce temps, la production est interrompue.

Parmi les difficultés d'approvisionnement, on trouve aussi les retards de fabrication, la perte de savoir faire, mais encore des capacités de productions insuffisantes ou des difficultés d'approvisionnement en matière première. Mais comme pour ces raisons, ou la précédente, les entreprises sont censées mettre en place des plans de gestion pour éviter les ruptures de stock. Ce qui n'a pas été le cas du laboratoire Merck.

Un problème de monopole

Autre problème, la question du monopole. Quand un laboratoire est le seul à fabriquer un produit, il affiche le prix qu'il souhaite. En temps de pénuries, certains n'ont pas peur de monter les prix pour se faire des bénéfices.

Comme le révèle Franceinfo, le BCNU, un médicament prescrit pour traiter certaines tumeurs cérébrales, coûtait 34 euros les 100 mg, en 2013. L'année suivante, il se retrouve en rupture de stock. Résultat: en 2015, quand il réapparaît sur le marché, il est commercialisé à 900 euros pour la même quantité.

Forts de tous ces constats, les sénateurs songent à plusieurs nouveautés, comme la mise en place d'une ou plusieurs structures publiques capables de produire des médicaments indispensables et régulièrement exposés à des risques de pénurie. En Suisse, par exemple, le pays possède son propre laboratoire militaire. Ce dernier est amené à élaborer des réserves de sécurité.

Il arrive que d'autres pays, en Europe ou en Amérique du Nord, soient, eux aussi, victimes de pénuries de médicaments. En France, elles sont récurrentes depuis plusieurs années. Reste à savoir désormais si certaines des idées soumises par les sénateurs feront l'objet d'une proposition de loi. Et si cette dernière aura suffisamment de poids pour faire changer la balance.

 

21. août, 2014

La page santé est reparti par thèmes dans les sous-pages dont vous trouverez la liste dans la colonne à gauche de ce blog. Il vous suffit de cliquer sur le thème choisi. Actuellement, vous est proposé: maternité, ébola, CFE