9. juil., 2015

CHRONIQUE DE VANF : un 26 juin autrement

La parade militaire est-elle absolument indissociable d’une fête nationale ? Alors que le «maintien de la paix» internationale est devenu une philosophie dans le monde d’après 1945, il semble paradoxal de voir survivre cette manifestation martiale de la souveraineté nationale.

 

En retrouvant son indépendance, Madagascar n’a pas, par contre, renoncé au modèle français du défilé militaire, le jour de la fête nationale. En Chine, pour la fête du Parti communiste, les militaires défilent sur la place Tiananmen. En Russie, pour la commémoration de la victoire sur le Troisième Reich, un arsenal impressionnant est déployé sur la Place rouge. La Corée du Nord, dont la dictature absurde repose sur la force, entretiendrait la quatrième armée du monde par son effectif. Par contre, les États-Unis, pourtant première puissance mondiale, ne font pas étalage dans un stade de leurs avions de chasse furtifs, de leurs sous-marins nucléaires, de leurs porte-avions.

 

«Patriotisme, fierté, force» : sont les mots que j’ai relevés dans un commentaire à propos du défilé militaire sur la Place rouge, à Moscou. Patriotisme : l’armée malgache, avec ses blindés désuets, sans avion de combat, ni marine de guerre, tiendrait combien de minutes en cas de vraie attaque étrangère ? Fierté : parce que le jour de la fête nationale est également le jour de l’armée, on aimerait pouvoir édifier la jeunesse malgache avec des faits d’armes mémorables à l’actif de l’armée malgache, mais à part la légende malencontreuse, et mensongère, sur la bataille d’Andriba contre le corps expéditionnaire français, en 1895, rien qui ait marqué la mémoire collective.

 

Antananarivo, qui accueille chaque 26 juin, les principales manifestations, ravale à cette occasion sa façade, repeint ses ronds-points, ravive son marquage au sol, fleurit ses bacs, cache ses ordures. Mais, personne n’est dupe. Cette gesticulation n’est que cosmétique, et tout le monde s’attend, dès les lampions éteints, à retrouver le laisser-aller, le désordre, la saleté. Toute l’année, les militaires se promènent dans des défroques reçues en dotation de divers contributeurs qui ont oublié de se donner le mot d’un uniforme unique. Et les uniformes neufs du 26 juin souligent plus qu’ils ne cachent la misère au quotidien d’une armée du tiers-monde.

 

Le stade de Mahamasina fait le plein de spectateurs pour assister au sempiternel défilé sans relief. Ce serait scandaleux, dans un pays en proie à des difficultés économiques graves, que le budget de l’État serve à acheter des missiles balistiques russes et des tanks américains. Mais, dans un pays où l’essentiel des divertissements consiste à sortir le dimanche et se rendre au temple ou à l’église, ce défilé du 26 juin, de surcroît gratuit, brise la monotonie des plus pauvres. 

 

Ridicule, n’est sans doute pas l’adjectif le plus approprié pour une fête nationale. Malheureusement. Un jour, on se concentrera sur le vraiment utile à un pays sous-développé. Des hélicoptères pour la gendarmerie qui lutte contre les dahalo et pour les garde-forestiers qui pourchassent les trafiquants de bois de rose. Des navires pour ceux qui ont à défendre 5000 kms de côtes et un immense espace maritime contre les chalutiers pilleurs de crevettes, d’épaves ou de pétrole. Des bulldozers, des tombereaux et des pelles mécaniques hydrauliques, pour des régiments du génie qu’on peut mobiliser au percement et à l’entretien des routes ou à la construction des infrastructures maritimes. Et, ainsi, susciter chez les jeunes spectateurs des vocations vers les armes dont a vraiment besoin Madagascar. Plutôt que de voir l’armée comme seulement un pourvoyeur de gîte et de couvert pour des cas sociaux.