5. sept., 2019

Marianne

 Sylvie Goulard s'exprime lors de l'Europaforum à Berlin, le 23 mai 2019. - Crédit Annegret Hilse / SVEN SIMON / SVEN SIMON / dpa Picture-Alliance

Commission européenne : Sylvie Goulard, une technocrate dingue d'Europe... aux dépens de la France ?

Par Étienne Girard

Publié le 30/08/2019 à 15:05

Emmanuel Macron a choisi l'éphémère ministre Sylvie Goulard pour devenir la prochaine commissaire européenne venue de l'Hexagone. Un choix risqué... pour les intérêts français.

Bâtiment du Parlement européen à Bruxelles, un après-midi de juin 2009. Les eurodéputés MoDem, élus quelques jours auparavant, vont commencer la première réunion de leur mandat. Autour de la table, Marielle de Sarnez, la cheffe de la délégation, commence à s'agacer contre celle que tout le monde attend : la débutante en politique Sylvie Goulard, pendue au téléphone à l'entrée de la salle. Au bout de quelques minutes, la voilà qui se décide à entrer, sous les râleries. "Pardon, fait-elle sur le ton de celle qui ne s'excuse pas du tout. J'étais avec Barroso". En entendant le nom du président de la Commission européenne de l'époque, l'assistance se tait.

L'anecdote, rapportée par plusieurs personnes présentes ce jour-là, illustre bien les différentes facettes de la personnalité de Sylvie Goulard. Effrontée, pas exagérément portée sur la modestie et surtout extraordinairement bien introduite dans les réseaux de pouvoir européens. Un entregent forcément utile à Emmanuel Macron, qui l'a choisie pour devenir la prochaine commissaire européenne française, "à un poste économique, marché intérieur", précise son entourage. Depuis le début du quinquennat, le président français consultait régulièrement cette ex-diplomate du quai d'Orsay, proche des ex-Premiers ministres transalpins Mario Monti et Romano Prodi, dont elle a été la collaboratrice à Bruxelles entre 2001 et 2004, sur les questions européennes et pour ses grands discours, comme celui de la Sorbonne, en septembre 2017. "Sylvie Goulard connaît parfaitement tous les dossiers techniques européens. C'est sa grande force. Et elle en joue énormément", sourit un eurodéputé qui l'a beaucoup côtoyée.

L'Europe avant la patrie

Reste à savoir si cette énarque polyglotte, capable de s'exprimer sur des plateaux de télévision en Allemagne aussi bien qu'en Italie, défendra les intérêts français. Car pour la première fois, la France enverrait à Bruxelles, pour peu que les eurodéputés valident sa nomination, une haute-représentante dans l'UE… ouvertement et clairement fédéraliste, c'est-à-dire favorable au dépassement des Etats dans une grande Nation européenne.

Pas anodin : si certains commissaires européens poussent discrètement les intérêts de leur Etat, rien de tel à attendre, a priori, de Sylvie Goulard. "Si Macron pense pouvoir la tenir, il se trompe lourdement. Elle n'en fera qu'à sa tête !", rigole un cacique de la galaxie centriste. Le site internet du groupe Spinelli, un club de dirigeants fédéralistes qu'elle a fondé en 2010 avec Daniel Cohn-Bendit, l'ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt et l'eurodéputée Isabelle Durant, livre d'ailleurs un indice. Sur la page d'accueil, une citation attribuée à Montesquieu est mise en avant : "Si je savais quelque chose utile à ma patrie et qui fût préjudiciable à l’Europe (...), je la regarderais comme un crime". Un de ses amis confirme son tropisme fédéraliste : "C'est un engagement sincère et chevillé au corps de sa part. Elle y croit, elle est à fond et elle se battra pour, aucun doute là-dessus".

10.000 euros de rab'

Certains de ses amis politiques ont été d'autant plus stupéfaits quand ils ont découvert en 2014 qu'elle pigeait, en plus de son activité d'eurodéputée, pour un think tank américain, l'Institut Berggruen, moyennant plus de 10.000 euros brut par mois. Son entourage assure que cette collaboration de 27 mois, stoppée en 2016, n'avait rien d'incohérent avec ses idéaux : "Elle était conseillère d'une des structures de l'Institut Berggruen, le 'Council for the future of Europe", qui ne porte que des idées pro-européennes. Elle produisait des notes, coordonnait des rapports collectifs". Concernant ces juteux émoluments, le camp Goulard préfère les mettre en balance avec son compagnonnage de longue date avec l'ONG ATD Quart-Monde : "Personne ne dit qu'elle est très engagée dans la lutte contre la pauvreté, qu'elle a une fibre sociale très prononcée".

Au Parlement européen, le dossier dont elle se dit le plus fière est d'ailleurs celui du "meilleur encadrement de la finance après la crise". Un indice sur ses priorités en tant que commissaire européenne ? Une promesse de controverse, en tout cas : l'arsenal juridique de l'UE contre les fraudes financières est régulièrement critiqué pour sa légèreté. "Goulard, c'est une libérale dure, pro-dérégulation, un peu à l'allemande, avec cette spécificité qu'elle est pour plus de solidarité entre Etats européens", décode un de ses ex-collègues au Parlement européen. Pendant deux ans, elle a tenté de convaincre l'Allemagne d'accepter une mutualisation de certaines dettes européennes. En vain.

Avant de penser à ses combats bruxellois, Sylvie Goulard devra déjà dissiper auprès des eurodéputés quelques doutes sur sa situation judiciaire. En juin 2017, elle avait démissionné de son poste de ministre des Armées parce qu'elle était visée dans l'affaire des emplois fictifs du MoDem… au Parlement européen. "Dans l’hypothèse où l’enquête préliminaire visant le MoDem conduirait à vérifier les conditions d’emploi de mes assistants au Parlement européen, je souhaite être en mesure de démontrer librement ma bonne foi et tout le travail que j’y ai accompli", fait-elle alors savoir par communiqué. Qu'est-ce qui aurait changé en deux ans ? L'enquête est toujours pendante et la haut-fonctionnaire n'a pas encore été entendue. "Le Parlement européen a vérifié l'emploi de son assistant, pour eux, il a bien travaillé", jure-t-on dans le camp Goulard. Contacté, le Parlement européen ne nous avait pas encore répondu sur ce point ce 30 août.

"Tout pour sa gueule"

Au MoDem, cette démission surprise a surtout été perçue comme un coup de pied de l'âne de Sylvie Goulard à l'endroit de François Bayrou et Marielle de Sarnez, alors invités à partir eux aussi. "Sylvie a rendu service en dézinguant Bayrou et on la remercie en la nommant à la Banque de France (elle y est sous-gouverneure depuis fin 2017, ndlr.) et à Bruxelles aujourd'hui", grince un proche du MoDem. Entre ces trois-là, la confiance était rompue depuis longtemps. C'est que la soumission à l'autorité du chef n'a jamais été le fort de la diplomate. "Sylvie, c'est tout pour sa gueule. Elle trahit beaucoup", réprouve un ex-eurodéputé centriste.

Autrefois très en cour auprès de François Bayrou, - "longtemps fasciné par elle", dixit un ex-cadre du MoDem - Sylvie Goulard est passée en macronie bien avant le chef centriste, ce qui a scellé la rupture entre eux. Le 12 décembre 2016, elle se rend au meeting d'Emmanuel Macron à la porte de Versailles, où on lui a réservé une place... à côté de Gérard Collomb et Brigitte Macron. Au même moment, son patron de parti réfléchit à une candidature et fustige toujours officiellement le candidat "des forces de l'argent". "Pendant des mois, les médias ont continué à dire que Sylvie était MoDem alors que ce n'était plus le cas du tout. Ça rendait fous François et Marielle !", sourit notre connaisseur des arcanes centristes. "Sylvie les prenait pour des nuls. Elle ne respecte que les technos", estime un ancien eurodéputé. L'entourage de la diplomate euphémise, mais ne conteste pas la mésentente : "Disons qu'avec François Bayrou, ils ne partiront pas en week-end ensemble".

Bisbille avec Verhofstadt

L'énarque a également connu quelques accrochages avec Guy Verhofstadt, grand manitou de la nébuleuse centriste au Parlement européen. Longtemps couvée par le patriarche belge, avec qui elle a multiplié les initiatives fédéralistes, Sylvie Goulard le trahit brutalement fin 2016, en annonçant vouloir se présenter… à sa place, comme candidate du groupe centriste à la tête du Parlement pour les élections de 2019. Au vote interne, elle est largement battue. "Ça a été un désaccord temporaire. Aujourd'hui, tout va bien entre eux", certifie l'entourage de Sylvie Goulard. Un ami de Guy Verhofstadt nuance : "Il sait se faire politique mais il lui en veut. D'autant qu'elle n'a rien fait pour qu'il ait accès à Macron depuis deux ans".

Homme-charnière du Parlement européen, Guy Verhofstadt jouera un rôle important dans le processus de confirmation de Sylvie Goulard par les eurodéputés, dont le vote est nécessaire pour entériner sa nomination. Si aucun des observateurs contactés ne parie sur un rejet de sa candidature, tous indiquent que le contenu de son audition ne sera pas qu'anecdotique. "Il faudra qu'elle se batte, car beaucoup d'élus l'attendent au tournant et aimeraient bien embêter la France", soutient un ex-parlementaire européen. Pour se préparer dans de bonnes conditions, Sylvie Goulard a pris un congé à la Banque de France, à partir du 1er septembre. On ne sait pas dans combien de langues elle va réviser.

 

11. sept., 2018

Vers la disparition de l’heure d’hiver

Selon une consultation en ligne, près de 80 % des Européens n'en veulent plus. Assez pour convaincre la Commission de lancer sa rentrée sur ce sujet.

Elargissement de l'Union dans les Balkans, budget européen pluriannuel, réforme de la politique agricole commune … La Commission de Bruxelles, à neuf mois d'élections européennes cruciales pour l'avenir de l'Union, est consciente que ces questions ne mobilisent pas beaucoup le grand public . C’est probablement la raison pour laquelle l’institution communautaire a choisi de lancer son retour, vendredi 31 août, sur un sujet beaucoup plus trivial, confirmant qu’elle souhaitait abolir la transition vers l’hiver, sujet qui mobilise clairement les citoyens de l’Union.

"Le changement de temps sera aboli" Le président Jean-Claude Juncker a déclaré vendredi matin à la chaîne allemande ZDF, au lendemain d’un séminaire du collège de la Commission, consacré en partie à ce numéro. "Les gens ne veulent pas continuer à changer leurs montres" a ajouté l'ancien Premier ministre luxembourgeois.

Cette décision intervient alors que Bruxelles se prépare à rendre public le résultat d'une consultation citoyenne organisée au cœur de l'été – entre le 4 juillet et le 16 août – et qui a suscité un nombre de réponses totalement différent pour un exercice. De ce type, généralement confidentiel: 4,6 millions d’internautes ont rempli leur questionnaire en ligne. Parmi les questions: souffrez-vous du passage à l’été-hiver? Estimez-vous qu'il faut en finir avec ces changements?

Abandonné à la libération

Or, à en croire le journal allemand Westfalenpost, l'écrasante majorité des participants - 80%! - se sont dit favorables à l'abolition du changement d'heure. Depuis des décennies, dans la plupart des pays européeans, les horloges avancent d'une heure l'un des derniers dimanches de mars et reculent d'une heure l'un des derniers dimanches d'octobre. De sorte que la clarté se prolonge en soirée durant l'été et que la nuit "tombe" plus vite à l'automne.

C’est l’Allemagne qui, d’abord, au début du XXe siècle, introduit pour la première fois un été en Europe. La France suit en 1916. L'heure d'été est abandonnée en France à la Libération puis rétablie en 1976 à la suite de la crise pétrolière de 1973. À l'époque, le principal argument des autorités concernait les économies françaises. énergie supposée être générée par cette disposition. Tous les pays de l'Union ont suivi le mouvement dans les années 1980 et une directive datant de 2001 complète l'harmonisation des choix nationaux.

Les Nouvelles

Le 19/09/18

3. juil., 2018

Le HuffPost

Allemagne, Espagne, Italie... les spécialistes des HuffPost européens racontent comment la crise migratoire divise leur pays. Avant une réunion de crise ce dimanche, les rédactions européennes du HuffPost analysent la situation dans chacun de leur pays.

Hannibal Hanschke / Reuters

Comment la crise migratoire place encore une fois l’Europe au bord du gouffre.

INTERNATIONAL - C’est un signe de l’urgence qu’il y a résoudre la crise. Alors qu’un conseil européen est prévu les 28 et 29 juin, le président de la Commission a convié plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement (Emmanuel Macron, Angela Merkel, Giuseppe Conte ou Pedro Sanchez y seront) pour un mini-sommet informel de crise ce dimanche 24 juin à Bruxelles.

C’est que la question migratoire menace de faire exploser l’Union européenne; pour certains dirigeants, la menace qu’elle fait peser sur la cohésion de l’UE est bien plus sérieuse que celle causée par la dette entre 2010 et 2013.

 Le tout jeune gouvernement antisystème et populiste en Italie avait à peine neuf jours qu’il faisait prendre à l’Europe un tournant dramatique en termes d’immigration. Dans la chaleur d’une fin de printemps, la période “la moins dangereuse” de l’année pour les bateaux chargés de migrants venus d’Afrique du Nord, Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur et chef de file de la Ligue (mouvement d’extrême-droite) a refusé d’accueillir l’Aquarius et ses 629 personnes à bord, dont 123 mineurs non accompagnés et sept femmes enceintes.

La décision de l’Italie a créé un raz-de-marée politique sur la péninsule et dans toute l’Europe. Pendant une semaine, le bateau de l’ONG est resté en mer, entre la Sicile et Malte, passant à quelques kilomètres de la Corse avant de finalement arriver à Valence, après que le nouveau premier ministre socialiste espagnol Pedro Sanchez a ouvert un port de son pays. Le ton est monté entre Paris et Rome après qu’Emmanuel Macron a évoqué “la part de cynisme et d’irresponsabilité du gouvernement italien”. L’Italie a demandé des excuses avant que le président de la République assure n’avoir “tenu aucun propos visant à offenser l’Italie et le peuple italien”. Giuseppe Conte a finalement accepté l’invitation française pour un déjeuner qui s’est tenu vendredi 15.

 Ce genre de réunions bilatérales organisées à la hâte entre les grands pays européens se sont ensuite multipliées. Giuseppe Conte s’est rendu à Rome tandis qu’Emmanuel Macron et Angela Merkel ont passé leur mardi ensemblepour tenter d’avancer et que le sommet du 28 et 29 juin ne vire pas au fiasco. Dans cette séquence troublée qui révèle des divisions inquiétantes en Europe, les rédacteurs en chef et journalistes du HuffPost en Espagne, en Allemagne et en Italie exposent la situation politique dans chaque pays.

La ligne dure de l’Italie gagne du terrain, par Stefano Baldolini

Alessandro Bianchi / Reuters

Certes dramatique, la décision de l’Italie de ne pas accueillir l’Aquarius était prévisible. Cet incident est survenu après deux autres interventions importantes de Matteo Salvini, le dirigeant du parti antimigrants italien (La Ligue), durant sa première semaine au gouvernement. La première a eu lieu lors de sa visite au port de Pozzallo, dans le sud de la Sicile, symbole des débarquements dans la région, quand il a déclaré que le pays ne pouvait plus servir de “camp de réfugiés de l’Europe”. La seconde, lorsqu’il a annoncé sa décision de ne pas participer au sommet de l’UE à Luxembourg visant à amender le traité de Dublin, qui oblige les réfugiés à déposer leur demande d’asile dans le premier pays où ils arrivent. Matteo Salvini privilégie plutôt un “axe” avec l’Allemagne et l’Autriche pour lutter contre l’immigration clandestine.

Le nombre d’entrées de migrants en Italie prévu par le traité de Dublin s’est finalement avéré trop élevé pour Rome, et l’aveu d’un porte-parole d’Angela Merkel la semaine dernière selon lequel “aucun pays ne devrait être laissé seul”est arrivé trop tard. Les politiques d’immigration des gouvernements précédents (Matteo Renzi et Paolo Gentiloni) s’étaient déjà démarquées en Europe. L’ex-ministre de l’Intérieur, Marco Minniti – salué par Matteo Salvini lui-même –, avait tenté d’adopter une ligne dure en passant des accords avec la Libye pour bloquer les départs en instaurant des centres de rétention sur la côte nord-africaine. Mais cette politique, qui avait considérablement réduit les débarquements (-80% en un an), était critiquée par la gauche qui dénonçait la création de ces centres peu soucieux du respect des droits de l’Homme, et par la droite pour avoir été trop conciliante avec les autres pays européens.

Son successeur a choisi d’aller plus loin. La décision de Matteo Salvini est un acte hostile contre les ONG, et son refus d’accueillir deux autres navires en est la preuve. La nouvelle politique italienne proposée par le président du conseil, Giuseppe Conte, au sommet de Paris la semaine dernière bloque non seulement les bateaux mais vise aussi à fermer les frontières extérieures avec la création de centres d’accueil dans les pays d’origine.

Le ministre de l’Intérieur, qui se rendra en Libye pour “fermer la route” du pays, toujours en plein chaos après la chute du président Kadhafi, a également annoncé qu’il demanderait aux garde-côtes italiens de rester plus près des côtes nationales. “En Méditerranée, beaucoup d’Etats peuvent intervenir: la France, l’Espagne, le Portugal, les pays d’Afrique du Nord. Nous ne pouvons pas nous permettre d’accueillir la moitié de l’Afrique en l’Italie”, a déclaré Matteo Salvini. Politiquement, la ligne dure gagne en popularité. Selon un sondage publié par La Repubblica, la décision de ne pas autoriser le débarquement de l’Aquarius est approuvée par 58% des électeurs.

Merkel n’a que quelques jours pour trouver un accord, par Lennart Pfahler

Hannibal Hanschke / Reuters

Lundi, une crise gouvernementale en Allemagne n’a pas été évitée, seulement reportée. Angela Merkel et son parti (CDU) continuent d’être contraints par le ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer (CSU), de changer la politique envers les réfugiés à la frontière. Ce dernier veut en effet renvoyer tous les migrants et réfugiés sans papiers ou précédemment enregistrés dans d’autres pays européens. Comme l’a confié Jürgen Bast, professeur en droit européen, au HuffPost allemand, cela signifierait la fermeture de la frontière et un revirement complet de la politique d’immigration d’Angela Merkel.

Lundi, la chancelière a déclaré aux médias qu’elle allait essayer de trouver une solution européenne multilatérale avant le sommet européen de la semaine prochaine. En attendant, elle continue d’avoir des entretiens bilatéraux avec l’Italie, l’Autriche, la Grèce et d’autres pays touchés par les flux de réfugiés.

Elle a également ajouté que même si elle ne parvenait pas à négocier des accords début juillet, la politique de Horst Seehofer (désignée par la presse et Seehofer lui-même comme son “plan directeur”) ne serait pas adoptée. Il y aurait en revanche d’autres négociations entre la CDU et la CSU. La plupart des observateurs, sceptiques quant à la possibilité de trouver une réponse européenne en moins de deux semaines, pensent que le différend devrait perdurer.

Horst Seehofer a fait preuve non seulement de déloyauté mais aussi de manque de respect envers Mme Merkel. Le Welt am Sonntag a ainsi rapporté des propos qu’il a tenus à certains législateurs de la CSU: “Je ne peux plus travailler avec cette femme.” Lundi, lors d’une conférence de presse à Munich, il a déclaré qu’il était toujours convaincu que son plan entrerait en vigueur. Angela Merkel est la seule capable de prendre la décision finale, mais la dispute en cours l’affaiblit plus que jamais.

Le député du Parti écologique, Omid Nouripour, a déclaré jeudi au HuffPostallemand: “Les gens ont vraiment l’impression qu’elle a perdu le contrôle. Notamment en raison du chaos le plus total qui règne au gouvernement.” Les sondages montrent que seuls 30% des Allemands font confiance à la CDU et à la CSU, le pire résultat obtenu ces derniers temps. Seule la Bavière, berceau de la CSU, semble apprécier que le parti fasse pression sur Angela Merkel.

On peut s’attendre à ce que la chancelière ait des discussions animées avec les autres dirigeants européens, non seulement pour sauver sa politique européenne mais aussi son héritage: une Allemagne libérale, ouverte et non protectionniste. Début juillet, une autre épreuve de force qui pourrait sceller son avenir l’attend au sein de son propre gouvernement.

Le nouveau gouvernement espagnol change la donne, par Carolina Abellan

Susana Vera / Reuters

“J’ai donné des instructions pour que l’Espagne accueille l’Aquarius dans le port de Valence. Il est de notre devoir d’offrir à ces 600 personnes un refuge et de nous conformer aux engagements internationaux concernant les crises humanitaires.”

Il n’occupait le poste de Premier ministre que depuis cinq jours quand, avec un seul tweet, Pedro Sánchez a pris un virage radical par rapport à la politique migratoire menée par le précédent gouvernement. Il a annoncé que l’Espagne accepterait les 630 migrants de l’Aquarius, à la dérive en Méditerranée. Le gouvernement de Mariano Rajoy avait été critiqué pour ne pas avoir respecté les quotas d’accueil des migrants auxquels il s’était engagé en 2015: sur 17 337 personnes, il n’en avait accueilli que 2 792 deux ans plus tard, soit moins d’un cinquième de ce qu’il avait promis.

Selon les instituts de sondage, les Espagnols étaient mal à l’aise par rapport à l’approche de Mariano Rajoy. Selon une enquête réalisée par Amnesty International à l’époque, l’Espagne était le pays dont la population soutenait le plus l’accès à l’asile, 78% des personnes étant favorables à ce que leur pays protège les personnes fuyant la guerre ou la persécution.

Le gouvernement de Pedro Sánchez a donc opéré un changement radical de politique et de traiter la question non seulement comme un problème espagnol mais européen. “C’est un appel au réveil en Europe”, a déclaré la porte-parole du gouvernement, Isabel Celaá. Ce tournant a été soutenu par tous les partis qui ont permis à Pedro Sánchez d’être nommé Premier ministre.

Beaucoup moins de migrants sont arrivés en Espagne, mais leur nombre augmente rapidement, plus d’un millier de personnes ayant été sauvées par les garde-côtes espagnols vendredi et samedi. Le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), qui soutient le gouvernement, veut donc trouver de toute urgence une solution européenne, car l’épisode de l’Aquarius pourrait se reproduire dans les prochains jours.

Macron, de “la bienveillance” à “l’humanité et la fermeté”

Hannibal Hanschke / Reuters

Où est passé l’Emmanuel Macron qui, pendant la campagne présidentielle tenait un discours d’ouverture et mettait en avant “la bienveillance”? Cette question, beaucoup d’associations et même certains parlementaires de sa majorité se la posent depuis qu’il a fait adopter une loi sur l’asile et l’immigration parfois jugée comme la plus répressive de l’histoire de la Ve République; un texte désapprouvé par 52% de l’opinion. Plus largement, la question de l’immigration révèle un paradoxe français. Selon un sondage publié en février, 65% des sondés estiment que “la France a le devoir d’accueillir les réfugiés persécutés dans leur pays”. Dans le même temps, 63% disent qu’il y a “aujourd’hui trop d’immigrés en France”.

Les partisans d’Emmanuel Macron issus de la gauche, y compris certains parlementaires, voyaient dans l’épisode de l’Aquarius une possibilité de se rattraper et montrer que la tradition d’accueil de la France n’avait pas disparu. Mais en ne proposant pas d’accueillir le bateau dans un port de la Corse (une île de Méditerranée beaucoup plus proche que l’Espagne et au large duquel le navire est passé) il a raté une occasion; 56% des Français estiment cependant qu’il a bien fait de ne pas l’accueillir. Emmanuel Macron dont la philosophie sur l’immigration est désormais “humanité et fermeté” promet désormais de porter dans les prochaines semaines une “proposition ambitieuse” de réforme de la politique migratoire européenne.

Lors de son discours devant le Parlement européen en avril, il avait appelé à “débloquer le débat sur le règlement de Berlin et sur les relocalisations”. A l’occasion de sa visite chez Angela Merkel, ce mardi, il a fait un pas vers la droite allemande en affirmant qu’ils travaillaient ensemble à un accord entre plusieurs pays de l’espace Schengen pour refouler tout demandeur d’asile vers l’Etat où il a été enregistré en premier. Il s’agirait de facto de rétablir les règles dites de Dublin entre certains pays sur une base volontaire. Les deux dirigeants ont aussi évoqué la possible création de “centres” de tri en Afrique du Nord, sous contrôle de l’ONU, afin de bloquer directement sur place la venue des migrants économiques. Ils réclament enfin un Office européen de l’asile visant à harmoniser les pratiques et qui gérerait les “procédures d’asile aux frontières extérieures”.

18. avr., 2017

Les Français hostiles à une sortie de l'euro

  © 135156329/PhotoSG - Fotolia Ceux qui souhaitent un retour au franc sont très minoritaires (28%), trois quarts des Français sont contre.

Selon un sondage Ifop pour Le Figaro et la Fondation Robert Schuman, un Français sur deux juge positivement la construction européenne. Mais ils sont plus nombreux à estimer que l'UE a davantage bénéficié aux autres pays de l'Union.

Des Français qui dressent un bilan mitigé de la construction européenne mais qui restent toutefois attachés à l'euro, se refusant à sortir de la monnaie unique, privilégiant un «noyau dur» et estimant que sur certains grands sujets - sécurité, immigration, défense, diplomatie - il faut converger vers une politique européenne, mais pas dans le domaine fiscal et industriel. L'étude réalisée par l'Ifop pour le Figaro et la Fondation Robert Schuman montre une opinion française partagée sur l'Europe, au soixantième anniversaire du Traité de Rome.

Près de la moitié des personnes interrogées (46%) jugent que la construction européenne a eu des effets plutôt positifs pour la France mais ils sont plus nombreux (53%) à estimer que l'Union européenne a surtout été bénéfique aux autres pays de l'Union, qui ont mieux tiré leur épingle du jeu, contre 29% qui pensent que les effets ont été au total plutôt négatifs pour nos partenaires. L'Europe, tendent à croire les Français, a été moins propices pour eux-mêmes que pour leurs voisins, ce qui contribuerait à expliquer leur désamour pour l'édifice européen.

Une approche qui mérite des nuances selon le positionnement politique des personnes sondées, les électeurs de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen étant, sans surprise, les plus eurosceptiques. Seuls 15% des électeurs qui s'apprêtent à voter pour la présidente du Front national pensent que l'UE a eu un effet bénéfique pour la France (44% pour les électeurs de Mélenchon). Les partis de gouvernement ont une approche nettement plus favorable à l'Europe, dessinant une courbe en U: plus on va vers les extrêmes, plus la défiance à l'égard de l'UE progresse. Les électeurs d'Emmanuel Macron sont les plus nombreux (71%) à penser que la construction européenne a eu des effets positifs pour la France.

Pour autant, sur un certain nombre de questions ou de problèmes essentiels, les Français estiment majoritairement que des mesures doivent être prises à l'échelon européen, davantage qu'au niveau national. C'est le cas pour la défense (65%), la politique étrangère (60%), l'immigration (60%), les problèmes de sécurité (56%).

En revanche, c'est le contraire pour les questions de fiscalité et la politique économique et industrielle: dans ces deux domaines, les Français interrogés pour cette enquête, jugent, respectivement à 55 et 56%, que des mesures à l'échelle nationale sont préférables.

Ceux qui souhaitent un retour au franc sont très minoritaires (28%), trois quarts des Français sont contre. Seuls les électeurs de Marine Le Pen sont très favorables (à 67%) en faveur d'un abandon de l'euro et d'un retour au franc. Globalement, sur la durée, en ce qui concerne la volonté de sortir de l'euro, le sondage réalisé cette semaine indique un point bas: en mai 2010, 38% des Français souhaitaient un retour au franc, soit dix points de plus qu'actuellement.

Le sondage Le Figaro/Fondation Schuman a été conduit en ligne du 22 au 24 mars, par la méthode des quotas, sur un échantillon de 1600 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans ou plus.

Le Figaro

Le 25/03/2017

Alain Barluet

 

25. juil., 2016

L’Europe sociale, une urgence pour sauver l’Union

 

Un demi-siècle d'unification économique n'est toujours pas synonyme de progrès social pour tous. Cette promesse, près de 60 ans après la signature du Traité de Rome, l’Europe n’a pas réussi à la tenir. Le résultat du référendum sur le Brexit le prouve. Des écarts importants subsistent entre les États membres en matières de salaire, de sécurité au travail, de durée de travail, de cotisations de sécurité sociale et de droits à la sécurité sociale. Ces écarts créent une concurrence déloyale entre les entreprises et les pays au sein de l’UE, concurrence qui augmente la pression sur nos modèles de sécurité sociale, sur nos conditions salariales et de travail, et qui est néfaste pour nos travailleurs.

 

La directive sur le détachement - ironie du sort, une exception à la libre circulation des personnes pour pallier les erreurs du système – réduit l'Europe sociale à un vœu pieu. Ainsi, les travailleurs étrangers employés durant moins de deux ans dans un autre pays de l'UE peuvent bénéficier d'un salaire belge, néerlandais ou français, mais les cotisations à la sécurité sociale sont payées dans le pays d'origine et au taux de ce pays. Ce marché européen « social » imparfait ouvre dès lors tout grand la porte aux abus. Face aux entreprises qui utilisent la législation européenne pour éluder les cotisations sociales et ne pas payer des salaires décents, nos propres entreprises souffrent. Ainsi, elles sont souvent contraintes de réduire sérieusement leur taille ou de déménager à l'étranger, sous peine de faillite. Les secteurs les plus touchés sont le transport, la construction, le nettoyage et les soins. Qui plus est, leurs travailleurs perdent leur emploi ou sont mis sous pression pour travailler à des conditions moins favorables, souvent pour des salaires bien inférieurs aux salaires minimums. Il s’agit alors de dumping, car dans bien des cas ils ne gagnent pas plus de 3 à 4 euros de l'heure. Ce poison du dumping tue la protection sociale et nuit gravement à notre économie. Personne ne veut voir son salaire baisser, personne ne veut payer plus lorsqu'il se rend chez le médecin. C'est pourquoi nous devons extirper ce mal : exit le dumping social.

 

Tous les Européens réclament des solutions à ces problèmes transfrontaliers. Nous vivons en effet dans une réalité de circulation transfrontalière et de coopération intensive depuis 60 ans. Il s'agit d'une réalisation considérable, mais à condition toutefois que cette mobilité transfrontalière se déroule de manière équitable, honnête et sociale. Tant que l'Europe ne proposera pas de solutions efficaces à ce problème, les États membres devront eux-mêmes lutter contre les abus et la concurrence déloyale. C'est précisément pour maintenir nos États providence dans l'Union que nous devons réagir avec force. L’époque de la « débrouille » est révolue. Nous exigeons donc la fin du dumping social, sans pour autant abandonner la libre circulation des personnes, et nous sommes engagés pour changer la législation européenne. A défaut, le système s’écroulera et nous aurons encore plus envie de nous cacher derrière nos propres frontières et de prendre la direction de la sortie de l’UE. En ce sens, le Brexit pourrait être un électrochoc pour les institutions et les pousser à organiser en Europe une course à l'excellence sociale où s’appliquerait le principe : « à travail égal, salaire égal». L’Europe offrirait alors une perspective et de l’espoir, tout en rassurant et en protégeant ses citoyens.

 

Jean-Christophe Cambadélis, Premier Secrétaire du PS (France) Vice Président du PSE, Elio Di Rupo, Président du PS Belge francophone, John Crombez, Président du sp.a (Parti Socialiste Belge Flamand), Diederik Samsom, Leader du PvdA (Parti Travailliste Néerlandais)