29. juin, 2016

Brexit

Point de vue après le Brexit: la campagne du Leave

 

Après lecture des différentes exégèses en provenance de France, j'aimerais clarifier les choses pour nos journalistes et éditorialistes qui semblent un peu à la masse. (forgive my French)

La campagne du Leave n'a pas été une bataille faite à l'encontre du libéralisme de l'UE. Ce n'a pas été, à l'exception d'une minorité ancrée à gauche, une victoire pour une formation socialiste ou une "grande gauche internationale". Pour preuve, les partis de gauche et les syndicats du pays ont pris position pour Remain. Même Jeremy Corbyn, qui avait été critique envers l'Europe des marchés, a pris fait et cause pour rester dans l'UE. Il s'agissait d'un choix raisonné (et raisonnable) et non d'une "obligation politique" comme nous avons pu l'entendre.

La campagne du Leave a joué sur la haine de l'autre, la peur de "l'invasion des étrangers", sur l'ignorance des institutions démocratiques européennes - certes non parfaites, mais bien plus représentatives et idéales que nos insitutions nationales respectives. Il s'est agit avant tout d'un mouvement nationaliste - de droite majoritairement, mais aussi d'un pan de la gauche - qui a joué d'une vision idéalisée d'un passé glorieux et évidemment fallacieux. En période de crise, en réaction à des politiques locales d'austérité et de coupe des budgets, le rejet du gouvernement a été une aide au camp du Leave.

Une infime partie de la gauche ("Lexit") a en effet voté pour sortir en raison du libéralisme EU - tout en ayant été incapable de proposer un projet alternatif solide, et en ignorant les avancées sociales énormes que l'UE a permis de mettre en place. Ceux-là se sont eux-mêmes amputés des deux jambes, galvanisés par une peur de l'étranger qui viendrait voler le travail. La peur de la misère est une évidence, mais elle a été sortie de ses rails par une xénophobie crasse. Ceux-là sont finalement les didons de la farce, une farce orchestrée par une horde d'extrémistes haineux.

Que l'on cesse de dire que Remain n'a pas gagné car nous n'avons pas pu expliciter clairement un projet européen. Le projet existe, et à mon sens est unique : fédéralisme. Mais parler de ce projet aurait été contre-productif pour convaincre les indécis et les Leavers. Pire que tout, cela les aurait conforté plus encore dans leur décision, ou les aurait poussé plus violemment à quitter. La construction européenne idéale est longue, car l'ambition est grande et le projet ambitieux. On ne peut pas l'établir en deux coups de cuillère à pot comme l'on décide d'une politique locale. Les différences culturelles et divergences d'opinion sont à prendre en compte.

Mais que l'on cesse de se flageller en place publique en se morfondant et en clamant que l'on ne pouvait gagner en ne présentant pas un projet clair. Cela est faire montre d'une ignorance crasse de la réalité du terrain. Une grande partie de Leavers ne voulaient pas plus d'Europe, mais voulaient rester à un simple marché commun, voyant eux-mêmes l'Europe comme trop "socialiste". Si nos exégètes nationaux lisaient plus fréquemment la presse de ce pays, ils l'auraient compris.

Que l'on ne se méprenne pas, le libéralisme des politiques européennes est à combattre, l'analyse faite en France du résultat est simplement erronée, pour, hélas, des raisons électoralistes locales.

La conclusion que l'on peut tirer à présent est le danger des populismes et notre incapacité à réagir de manière efficace à ce monstre. La campagne de Remain a été, ainsi, trop intelligente, à penser pouvoir vaincre par des arguments factuels et clairs des craintes et des mensonges faisant écho à la perception des citoyen-ne-s. Lorsque l'on entend jour après jour que les "immigrants" sont un problème, on finit par le croire, il s'agit là d'un biais psychologique des plus basiques.

On ne combat que très difficilement des croyances et préjugés par des faits, mais lorsque l'on y parvient, c'est pérenne. Nous avons un fort travail d'éducation et de pédagogie à effectuer. Ce sera long et difficile, mais faisable.

Ne laissons pas cette gangrène nationaliste pourrir ce beau projet fédéraliste.