15. mars, 2019

Compte – rendu de la commission de la sécurité et de la protection des personnes et des biens


 

      À     l’occasion de cette session de mars 2019, notre commission a réalisé 5 auditions.

  Certaines ont vocation à être répétées systématiquement et elles constituent en quelque sorte les piliers de nos travaux. Il s’agit, par exemple, de la rencontre avec le Centre de crise et de soutien, dans leurs locaux.

 Notre commission a également réalisé une visite de l’ANSSI Agence nationale de sécurité et sureté des systèmes d’information ainsi que des locaux de TV5 Monde afin de s’entretenir avec l’équipe du groupe audiovisuel sur le rôle etl’impact des médias dans la sécurité des communautés françaises répandues à travers le monde, sujet dont l’étude se poursuivra lors des prochaines sessions comme c’est déjà le cas pour la thématique de la cybercriminalité.

 Enfin, notre commission a auditionné deux invités afin d’effectuer un tour d’horizon des points de crise et sécurité des communautés françaises à l’étranger, un consultant du ministère de la Défense et un ancien directeur du renseignement de la DGSE.

SOMMAIRE

  Visite de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information :

rencontre entre les  Conseillers AFE et l’ANSSI

 Visite au Centre de crise et de soutien du MEAE

 Audition d’un consultant du ministère de la Défense et de Monsieur Alain

Juillet, ancien Directeur du renseignement de la DGSE

 Visite dans les locaux deTV5 Monde

Visite de l’ANSSI : Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’information

 Service à compétence nationale, l’ANSSI est rattachée au secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale. Le SGDSN assiste le Premier ministre dans l’exercice de ses responsabilités en matière de défense et de sécurité nationale.

La création de l’ANSSI résulte d’une décision du Livre Blanc de la Défense Nationale de 2008 où pour la première fois les risques informatiques sont évoqués.

L’originalité de l’ANSSI est double, car :

  • Elle est sous la direction du Secrétaire général de la Sécurité et de la Défense nationale et donc est rattachée au cabinet du Premier Ministre.
  • Son rôle est purement défensif contrairement à des services similaires de certains de nos alliés qui ont aussi une vocation d’attaque.

L’ANSSI participe aussi aux conseils de défense et a donc des liens directs avec Matignon et l’Élysée. L’Agence emploie 600 personnes dont 10% de militaires, 80% de contractuels et 10% dans d’autres catégories. Le budget total est de 100m EUR et en 2018 250 recrutements ont été effectués sur la base de 8000 CVs reçus. Tous les personnels sont habilités Secret défense. Le recrutement est cependant rendu difficile du fait du manque de personnel et des exigences salariales qui créent de très fortes tensions.

Les menaces :

  1. Cybercriminalité : L’utilisation d’outils informatiques pour escroquer del’argent sous forme de Bitcoin le plus souvent, est devenu un modèle économique.Le plus souvent cela se traduit par un chiffrement des fichiers avec une demande de rançon. En 2017 a eu lieu une attaque informatique massive qui a touché les chaînes de montage Renault, les Chemins de fer allemands ou le NHS (Le Service de santé britannique).
  2. Vol d’informations : L’espionnage est un souci majeur car sous-estimé.Bien souvent hélas l’analyse des entreprises concernées montre que les logiciels espions étaient présents dans leur système depuis de longues périodes.
  3. Attaque ou sabotage : comme l’attaque contre TV5Monde en 2015 qui acausé 5 Mio EUR de dégâts et entraine des dépenses additionnelles de 3 Moi EUR chaque année (3% du budget de la chaîne). Ces attaques sont redoutées sur les autres secteurs essentiels des grands pays comme la production et la distribution d’électricité, l’eau ou la santé.

Autre attaque d’ampleur : MAERSK avec un coût total supérieur à 600 Mio EUR actuels et encore en développement…

4. Ingérence électorale : élection présidentielle française ou électionprésidentielle américaine.

En France, depuis 2013, a été mise en place une liste classée « secret Défense » des entreprises et services officiels qui sont considérés comme des Opérateurs d’importance vitale (OIV) avec des obligations relatives en cas d’attaques et de mises en place de mesures de sécurité.

L’ANSSI effectue un travail d’audit de la sécurité et travaille en priorité avec les grands groupes mais contribue aussi à sensibiliser à la sécurité afin de renforcer la culture de la prévention, car l’expérience a montré que quel que soit le secteur, tous les utilisateurs d’Internet sont susceptibles d’être victimes d’attaques. L’ANSSI a aussi un rôle important dans la coopération internationale pour porter assistance à des pays qui nous demandent conseil. Pour assister les PMEs et les particuliers, l’ANSSI a créé la structure cybermalveillance.gouv.fr dont nous avions été informés lors de la précédente session.

En ce qui concerne le vote électronique, si le vote de 2012 s’est bien passé c’est uniquement parce qu’aucune attaque informatique n’a eu lieu. En 2017 le climat était tellement délétère qu’il n’était pas possible d’effectuer une telle opération. Le défi qui a été lancé par la Suisse pour tester le système de vote électronique il y a quelques semaines est suivi avec attention.

Conclusion : Ce n’est pas tant de savoir si une catastrophe informatique va seproduire dans le futur mais plutôt de savoir quand…

Si les attaques à répétition et les modes opératoires donnent l’impression d’être au Far-West, la solution devra venir d’une intégration au Droit international avec ses nécessaires adaptations dans le Cyber Espace et comme il est illusoire de croire que l’on peut vivre sans Internet, il est donc indispensable de se protéger, s’informer et de maintenir ses systèmes à jour.

Visite au Centre de crise et de soutien du MEAE

Alexis Lecour Grandmaison – Directeur adjoint Véronique Dan – Unité des affaires individuelles Marion Flavier – Centre de situation Magalie Jacquemard – Communication

Comme à l’habitude, un accueil chaleureux nous a été réservé malgré l’enchaînement des crises (Indonésie, attentat de Strasbourg, appuis humanitaires, mobilisation autour du crash d’Ethiopien Airlines avec 9 compatriotes décédés).

Des exercices de gestion de crises sur 3/4 jours ont été et seront organisés dans plusieurs postes diplomatiques (Oslo, Stockholm, Copenhague - Moscou - Madrid - Los Angeles - New Delhi/Bombay/Bangalore – Beyrouth/Jérusalem) pour renforcer les éléments de coordination avec les agents des postes (Ambassades, consulats, mission militaire) et identifier les scénarios de crises des pays concernés.

Nous avons insisté pour que les conseillers consulaires et chefs d’îlots soient associés à ces exercices.

Enlèvements à Madagascar.

Depuis 2018, les autorités de Madagascar ont nommé un magistrat référent pour coordonner les enquêtes. D’après le CdCS cela facilite la gestion des enlèvements et des rançons. Les principales victimes de ces enlèvements sont des touristes ou des personnes fragiles.

Le CdCS souhaiterait développer un lien avec des associations d’aide aux victimes françaises à l’étranger.

Conseils aux voyageurs.

Il y a 6,8 Mio de visites sur le site en 2018, dont 5 Mio de visites uniques. Les pays les plus visités en terme de recherche sur le site: Indonésie, Égypte, É.-U., Thaïlande.

Concernant Ariane, malgré la cyber attaque, le service des SMS se maintient. Le CdCS se réjouit de l’augmentation régulière du nombre de comptes créés et du nombre de voyageurs qui s’inscrivent.

La cyber attaque du site hébergé sur le site du ministère a eu pour conséquence le vol de la liste d’environ 500 000 contacts (nom, tél. et courriel pour ceux qui acceptaient de le mettre) mais sans lien avec les voyages. Il s’agit d’un vol de données à fin commerciale.

La promotion d’Ariane et du site conseil aux voyageurs en direction du grand public s’est faite avec des présentations en Province dans des salons touristiques (Lille et Lyon).

Le CdCS est partenaire du film « Génération tour du monde », qui a eu 700000 vues sur internet.

Un rappel a été fait sur la nécessaire communication du chef d’îlot lors de l’inscription dans les consulats.

Le CdCS a reçu beaucoup d’appels pour les cartes d’identité valables 15 ans mais avec une date limite de validité de 10 ans ce qui force bien souvent nos compatriotes à faire des déclarations de perte.

Enfin, nous avons évoqué le problème des Français radicalisés et résidents dans les pays musulmans.

Si un seul mariage est reconnu au consulat, les hommes de religion musulmane peuvent épouser jusqu’à 4 femmes en même temps et enregistrent tous les enfants nés de ces “alliances” dans les Consulats de France.

Ces enfants ne sont pas scolarisés dans les lycées français mais dans des écoles locales ou coraniques sans obligations de suivre un programme d’étude imposés dans nos écoles, homologuées, labellisées.

Nous ne savons pas non plus où ces enfants sont scolarisés.

Certains gouvernements (comme c’est le cas en Égypte) suivent la scolarité de leurs enfants en imposant aux parents une demande d’autorisation auprès de leur ministère de l’éducation pour quitter ou même ne pas intégrer le système local. Le Lycée français du Caire reçoit donc dans les documents demandés à l’inscription, une autorisation de scolariser l’enfant dans notre système.

Ne devrait-on pas obliger ces parents à déclarer l’établissement choisi pour la scolarité de leurs enfants? Une question au ministre sera posée en ce sens.

Projection du film :

http://youtu.be/ItrF-dA0DFg

Audition d’un intervenant du ministère des Armées

Nous avons reçu un cadre de la DGSE des armées, spécialiste de l’international ainsi qu’Alain Juillet, ancien cadre de la DGSE.

 Petit rappel, il existe divers services de renseignements français relevant de plusieurs ministères et coordonné par le CNR (Conseil national du renseignement sous la Présidence du Président de la République) :

 Les services spécialisés de renseignement sont :

 relevant directement du ministre de la Défense :

 la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE), chargée de la sécurité nationale à l’extérieur du territoire national,

 la Direction du Renseignement et de la Sécurité de la défense (DRSD), chargée de la sécurité du personnel, des informations, du matériel et des installations sensibles4 ;

 relevant de l'État-Major des armées, au sein du ministère des Armées :

 la Direction du Renseignement militaire (DRM), chargée du renseignement tactique et stratégique sur les théâtres et les futurs théâtres d’opération de l’armée ;

 relevant directement du ministre de l’Intérieur :

 la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI), chargée du contre-espionnage et de la lutte antiterroriste ;

 relevant de la tutelle du ministère de l’Économie :

 la direction nationale du renseignement et des enquêtes

 douanières (DNRED), à compétence nationale, chargée des enquêtes douanières et des mouvements de marchandises douteux ;

 le service Traitement du renseignement et de l'action contre les circuits financiers clandestins (TRACFIN), à compétence nationale, chargé du renseignement sur les circuits financiers douteux et clandestins.

   Il est souhaitable de rappeler la territorialité de deux entités, DGSE et DGSI, cousins par essence mais intervenant sur des territoires différents ; respectivement hors territoire français et sur le territoire français.

 Dans le monde actuel, l’acteur qui a l’information a une longueur d’avance et donc, le pouvoir. La vigilance de nos services, et ce dans un univers multidimensionnel (terrain, cyber, etc.), ne doit pas nous faire oublier que des risques anciens existent toujours et que la menace Al-Qaïda est encore malheureusement bien présente et ce depuis le 11/09/2001 avec son cortège de groupes terroristes.

 Le rapport de force et les logiques de puissance sont de retour avec des pratiques d’un autre âge comme l’assassinat (ex. Affaire Khashoggi, affaire « polonium » à   Londres ou l’enlèvement de personnes moyennant des rançons permettant de financer le terrorisme international, conjugué à des méthodes plus « cyber-techniques » sans oublier les menaces étatiques post guerre froide.

La puissance de l’Europe en termes de renseignement, capacité rare donc vitale, est un véritable levier de puissance à l’international ; la collaboration et mutualisation de données semble devenir un enjeu de poids pour le vieux continent.

Autre défi important : celui de la guerre économique. On ne peut plus avoir une vision uniquement libérale de l’espace économique. Cet espace est devenu un espace de conflictualité ou prédation économique, vol de données sensibles, appropriation de l’autre par diffusion d’information ayant pour objet de faire chuter un cours boursier… etc.

Il est vital de faire preuve de vigilance absolue face à des acteurs, potentiellement identifiable.

Nous devons être très vigilants par rapport à nos appareils productifs et ne pas être naïfs, ce n’est pas le fonctionnement normal de l’économie de marché. Cela mine notre souveraineté et les facteurs de notre productivité et compétitivité de demain.

Sur le plan géopolitique, la cohésion de l’OTAN est à l’épreuve. L’UE affaiblie aujourd’hui, tant sur le plan interne (légitimité, déficit démocratique), que sur le plan de sa politique commerciale (Brexit qui se fait dans la douleur, etc.). Trump voit un ennemi dans l’UE. Poutine semble vouloir fragmente l’Europe et la Chine ferait tout pour l’affaiblir avec en plus une instabilité venant du sud avec les problématiques Africaines.

Pour parer/ contrer tout cela, des efforts spécifiques sur le renseignement sont intégrés au sein de la nouvelle loi de programmation militaire avec un effort budgétaire et en terme de ressources humaines très conséquent avec des priorités telles que :

-              la sécurité de nos compatriotes en France et bien sûr à l’étranger

-              la lutte contre le terrorisme sous toutes ses formes

Le renseignement est majeur pour avoir une réelle souveraineté.

Concernant le Cyber Espace : « On est en guerre ». Les risques sont multiples : de la diffusion d’Infox (fakenews), de la captation d’information, de la prise de contrôle de sites sensibles (hôpitaux, gestion de l’aviation, attaque d’infrastructures vitales d’un pays, décrédibiliser une grande entreprise pour la faire chuter en bourse etc..).

Les services de renseignements ont investi cet espace pour défendre nos intérêts, car cette dimension cyber peut représenter un enjeu fondamental et crucial pour notre pays.

Depuis des années les services travaillent sur la façon et la manière de lire et décrypter la menace. Des outils spécifiques sont développés pour cette guerre numérique. Il faut cependant noter que de nouveaux paradigmes doivent être intégrés car les outils et la compréhension sont distincts du monde physique.

Face à ces défis, la DGSE est au premier rang. La DGSE est un acteur incontournable, discret, redouté et redoutable dans ces missions afin de garantir la souveraineté nationale.

Qui sommes-nous, que faisons-nous et comment agissons-nous ?

En quelques mots, le service dispose de près de 7000 agents en et hors métropole, avec des agents issus du Ministère des Armées, d’autres ministères, mais aussi des personnels civils sous contrat de différents types, CDD, contractuels. Le service comptait 25,1% de militaires dans ses effectifs. Un an plus tard, ce taux est tombé 24,7%, alors qu’il était encore de 29,3% il y a à peine dix ans. Et, selon un rapport pour avis de la commission sénatoriale des Affaires étrangères et des Forces armées, cette tendance va encore s’accentuer.

Cela étant, la DGSE connaît quelques difficultés pour recruter des profils de plus en plus « pointus » dans des domaines où la concurrence peut être rude avec le secteur civil (voire avec d’autres ministères). C’est notamment le cas dans le domaine technologique, qui demande des gens doués en mathématiques et en informatique, mais aussi dans ceux de l’analyse et des langues. Il est aussi important de noter qu’au-delà du profil même rare, le service diligente des enquêtes poussées sur les recrutés.

La DGSE travaille pour l’ensemble des ministères régaliens.

Le renseignement est une politique publique assumée de l’Etat nécessaire. Le renseignement est une info que l’on ne trouve pas en source ouverte, diplomatique ou universitaire. Il faut aller la chercher. C’est le travail de terrain et de proximité des agents de la DGSE. C’est un service extérieur et travaille, comme stipulé précédemment avec la DGSI, service intérieur avec compétence judiciaire, ce dont ne dispose pas la DGSE.

La DGSE est un service généraliste, clandestin, une administration républicaine et interministérielle. Les actions sont secrètes mais orientées par les autorités, soumises à un cadre légal et contrôlée strictement par le pouvoir législatif.

Quelques exemples démissions: lutte anti-terroriste ou LAT où le service travaille en amont pour détecter la zone et en aval avec la DGSI ; lutte contre les trafics proliférant, chimiques, bactériologique, etc., le renseignement politique classique « lire les dessous des cartes », immigration clandestine, cyber défense etc.

Le service opère de façon clandestine à l’extérieur de nos frontières. Le service est très impliqué sur les sujets touchant les Français de l’étranger que ce soit sur des sujets liés à la protection des personnes et des biens français établis hors de France.

Il agit sur un cadre d’intervention strict, le service est autonome mais est saisi uniquement par l’État et sur instruction de l’État avec parfois des liens/communications avec les autres services de renseignements français en fonction de la mission ; le tout étant coordonné par le CNRLT.

Il est important de noter que le « service » collabore parfois avec des services étrangers dans le cadre d’échanges bilatéraux. Point important, la volonté du Président Macron d’un Réseau européen du renseignement.

Il y a 4 messages importants de l’intervenant :

  1. Nous vivons dans un monde dangereux et imprévisible avec des menaces anciennes et d’autres nouvelles et multiformes
  1. La DGSE et le renseignement jouent un rôle clé dans notre pays pour détecter et parer aux risques et menaces.
  1. La DGSE est la vigie, l’élément qui fait la défense en amont, avant que la menace ne nous atteigne.
  1. A ce titre la DGSE agit jour après jour au service de la sécurité et des intérêts des Français de l’étranger ; bien souvent les plus exposés mais aussi les plus conscients.

Enfin une question-réponse en guise de conclusion : Sommes-nous une population « plus à risque » à l’étranger car Français ?

La France est très engagée dans les affaires du monde ce qui fait d’elle une cible de choix. Être français à l’étranger a une valeur (en termes d’image) et nous pouvons être plus exposés que d’autres.

Nous conclurons sur l’importance absolue des services de renseignement et particulièrement celle de la DGSE qui au jour le jour combat une menace multiforme et déjoue de nombreuses actions contre la France, les Français et leurs intérêts.

Pour aller plus loin :

-         le site INTERAXIONS, à partir du site defense.gouv.fr

-         Interactions, le cercle de réflexion de la DGSE, a pour mission d'enrichirles capacités d'analyse et d'anticipation de la DGSE dans un contexte international particulièrement incertain, en situant la DGSE au carrefour des connaissances pour mieux comprendre le présent et anticiper l'avenir. La réflexion stratégique et prospective, complémentaire au renseignement, contribue à l'indépendance d'évaluation de notre nation.

-         en ce qui concerne un sujet hautement d’actualité et sensible :

les fake-news, nous vous invitons à visiter le site de Institut de recherche stratégique de l'École militaire

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Audition de Monsieur Alain Juillet, dirigeant d’entreprise, ex-haut fonctionnaire, conseiller de nombreux Premiers ministres et chefs d’État, a assuré la direction du renseignement au sein de la DGSE

  Monsieur Alain Juillet a présenté un tour d’horizon de la situation sécuritaire et géopolitique; il a fourni des analyses pertinentes et révélatrices des forces en jeu entre les États, certaines préoccupantes.

 Comme le précise M. Juillet, ses propos n’engagent que lui.

 ------- Tour d’horizon de la situation internationale, une vue personnelle de M. Juillet -------

 Situation au Mali :

 «  Nos soldats font une guerre convenable » mais la France est en train de perdre la guerre.

 Au Mali le Président Keita a réussi à faire une alliance nord-sud et se sent rassuré par la présence de l’armée française. L’opposition est renforcée par la position de l’Algérie qui insiste pour que tout accord soit signé à Alger.

 Le groupe terroriste dirigé par Lyad Ag Ghali a ses bases arrière au-delà de la frontière avec l’Algérie d’où il peut mener des actions au Mali. Les Français sont maintenant dans une position inconfortable et ne jouissent plus de la même popularité qu’à l’époque de la visite de François Hollande à Bamako. L’armée française y dépense au minimum 1 Moi EUR par jour.

 Au Burkina Faso : Le Burkina est vraiment en danger actuellement car les groupes djihadistes sont en train de s’y installer.

 Au Tchad : Le Président et son armée soutiennent les Français; mais la France se retrouve dans une situation d’impasse.

 Le Président Deby a éliminé tous ses opposants y compris parmi sa famille. En Côte d’Ivoire : Les Français ont eu tort de soutenir l’ex Président Gbagbo puis de le faire comparaître devant la CPI. Ceci est un facteur déstabilisant pour toute la zone.

 Au Gabon : Le président Ali Bongo est « fatigué ». Les pétroliers se retirent, les Américains n’ont plus besoin de l’Afrique pour son pétrole grâce à leur propre proposition de gaz de schiste. Ce n’est pas le cas des Chinois.

 Par contre les Américains créent des ambassades et se focalisent sur une implantation idéologique avec le secours des évangélistes. Ceci à un moment où l’Afrique est en croissance démographique et économique d’une moyenne de 7%/an; à une époque où la France ne « sait plus faire certaines choses ».

 En Afrique sahélienne : La France est « tranquille » mais moins au sud de la zone face à une implantation chinoise, même si les relations personnelles et humaines demeurent fortes.

 Sur tout le continent africain se trouve au moins 1 Mio de Chinois.

 «  On est en train de perdre l’Afrique » : la France est en retrait; on a tué la coopération en la mettant au Quai d’Orsay. Il y a lieu de regretter la France-Afrique.

 Par contraste on assiste à une réorientation de la France vers les pays africains anglophones. Zones où la France n’est pas assez présente.

 Au Rwanda : Dans le cas spécifique du Rwanda, le Président Kagamé est un bon Président même si il a assassiné son prédécesseur. La décision d’avoir une ressortissante du Rwanda nommée à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie est incompréhensible, sans préjudice des qualités de Louise Mushikiwabo.

 En Égypte : Il faut y jouer un rôle. Le Président Macron n’a pas pu parler (en public) en Égypte après ses insistances à évoquer sur les droits humains. La présidence égyptienne « a lancé les balles LDV à l’intention des ‘ gilets jaunes ‘ à la figure de Macron ».

 Dysfonctionnement de notre diplomatie : La France est en train de se mettre en difficulté toute seule. Elle a perdu sa proximité en Afrique.

Elle envoie des diplomates qui ne possèdent pas la culture locale.

En Israël : le gendre de Trump est un ami de Netanyahu. Il est en train de changer la diplomatie des États-Unis au Proche-Orient.

La théorie des deux États devient indéfendable.

L’arrivée au pouvoir de l’opposant BenyGantz [en alliance avec YairLapid] pourrait changer la donne.

Israël / Iran : un accord est possible entre ces deux pays car Trump ne s’intéresse qu’à la sécurisation d’Israël et le pétrole ne l’intéresse plus.

En Turquie : Erdogan joue sur tous les tableaux :

  • OTAN, stations d’écoute associées
  • Achat aux Russes de missiles sol/air S400, de fusées hypersoniques ou de torpilles extrêmement rapides, sans équivalent ailleurs.
  • Le blocus américain est percé

Chine : C’est le vrai ennemi de Trump. Les banques chinoises dominent malgré une possible bulle financière par les banques provinciales. Trump veut ralentir la croissance chinoise par tous les moyens.

Les Russes perdent un terrain face à l’invasion de populations chinoises venant s’établir en Russie et craignent une des velléités des Chinois sur les ressources fossiles de Sibérie.

Le Réseau 5G est un enjeu crucial dans la « Mer de Chine » où toutes les communications de la flotte des États-Unis pourraient se retrouver bloquées. L’entreprise chinoise de télécommunications « Huawei » bénéficie d’une certaine avance

Les Américains copient Palantir [contrat signé avec la DGSI, Big Data]. Avec les camps où sont internés les Ouïghours, la Chine assure la sécurisation de la nouvelle Route de la Soie

Les services de renseignements deviennent, à tort, des idéologues et du coup on ne voit pas la réalité.

Un rapport de la CIA affirme que la Chine va devenir la 1ère puissance économique mondiale mais que les États-Unis vont contrôler l’essentiel :espace, défense.

 La mécanique quantique qui permet de développer des ordinateurs capables de décoder tous les messages existants et passés est un domaine où les Chinois sont en avance (Radar pour détection d’avions furtifs par exemple).

 L’Europe,quant à elle, va se trouver au milieu de tous ces enjeux. La Grande-Bretagne restera une place financière forte et centrale mais la Pologne la remplacera comme le « poil à gratter » de l’Europe.

 Les pays baltes, proches de l’Allemagne, ont besoin de garanties ; une logique différente de celle du GroupedeVisegrád.

 La « nouvelle future chancelière» [AnnegretKramp-Karrenbauer] sera plus dure que Merkel.

 L’Espagne aura beaucoup de mal à bloquer l’immigration qui bascule de l’Italie. Populisme : Les politiques ne savent plus quoi faire contrairement aux populistes. Nous sommes devant un mur et il faut trouver des solutions sans jeter l’anathème.

 Au Maroc : Une certaine sécurité est à signaler grâce à la place du roi qui est commandeur des croyants, donc « intouchable ».

 En Algérie : le monde a peur, passé de la guerre civile, de la violence. La jeune génération des 40 ans prendra-t-elle le pouvoir ?

 En Libye : Le Maréchal Haftar pourrait recréer la paix contre les djihadistes dans le sud de la Libye. La démocratie y est difficile à imaginer pour le moment.

 Au Brésil : le pays oscille entre désordre et rigorisme. Les Brésiliens ont voté pour une remise à l’ordre et contre la corruption.

 Au Pérou : le pays se redresse contrairement à l’Argentine qui est incapable de se sortir de son marasme éco.

 En Colombie : référence dans la zone, le pays est en plein développement.

 Au Venezuela : Chavez était un vrai leader populaire aidé par tous les pays d’Amérique du Sud. Guaidó n’a toujours pas la majorité.

 Aux États-Unis : élections présidentielles: Trump sera réélu grâce à un taux de croissance de l’économie de près de 4%.

 Nous n’avons pas trouvé de parade aux lois US extraterritoriales

 En Syrie : on s’est fourvoyé depuis le début. Une guerre pour des intérêts qui n’étaient pas les nôtres. À Palmyre, Daesh a fait sauter les sites archéologiques pour les revendre en morceaux.

 

VISITE DES LOCAUX DE TV5 MONDE

 La commission Sécurité a été reçue par Laurent Cagna, Directeur desrelations institutionnelles et des relations avec la francophonie et Alexis Renard, directeur adjoint du système d'information et de technologie de TV5 Monde Visite des locaux, notamment des serveurs informatiques.

 TV5Monde :

-   197 pays

 -   400 employés dont 200 permanents.

-   Programmes traduits en 14 langues.

-   80 à 100 Mio de téléspectateurs par an

-   380 Mio de foyers reçoivent TV5Monde

 Chaîne francophone – Les 2/3 détenus par la France puis la Belgique, la Suisse et le Canada/Québec.

 Financée à 80% par des subventions publiques.

 Seule chaîne francophone présente en Chine continentale grâce à son statut de chaîne francophone et non franco-française.

 Société privée à capital public, régit par les gouvernements des États qui la financent.

 Une conférence interministérielle se réunit une fois par an pour voter les grandes orientations et le budget proposés par le Conseil d’administration. Cette année cette conférence a lieu au Canada, l’État qui préside la conférence.

 La rédaction est indépendante des États. Le contenu est posé, il n’y a pas de censure mais un contenu mesuré prenant en compte les risques pour les populations des pays où la chaîne est diffusée. Le directeur de l’information est le seul à arbitrer si la question se pose.

 Toujours dans le but de maintenir une sécurité optimale pour les populations, il n’y a pas de sous-titrage en direct notamment des journaux d’informations.

 Cyber attaque contre TV5 – 8 avril 2015.

 Cette attaque a pu être maitrisée grâce à un grand nombre d’agents présent sur les lieux lors de l’attaque et qui ont pu intervenir rapidement.

 Suite à cette attaque, la chaîne a pris plusieurs mesures selon un cahier des charges bâti par la DGSI (les médias étant considérés comme une potentielle menace), notamment la protection physique du bâtiment avec un renforcement des mesures de sécurité du hall d’accueil mais également la mise en place de procédures de sécurité strictes auprès des employés de la chaîne. L’ensemble de ces systèmes a été mis en place pour minimiser les risques. (Ex : les correspondants de la chaîne ne peuvent plus aujourd’hui envoyer leurs sujets directement sur le serveur de la chaîne mais passent par un serveur autonome pour être vérifiés, décontaminés avant d’être remis sur le serveur officiel). Plusieurs formations « sécurité » sont proposés à l’ensemble du personnel, pigistes inclus.

 L’objectif étant selon Laurent Cagna de « sécuriser la maison et les systèmes à l’intérieur du bâtiment ». L’ensemble de ces mesures pour sécuriser l’espacecyber de TV5 Monde ont été mises en place avec l’ANSSI.

 Cinq millions d’euros ont été nécessaires à la remise en route de la chaîne puis ce sont trois millions d’euros par an qui sont consacrés à la sécurité internet.

 «  Tout ce qui correspond à une fenêtre qui s’ouvre ou se ferme sur la chaîne est considérée comme vulnérable », explique Laurent Cagna.

 Un manuel de sécurité est distribué pour les reportages en « zones à risques» ainsi qu’un contrat avec un prestataire de service privé pour la protection des journalistes. Chaque journaliste présent sur une zone sensible a obligation de porter un traqueur avec géo localisation. Certains employés ont également bénéficié d’une formation du Centre de crise et de soutien.

TV5 Monde tient à saluer le travail de l’ANSSI.