29. janv., 2019

« Il est immortel» : le monde de la culture rend hommage à Michel Legrand

 

«Il est immortel» : le monde de la culture rend hommage à Michel Legrand

Le figaro.fr, AFP agence le 26/01/2019

REVUE DE TWEETS - Le ministre de la Culture Franck Riester, l'acteur Jean Dujardin et la chanteuse Juliette Armanet ont salué le musicien qui s'est éteint samedi, sur les réseaux sociaux. La réalisatrice Agnès Varda, elle, s'est dite touchée «en plein cœur» par la disparition du compositeur des Demoiselles de Rochefort.

«Compositeur de génie», «géant de la musique»: le Français Michel Legrand, trois fois oscarisé et célèbre créateur des thèmes des films Les Parapluies de Cherbourg et Les Demoiselles de Rochefort, est décédé dans la nuit à Paris à l'âge de 86 ans. «Il s'est éteint chez lui à 03H00 du matin (02H00 GMT) aux côtés de son épouse la comédienne Macha Méril», a indiqué son attaché de presse à l'AFP.

Au cours d'une carrière de plus de 50 ans qui lui a valu une renommée mondiale, ce musicien touche-à-tout a travaillé avec les plus grands de Ray Charles à Orson Welles, en passant par Jean Cocteau, Frank Sinatra, Charles Trenet et Édith Piaf. «Comme certains dieux hindous, Michel est un être multiforme. On a l'impression qu'aucune discipline musicale ne lui résiste», écrivait le compositeur Stéphane Lerouge en avant-propos de l'autobiographie de Michel Legrand parue en 2013. «Le jour où l'on fera le point sur son apport à la musique, on découvrira un créateur que la France a peut-être sous-estimé», ajoutait-il.

D'abord accompagnateur et arrangeur pour des chanteurs, Michel Legrand avait commencé à composer des musiques de films dans les années 60 avec l'émergence de la Nouvelle Vague, travaillant pour Agnès Varda, Jean-Luc Godard, et surtout son complice préféré, le cinéaste français Jacques Demy.

«Des parapluies, des danses et des rêves dans le cœur»

© Bernaux Edouard/Bernaux Edouard/ABACA Michel Legrand à Compiègne lors du festival Palais en jazz en juin 2014.

Les réactions du monde de la culture se multipliaient en France, samedi matin. Agnès Varda, pour laquelle il avait composé la musique de Cléo de 5 à 7, s'est dite touchée «en plein cœur» par la mort de Michel Legrand. «Compositeur de génie, son inépuisable talent, célébré partout dans le monde, a fait naître tant d'émotions», a tweeté le ministre français de la Culture Franck Riester.

«Il a signé avec Les Parapluies de Cherbourg et Les Demoiselles de Rochefort les plus belles partitions du cinéma français, faisant naître en France, avec Jacques Demy, la comédie musicale comme nouveau genre cinématographique», a de son côté rappelé le Centre national du cinéma (CNC). «Ses notes ont inventé, pour toujours, un véritable langage musical aux côtés des images», a-t-il ajouté dans un communiqué. Outre ces deux chefs-d'oeuvre, on lui doit aussi le thème de Peau d'âne, dont une version scénique pour laquelle il a créé des musiques supplémentaires, est à l'affiche depuis novembre au théatre Marigny à Paris.

«Un géant de la musique vient de nous quitter. Un musicien de renommée mondiale. Il reste bien vivant au milieu de nous, tous les jours à Marigny», a affirmé le théâtre qui se dit «bouleversé», dans un communiqué. Lors de la première représentation de Peau d'âne sur scène, le compositeur avait reçu une ovation de plus de 20 minutes. Le spectacle est encore l'affiche jusqu'à la mi-février.

Le compositeur devait aussi donner deux concerts au Grand Rex, à Paris, en avril, en compagnie de ses «amis» l'accordéoniste Richard Galliano, la soprano Natalie Dessay, le compositeur Michel Portal et le guitariste Sylvain Luc. «Pour moi, il est immortel, de par sa musique et sa personnalité», a réagi auprès de l'AFP le compositeur et chef d'orchestre français Vladimir Cosma. «C'était une personnalité tellement optimiste, avec une sorte de naïveté dans l'optimisme, il voyait tout en rose!»

La chanteuse Juliette Armanet a quant à elle remercié Michel Legrand pour «ces mélodies inégalables, pour ces parapluies, ces folies, ces danses, ces rêves, ces moulins qui sans cesse, sans répit, tourneront dans mon cœur, dans ma vie!», dans un message posté sur Twitter.

«On le fredonnait partout. Ses notes étaient douces comme des caresses, ses parapluies nous faisaient pleurer. En nous quittant en catimini, Michel Legrand commet sa première fausse note. Musique, maestro, please», a posté l'ancien président du Festival de Cannes Gilles Jacob sur le réseau social. Les acteurs Jean Dujardin et Manu Payet ont, eux, rendu un hommage sobre, postant chacun un cliché du compositeur sur Instagram.

En pleine gloire, Michel Legrand avait décidé de s'installer aux États-Unis en 1966. «C'est un vrai risque de quitter la France, en débarquant à Hollywood sans véritable engagement», écrivait-il dans son autobiographie, qualifiant ce pas de «partie de roulette russe». C'est Henry Mancini, grand compositeur pour le cinéma, qui lui ouvre les portes d'Hollywood et lui donne l'opportunité d'écrire la musique de L'affaire Thomas Crown. Un pari gagnant: Michel Legrand avait obtenu trois Oscars, pour la chanson Les moulins de mon coeur, tirée de la musique du film de Norman Jewison en 1969, puis pour Un été 42 (1972) et Yentl (1984).