Blog

14. avr., 2017

Trait d'union entre Henri Emmanuelli et Benoît Hamon, Roberto Romero raconte son "Henri", qui est décédé ce mardi.

© Copyright 2017, L'Obs 4 février 1983 : Henri Emmanuelli, Secrétaire d'Etat au Budget du gouvernement Pierre Mauroy.

Roberto Romero n'était pas le plus connu des compagnons de route de Henri Emmanuelli mais il était l'un des plus fidèles depuis qu'il était devenu, en 2004, son principal collaborateur à l'Assemblée nationale. Du "non" au traité constitutionnel de 2005 à l'actuelle élection présidentielle, le conseiller régional d'Ile-de-France et délégué général de l'équipe de Benoît Hamon a été de tous ses derniers combats.

Que vous évoque le décès de Henri Emmanuelli ?

C'était quelqu'un de tellement important pour moi. Il était rien moins que mon père en politique. Les gens ne le connaissaient souvent que par le prisme de sa rugosité, mais il était d'abord profondément humain et extrêmement drôle. C'était un homme extraordinaire, avec une telle rigueur, un tel sens de la responsabilité politique. Il a vécu la politique comme un devoir. Il a tellement donné à la politique que ça lui a personnellement pesé à la fin de sa vie. Il a alors tenté de se rattraper en tant que grand-père, auprès de ses petits-enfants.

Il disparaît alors que l'aile gauche du PS vient enfin de prendre la main sur le parti...

C'est le hasard de l'histoire. Mais il était plutôt fier d'avoir réussi le passage de témoin entre deux générations, la sienne et celle de Benoît Hamon. Je me souviens de la préparation du congrès de Reims, en 2008, lorsqu'il avait décidé de lui confier les rênes du courant. Il m'avait dit : "Il faut maintenant que tu fasses tout pour l'aider."

Hamon et Emmanuelli n'avaient pourtant pas la même culture politique au départ...

Benoît était rocardien, ce qui n'était pas vraiment la tradition de Henri. Mais une relation sincère s'est nouée entre les deux hommes. Si bien que Benoît est devenu une sorte de synthèse entre la première et la deuxième gauche. Sur la forme, Benoît fourmillait d'idées tandis que Henri avait le pessimisme du réalisme, mais là encore Benoît a su en tirer profit. Henri n'était pas pour rien dans la densité et la distance qu'il a acquis petit à petit.

Quel regard Emmanuelli portait-il sur cette élection présidentielle ?

Sincèrement, il pensait que c'était n'importe quoi. Il disait qu' il ne comprenait pas que Fillon puisse se présenter et qu'il était indigne. Il disait aussi que Macron était un imposteur et qu'il était étonnant que les gens ne le voient pas. Il ne se reconnaissait plus dans la vie politique.

L'OBS

Le 22/03/2017

Propos recueillis par Julien Martin

 

6. avr., 2017