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27. mars, 2019

Le numéro trois du Vatican, George Pell, ancien archevêque de Melbourne (1996-2001) et de Sydney (2001-2004), a été condamné ce 13 mars 2019, par le tribunal de Melbourne, à 6 ans de prison pour des faits d’abus sexuels sur mineurs, un crime passible de 50 ans de prison. 

 Le cardinal, aujourd’hui âgé de 77 ans, avait été nommé par le Pape François dans le conseil des neuf cardinaux chargés de l’aider dans la réforme de la Curie et des finances vaticanes. George Pell est le plus haut représentant de la hiérarchie catholique à être condamné pour agressions sexuelles. 

 Un premier verdict avait été prononcé dès décembre 2018, mais rendu seulement public le 26 février 2019, parce que la justice australienne, avait demandé une «ordonnance de suppression» qui aboutit au black-out médiatique autour d’une affaire. 

 En juillet 2018, c’est le cardinal américain Theodore McCarrick, 88 ans, qui avait été démis par le Pape de son titre de cardinal et défroqué, «déchu de son état clérical», par une sentence de la Congrégation pour la doctrine de la foi notifiée au coupable le 15 février 2019. C’est la première fois dans l’histoire de l’église catholique qu’un cardinal est rendu à la vie laïque pour des motifs d’abus sexuels.

 Les premières révélations d’abus sexuels dans l’église catholique aux États-Unis remontent à 1985, grâce aux reportages du magazine «National Catholic Reporter». Le cas le plus connu est celui de James R. Porter : arrêté et jugé, pour des faits remontant aux années 1960, il quitta les ordres en 1974. Marié et père de quatre enfants, il sera finalement condamné à 20 ans de prison en décembre 1993 pour agression sexuelle sur une centaine d’hommes et de femmes.

 C’est avec l’affaire du cardinal autrichien Hans Hermann Groër, contraint à démissionner de la présidence de la conférence épiscopale de son pays en 1995, qu’ont débuté en Europe les révélations sur les abus sexuels dans l’église catholique. Cependant, Hans Groër ne sera pas jugé, finissant sa vie dans un monastère.

 Il n’y a guère que l’Australie comme point commun entre la condamnation d’un prince de l’église pour abus sexuels, et le roman des «Oiseaux qui se cachent pour mourir» (Colleen McCullough, 1977). L’histoire d’amour entre le père Ralph de Bricassart et Meggie Cleary montre un homme tiraillé entre ses ambitions de devenir cardinal et son amour pour une femme qui n’aspire pas à rester «immaculée conception».

 Canice Connors et Andrew Greeley, prêtres et sociologues, avaient conclu, dans les années 1990, qu’il n’y avait pas de preuve que le célibat et l’abstinence, qu’on impose aux prêtres, soient la cause de leur maladie. Les récentes révélations d’abus sexuels sur des religieuses obligent à revoir la question à l’aune des années 2020. Ce n’est finalement qu’au concile de Latran, au XIIème siècle, qu’a été décrété ce célibat. Neuf siècles plus tard, et surtout après ces dernières décennies de scandales sexuels, quel bilan faire de cette «chasteté dans le célibat» ? Les prêtres de notre époque ne sont plus ces ermites héroïques qui vivent seuls, loin des mineurs ou des religieuses. Ne pouvant pas faire qu’ils soient ermites, faudra-il qu’ils soient eunuques...

30. nov., 2017

L'ISLAM A MADAGASCAR

26 Novembre 2017

 L’islamisation de l’Afrique de l’est qui commence à la fin du VIIIème siècle s’étendit par la conversion progressive des Bantous depuis la Côte somalienne, puis dans les centres urbains à partir du XIème siècle. Les ports swahilis étaient en relation avec le Yémen et aussi avec les Indiens du Gujarat, de Calicut et les Maldiviens qui fréquentaient aussi l’Afrique de l’Est.[1] Les marchands indiens qui contrôlaient le commerce entre l’Inde et l’Egypte ont peut-être étendu leur influence sur une grande partie du sud-ouest de l’océan Indien.[2]

L’Islam s’installa aussi progressivement aux Comores du XIIIème jusqu’au XVème siècle, un Islam imprégné de caractères africains tels que le culte des ancêtres et des esprits, qui va mêler les pratiques magiques africaines et arabes. De par sa situation, l’archipel comorien constitua un carrefour pour le commerce et la colonisation de l’océan Indien.[3] Ces populations islamiques fréquentèrent Madagascar après un séjour sur les côtes orientales d’Afrique et des Comores dès le VIIIème siècle.[4] Ils fondèrent des comptoirs dans cette région. Ils pénétrèrent plus profondément à Madagascar du IXème au XIIème siècle, sur la côte ouest. « Ces gens du large, ou de la mer », les Antalaotra[5], multiplièrent leurs établissements qui périclitèrent avec l’arrivée des Portugais. L’immigration gagna progressivement toute la côte ouest jusqu’à Morondava.[6] On trouve de nombreux sites de tombeaux où figurent des inscriptions funéraires gravées en caractères arabes. Des petites mosquées, des tombes et autres maisons ont été mises au jour sur le site de Kingany étudié par Pierre Vérin en 1986. Ce comptoir fut brûlé par les portugais au début du XVIème siècle[7].

A partir du XVIIIème, l’influence religieuse islamique se fera sentir à travers l’établissement de relations avec les royaumes Sakalava (Ouest) et Antakarana, sur la côte orientale de Maintirano à Antsiranana (Diègo-Suarez).

La deuxième influence, arabo-perse, est apparue à travers des migrations successives venues de la péninsule arabique à partir du XIIème siècle et jusqu’au XVIIème siècle. Elle laissa un héritage culturel important dans le pays antemoro, autour des villes de Vohipeno, Manakara, Farafangana.

La troisième vague date de la colonisation a accentué l’islamisation du nord de la Grande île, autour de Mahajanga, avec les Comoriens, les Yéménites, les Somalis de Djibouti, des indiens islamisés. C’est un islam de l’est africain. On peut ajouter actuellement une quatrième vague avec l’émigration comorienne dans le Nord, qui apporte en particulier la culture du Qat.

Traces culturelles arabo-islamiques

La place de la femme est effacée dans la société Antemoro. Au XVIIème siècle, le voyageur Cauche observe que ces groupes du sud-est ne travaillent pas le vendredi, ne mangent pas d’animaux qui n’ont été au préalable saignés et ne pratiquent aucune cérémonie sans avoir été lavés. Le gouverneur Flacourt rapporte dans ces populations la présence de l’enseignement du Coran, l’abstinence de porc pour l’aristocratie et le jeûne pendant la période du Ramadan[8]. (Beaujard 2003, Flacourt [1661], 2007)

 Les ancêtres des Antemoro

Une partie d’entre eux, les fondateurs de lignées nobles, revendiquent une origine Mecquoise. Cinq hommes seraient venus de La Mecque, se dirigèrent vers le Sud de l’île, débarquèrent à Fanivelona puis à Mahony dont ils changèrent le nom en Matitanana. Ils n’avaient pas amené de femmes mais deux enfants, un garçon, Zorobabela et une fille, Fatima qu’il maria. Ils furent les ancêtres des nobles Anteony (Ferrand 1891). D’après Flacourt, les Antemoro ont été envoyés par le Calife de la Mecque ; mais ceci n’est pas possible car à l’époque probable de leur arrivée, le Califat n’existait plus.

La tradition cite aussi Ralivoaziry, le fils de Ramakararo, né en Arabie et ayant accompagné son père dans le voyage de Madagascar[9]. Ramakararo épousa une femme malgache, dont il eut alors un fils Andrianalivoaziry. Son groupe s’arrêta sur l’embouchure de la Matitanana au village d’Ambohabe, peuplé par des Onjatsy avec lesquels ils se sont alliés. Après seulement trois ans dans la Matitanana, il serait retourné vers le nord pour s’installer à Vohémar.

Pour Allibert, comme pour les théories les plus récentes des chercheurs, des populations de la côte sud-est malgache auraient pour origine des groupes indonésiens islamisés, soit installés provisoirement au Moyen-Orient, avant de venir s’installer à Madagascar (Allibert 1995), comme pour la migration Zafiramini. Il pourrait s’agir alors de malais venus directement, ou indirectement, de la péninsule Malaise ou de Sumatra. Leur origine commune avec les arrivants de la migration précédente aurait facilité les contacts. La composante bantoue, quant à elle, serait la conséquence de l’arrivée des groupes de serviteurs qui accompagnaient les islamisés[10] (Ottino 1983, Rolland 2007)[11].

 L’islam malgache en 2017

Si le FFKM regroupe les églises chrétiennes, le FSM (Fikambanan’ny Silamo Malagasy) existe pour les musulmans depuis 1962 et dispose d’une reconnaissance officielle et légale depuis 1974. Cette organisation a toujours œuvré à promouvoir un islam modéré, de manière harmonieuse avec les autres cultes. Cependant le spectre de la radicalisation islamique pèse depuis les années 1990 avec l’arrivée d’organisations étrangères non gouvernementales et de prêcheurs africains et arabes. Il s’ensuivit une multiplication des actions caritatives et de prédication. L’acteur principal était la branche saoudienne de l’ONG koweitienne AMA (Agence des Musulmans d’Afrique), proche des Frères musulmans, présente à Madagascar depuis 1994. L’objectif d’Abdurrahman Sumayt était de ré islamiser 51 % des Antemoro à l’horizon 2009. Il a été interdit en 2004 par l’ex-président Ravalomanana, par ailleurs vice-président de la secte protestante du Fjkm. Des prédicateurs africains barbus sont ensuite arrivés, envoyés à Diégo par une ONG du Bahrein (Musim Edication Program)[12].

L’émotion est forte depuis que les services secrets malgaches ont révélé la présence d’Abdallah Mohamed Fazal, l’un des cerveaux des attentats terroristes de Nairobi et Dar Es Salam en 2008. Les fantasmes et manœuvres politiciennes, depuis la désignation de ministres musulmans du FSM, sous la présidence de Ratsiraka, ont avivé les rumeurs. Un acteur de la vie politique malgache s’inquiète de cette pénétration islamiste : « On sait que ça, commence toujours avec une mosquée et qu’ensuite ça se termine par le terrorisme[13]. » A cet égard le Tsaho, les campagnes de rumeurs alimentées par la presse, relayées par les familles, les associations catholiques, sont redoutables. Il n'en reste pas moins juste de dire que l’Islam à Madagascar connaît un essor à la faveur d’une certaine déligitimation des églises chrétiennes et de l’implication du FFKM dans la crise politique de 2009. On observe ainsi une progression également sur les Hauts-plateaux et dans la capitale. Le sentiment d’islamisation est renforcé par le fait qu’une trentaine de députés sur 137 seraient de confession musulmane[14]. Ce qui est beaucoup pour un pays dont 50 % de la population est chrétienne et seulement 6 à 7 % de confession musulmane.

Un article du Figaro[15], cité dans « Midi Madagasarika du 21 octobre 2017 » reflète cette inquiétude avec la recrudescence du prosélytisme à Manakara et Vohipeno. Influence que j’ai pu constater avec cette mosquée de Vohipeno dont Renaud Girard écrit : « Lorsqu’on se rend dans cette mosquée controversée, on tombe à l’issue de la prière de l’après-midi, sur une majorité de Pakistanais et d’Indiens, à la barbe très longue, fraichement arrivés dans la Grande Ile sur des vols Turkish Airlines. Ils ne parlent que l’ourdou et un peu d’anglais. Ils disent être affiliés au Djamaat Taglish[16]...

Dans l’école de Vohipeno, l’enseignement dispensé aux garçons, consiste à réciter sans fin le Coran, dans une langue : l’Ourdou ou l’Arabe, qu’ils ne comprennent pas, comme dans toutes les madrasas du monde. Selon le Figaro : « Ces garçonnets sont tous des pensionnaires gratuits, confiés en garde par leurs familles, trop pauvres pour subvenir à leurs besoins. Certains sont même venus de la rue où ils mendiaient. « Pour qu’un gosse se convertisse et devienne musulman pour la vie, c’est très simple chez nous. Il suffit qu’il vienne ici, qu’il prenne une douche et qu’il prononce ensuite le Chahada » explique d’une voix douce Nadeem Dolip, Mauricien à la longue barbe noire d’une trentaine d’années, qui dirige la nouvelle institution. » L’homme a fait ses études en France où il fréquentait la mosquée de Montfermeil. Il a épousé une femme d’origine kabyle dont il a eu deux filles. Il a divorcé et quitté la France avec amertume car il n’a pas conservé un bon souvenir de l’égalité hommes-femmes de la république française. Pour lui, les femmes ne sont pas égales à l’homme mais complémentaires et ne savent pas bien gérer leur liberté quand elles en disposent...Le journal cite encore l’inspection de ces écoles islamiques, qui ont « poussé comme des champignons après la pluie », par le représentant du ministère qu’il a rencontré dans son beau 4x4 tout neuf, offert par l’Unicef ! « Son prédécesseur, Onesi Ratsituvahana, a été limogé l’année dernière, pour avoir programmé, sans autorisation ministérielle, un voyage en Arabie Saoudite afin d’y trouver des financements pour les écoles coraniques. Cet incident avait fini par alerter le ministre. Après enquête, il ordonna, en avril 2017, la fermeture de 14 écoles islamiques à travers la Grande île, en raison de l’inanité de leur enseignement général[17] ».

Les écoles et nombreuses institutions chrétiennes, du père Pedro sur les tas d’ordures d’Akamasoa aux remarquables écoles Don Bosco[18], recueillent aussi les enfants miséreux et orphelins, mais il est vrai qu’elles n’exigent pas la conversion des enfants. Elle va de soi au fil des ans...et de l’enseignement dispensé qui est néanmoins d’une qualité reconnue (90 % de taux de réussite au brevet pour 20 à 30 % concernant les écoles islamiques).

Ce qui n’est pas normal, c’est que la sauvegarde et l’éducation des enfants orphelins, pauvres, des mendiants, soient abandonnés à des organisations religieuses, à la charité, plutôt qu’à la solidarité des institutions laïques et étatiques. De nombreuses ONG, associations laïques aident aussi au recueil des enfants et à leur éducation.

 Allain Louis Graux