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1. avr., 2019

Marianne

En Macronie, les dissensions des premiers de cordée autour de la laïcité ne reflètent pas l'électorat d'Emmanuel Macron. - UGO AMEZ/SIPA

Sondage : les Français et l'électorat de Macron plus laïques que jamais

Par Hadrien Mathoux

Publié le 26/03/2019 à 10:45

La Fondation Jean-Jaurès a réalisé un état de l'opinion de la population et des sympathisants LREM sur la laïcité. Le résultat est sans appel : la ligne républicaine est plébiscitée tandis que les positions accommodantes avec les revendications religieuses, défendues par certains macronistes, sont très largement minoritaires.

C'est un état des lieux aux conclusions nettes, qui devrait ravir les tenants de la laïcité républicaine, particulièrement au sein de La République en marche (LREM). Alors que la majorité s'est récemment déchirée en public sur plusieurs sujets liés à la place des cultes en France, un séminaire a été organisé le 21 mars dans le but de clarifier la ligne du mouvement présidentiel. Finalement, ce débat entre les différentes tendances de la Macronie – des partisans d'une laïcité "souple" proche du multiculturalisme (Aurélien Taché, Fiona Lazaar) aux défenseurs d'une ligne fermement républicaine (Marlène Schiappa, François Cormier Bouligeon) en passant par le grand marais des indécis – a été ajourné pour laisser la place à une série d'interventions censées représenter le panel des sensibilités.

Et voici justement que la Fondation Jean-Jaurès présente une enquête d'opinion conduite par l'Ifop, intitulée : "Les Français, l'électorat macroniste et les questions de la laïcité". Un sondage conduit auprès de 2.505 personnes, dont 493 ont voté pour Emmanuel Macron au premier tour de l'élection présidentielle de 2017, qui révèle que pendant que les têtes pensantes de la Macronie se torturent les méninges, leur électorat et la population en général ont tranché, dans un sens résolument républicain.

L'interdiction du voile à l'école plébiscitée

Au sujet de la loi de 1905 et de ses fondamentaux (libre exercice des cultes, liberté de conscience, neutralité de la puissance publique et séparation des Eglises et de l'Etat), le soutien est massif : 87% des Français sondés y sont favorables, un chiffre qui grimpe à 94% pour les électeurs d'Emmanuel Macron. L'opinion est également très unie au sujet de deux lois ayant trait à la laïcité : 89% des sondés sont favorables à la législation de 2010 qui interdit le port d'un voile intégral couvrant le visage, dont 92% chez les macronistes; quant à la loi de 2004, qui interdit le port de signes religieux ostensibles aux élèves de l'école publique – un texte présenté comme "liberticide" et "islamophobe" par certains partisans d'une laïcité "souple" –, 83% des Français s'y disent favorables, 88% chez ceux qui ont soutenu Emmanuel Macron en 2017.

Autre élément intéressant montré par l'enquête grâce à l'importance de son échantillon, le positionnement des citoyens français de confession musulmane : 75% se disent favorables à la loi de 1905, 24% uniquement souhaitant "l'assouplir". En revanche, seuls 41% sont favorables à l'interdiction des signes religieux pour les élèves de l'école publique.

Un net désir de recul des religions

Afin d'affiner l'analyse, les sondeurs de l'Ifop ont questionné leur échantillon en leur posant cette question : "Pour vous, la laïcité, c'est quoi, avant tout ?". Comme lors du dernier sondage de ce type, en 2005, les sondés répondent majoritairement que la laïcité consiste "d'abord à séparer les religions et la politique", une position qui correspond à la lettre de la loi de 1905 (ils sont 30% à fournir cette réponse). En revanche, seuls 22% affirment que la laïcité "assure avant tout la liberté de conscience", une définition fréquemment invoquée par les tenants d'une ligne "souple" inspirée du multiculturalisme, comme le député LREM Aurélien Taché ou les dirigeants de l'Observatoire de la laïcité. Ce chiffre est en recul : il était de 28% en 2005.

Autre conception de la laïcité, qualifiée de "minimaliste" par l'Ifop, là aussi en net recul : la laïcité, ce serait avant tout "mettre toutes les religions sur un pied d'égalité". Cette position est mise en avant par 19% des sondés, contre 32% en 2005. A l'inverse, ils sont de plus en plus nombreux à considérer que la laïcité consiste avant tout à "faire reculer l'influence des religions dans notre société" : 20%, soit plus du double qu'en 2005.

L'Ifop interprète cette évolution comme le signe d'une "attente renforcée au cours des dix dernières années de la laïcité chez les Français comme devant et pouvant faire reculer la religion et l’influence de la religion dans le pays, dans un contexte où une religion, à savoir l’islam, semble être beaucoup plus visible qu’il y a dix ans". Preuve en est donnée avec le pourcentage de sondés estimant que "la laïcité est aujourd'hui en danger en France" : 74%, contre 58% il y a quatorze ans. Signe d'une inquiétude quant à la visibilité de l'islam dans l'espace public, 78% des Français interrogés se déclarent favorables aux arrêtés anti-burkini pris en 2016 par certaines municipalités, et 53% sont même d'accord avec les "appels au boycott des entreprises proposant à la vente des 'hijab de course'", comme Decathlon.

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Les français intransigeants sur les signes religieux

Pour évaluer le poids respectif de chaque sensibilité, la Fondation Jean-Jaurès et l'Ifop ont enfin proposé aux sondés de se positionner sur une série de mesures : une partie va dans le sens d'un "renforcement de la loi de 1905", quitte à porter atteinte à la liberté religieuse, l'un des piliers de la laïcité; une autre vise à "assouplir la loi de 1905" en adaptant davantage les règles communes aux desiderata des cultes. Là encore, les résultats sont éloquents : les Français sondés se prononcent massivement pour un durcissement du contrôle des religions dans l'espace public, quand ils sont largement minoritaires à souhaiter édulcorer la laïcité.

Ainsi, 76% sont pour une interdiction du port de signes religieux ostensibles aux usagers des services publics, et non plus seulement aux agents. Parmi l'électorat d'Emmanuel Macron, ils sont 78% à approuver une telle mesure, qui interdirait par exemple d'arborer une grande croix, un voile islamique, une kippa ou un turban lorsque l'on se rend dans une préfecture ou une mairie. Même succès pour l'idée d'interdire les signes religieux ostensibles à l'université (75%) ou aux salariés des entreprises du secteur privé (74%). On relève également une large majorité soutenant la proscription des signes religieux ostensibles pour les parents d'élèves accompagnateurs de sorties scolaires (77%), et même pour abroger le concordat en Alsace-Moselle (68%) !

"Ces quelques résultats montrent véritablement que la laïcité est un ciment de la nation"

A l'inverse, les propositions d'assouplissement de la loi de 1905 rencontrent un succès très mitigé : 26% souhaitent autoriser les pouvoirs publics à financer directement la formation des « ministres des cultes » (pasteurs, prêtres, imams, rabbins…), 19% pour permettre le financement de la construction d'un lieu de culte par de l'argent public, seuls 28% pour "permettre aux pratiquants des religions minoritaires de choisir d’autres jours fériés à connotation religieuse que ceux qui sont actuellement en vigueur". Seule proposition de la liste à rencontrer une (courte) majorité chez les sondés, celle de "plats de substitution dans les cantines scolaires", un point qui, comme l'indique l'Ifop, relève du bon sens davantage que d'un assouplissement de la laïcité et "pâtit vraisemblablement de la façon dont il est régulièrement instrumentalisé" par la droite et l'extrême droite : 51% des interrogés s'y déclarent favorables.

La conclusion de François Kraus, directeur du pôle politique/actualités de l'Ifop, est claire : "Ces quelques résultats montrent véritablement que la laïcité est un ciment de la nation, un ciment qui permet de faire bloc dans une société devenue un mille-feuilles". Les chiffres, relève-t-il, indiquent que "ni les Français, ni d’ailleurs les électeurs de LREM, ne souhaitent qu’on adapte les règles" de la laïcité. Le sondage semble en effet indiquer un décalage considérable entre l'opinion majoritaire et les parlementaires de la majorité, Aurélien Taché en tête, qui plaident pour une laïcité plus "inclusive". Le député du Val-d'Oise, très offensif, distille en outre régulièrement l'idée que ses conceptions sont plébiscitées au sein de la Macronie : dans un article de L'Opinion, il déclarait ainsi qu'il n'y avait "pas de fracture à LREM", mais que "5 députés acquis aux idées du Printemps républicain tentent de faire passer des choses au forceps contre l'ADN libéral d'En Marche", un courant qu'il qualifiait de "minorité néorépublicaine hostile aux religions". Force est de constater que dans l'opinion, a fortiori au sein de l'électorat macroniste, la ligne "néorépublicaine" est au contraire très largement majoritaire. Des résultats qui poussent François Kraus à pointer le risque, "pour un parti dont une part significative des cadres dirigeants sont issus de formations de gauche (ex : MJS, UNEF...) culturellement éloignées de cette tradition laïciste (...), de se retrouver en porte-à-faux avec la masse de leurs électeurs qui affichent, comme le reste des Français, une conception pour le moins 'offensive' du principe de laïcité".

 

29. déc., 2017

Emmanuel Macron reçoit les représentants des cultes à l'Elysée. - Christophe Petit-Tesson /

 AFP, Politique,

Par Hadrien Mathoux, Publié le 22/12/2017 à 12:00

 Lors d'une réunion organisée par l'Elysée entre le Président et les représentants des six principales religions, Emmanuel Macron se serait "interrogé de manière critique sur la radicalisation de la laïcité". Le chef de l'Etat, qui ne s'est toujours pas exprimé publiquement sur le sujet, entretient le flou sur sa vision de la laïcité.

On entend très peu le président Macron sur le sujet de la laïcité. Alors que la controverse entre Charlie Hebdo et Mediapart a mis le sujet sur le devant de la scène politique, et que plusieurs visions de la laïcité se sont affrontées (souvent avec violence) dans le débat public, le chef de l'Etat s'est tenu soigneusement à l'écart des discussions. Sa majorité - à l'exception du député Aurélien Taché et de Manuel Valls - l'a d'ailleurs largement imité. Du coup, chaque indice sur la vision de la laïcité que porte Emmanuel Macron est scruté avec attention.

Le président de la République pourrait bien avoir donné une indication ce jeudi 21 décembre à l'Elysée, en parlant de risque de "radicalisation de la laïcité" lors d'une réunion avec les représentants des six cultes pratiqués en France : religions catholique, protestante, orthodoxe, musulmane, juive et bouddhiste. La rencontre, entièrement à l'initiative du Président, a duré près de deux heures. Les ministres Gérard Collomb (Intérieur) et Jean-Michel Blanquer (Education) étaient présents.

D'après le président de la Fédération protestante de France (FPF) François Clavairoly, le chef de l'Etat aurait fait montre d'une conception plutôt "ouverte" de la laïcité. "Il a dit : 'c'est bien la République qui est laïque et non la société, les cultes peuvent s'exprimer dans l'espace public'" s'est félicité auprès de l'AFP le pasteur. D'après François Clavairoly, le président se serait même "interrogé de manière critique sur la radicalisation de la laïcité au détour d'une phrase, en se disant vigilant là-dessus". Des propos corroborés par le grand rabbin de France, Haïm Korsia, qui a confié à l'AFP qu'Emmanuel Macron ne "comprenait pas certaines situations qui relèvent d'une obsession". Au cours de la discussion, le chef de l'Etat aurait tenu à rassurer les représentants des cultes sur le maintien des émissions religieuses diffusées sur France Télévisions.

Une conception "accommodante" de la laïcité ?

Le Président ne s'est toujours pas exprimé de manière publique sur la laïcité, conscient que le sujet ouvre des fractures béantes dans la société française. Il a même reporté sine die un discours prévu le 9 décembre sur cet enjeu. Plusieurs de ses conseillers font état de sa volonté de dépassionner un débat souvent tendu. Mais si elle se confirme, son attitude auprès des représentants de culte n'est pas anodine : insister sur une société qui ne serait "pas laïque", et affirmer face à des religieux sa "vigilance" face à une "radicalisation de la laïcité" témoigne d'une volonté de s'éloigner de la ligne défendue par les défenseurs les plus affirmés de la laïcité républicaine. Et de préférer l’accommodement avec les religions au combat pour l'universalisme.

Autre signe des conceptions "ouvertes" défendues par Macron : sa longue interview à Challenges en octobre 2016, lorsqu'il n'était encore que candidat. Il y critiquait notamment le "laïcisme", une "conception étriquée et dévoyée de la laïcité qui dénote à la fois une insécurité culturelle profonde et une incompréhension historique de la France". Au cours de son mandat, le Président a pris l'habitude de parsemer ses discours de références religieuses et a montré une forte appétence pour la "transcendance". En février 2017 dans le JDD, il assimilait la politique à "une mystique".

 

2. sept., 2016

Elisabeth Badinter : "Je ne pardonne pas à la gauche d'avoir abandonné la laïcité"

Le mercredi 6 janvier 2016 sur France Inter, Elisabeth Badinter a appelé les défenseurs de la laïcité à ne plus se taire par crainte d'être taxés d'islamophobie. Tout en accusant la gauche d'avoir "abandonné" ce combat à Marine Le Pen. Dans notre hors-série consacré à la laïcité en février 2015, la philosophe jugeait déjà "désolant" le pouvoir accordé par la gauche aux curés, imams et rabbins, et dénonçait les lâchetés des socialistes depuis vingt-cinq ans à propos du voile.

Helene Bamberger/AP/SIPA

Marianne : En 1989, lors de la première affaire médiatisée de voile à l’école, à Creil, vous avez, avec quelques autres, lancé dans le Nouvel Observateur un appel à défendre la laïcité. Où en sommes-nous un quart de siècle plus tard ?
Elisabeth Badinter : Il s’est produit un renversement à gauche sur la laïcité, produit d’une gêne considérable face à la montée de l’islamisme. Tétanisée à l’idée d’être taxée de stigmatisation d’une population d’origine immigrée, la gauche s’est empêchée de traiter cette situation nouvelle, mais pas si différente de l’affrontement avec l’Eglise un siècle plus tôt. C’est la phrase stupéfiante de Lionel Jospin à l’Assemblée : « Nous essaierons de les convaincre d’ôter ce signe religieux, mais, si elles ne veulent pas, nous les accepterons. » La gauche, à rebours de sa longue tradition, admettait que la religion entre à l’école publique, et son Premier ministre se défaussait sur l’avis du Conseil d’Etat qui l’organisa.

Etait-ce un oubli du sens de la laïcité ou une décision d’y mettre un terme ?
Je ne crois pas à l’oubli. Si cela avait été une provocation de catholiques intégristes avec de grosses croix, cela ne se serait pas passé ainsi. Le complexe de culpabilité face à des populations symbolisant les anciens colonisés a été le plus fort dans cette génération de socialistes qui ont ainsi favorisé, dans leurs propres rangs, la montée du communautarisme, cette idée que tous les rituels culturels ou religieux, y compris les plus intégristes, sont respectables et doivent être respectés. Ce fut un choc, à l’époque, de se découvrir soudain minoritaire à gauche A cette époque, je me suis sévèrement fait taper sur les doigts pour délit d’« ethnocentrisme » par Mme Mitterrand et Jack Lang parce que je combattais l’acceptation de la polygamie et de l’excision ! Nous n’en sommes heureusement plus là, mais il me semble aussi désolant que la gauche accorde un tel pouvoir aux curés, aux imams et aux rabbins : c’est religieux, c’est sacré ! Ce fut un choc, à l’époque, de se découvrir soudain minoritaire à gauche.

Pourquoi cette minorité, dont vous faisiez partie à gauche, est-elle restée fidèle à sa tradition laïque ?
Il y a plusieurs raisons en ce qui me concerne. Je suis d’abord, philosophiquement, universaliste. Je crois aux bienfaits des valeurs universelles : on a toujours intérêt à mettre en avant nos ressemblances plutôt que nos différences. Je ne crois pas à la différence heureuse.
Ensuite, je suis juive : l’histoire familiale m’a appris que l’on avait tout intérêt à ne former qu’une seule humanité. Je regrette d’ailleurs que, en réaction à l’abdication de la laïcité face à l’intégrisme musulman, la partie communautariste des juifs se soit renforcée, développant le port de la kippa en public, et que certains catholiques réagissent de même, comme on vient de le voir à propos des crèches dans les mairies.
Enfin, je suis féministe et je me méfie extraordinairement du pouvoir des religieux et de leur vision de la femme. Que l’on impose aux femmes de cacher leurs cheveux parce que des hommes les tiennent responsables d’un désir sexuel qu’ils ne savent pas maîtriser me fait bondir. Il m’est insupportable que la gauche l’accepte, notamment au sein de l’école publique, censée avoir pour objectif de développer la raison et de lutter contre les préjugés ! Le pire de cette gauche communautariste est d’avoir accepté le concept d’“islamophobie” On est passé du cogito ergo sum – « Je pense donc je suis » - au credo – « Je crois, donc j’existe »… C’est une trahison bouleversante pour ma génération, qui avait une autre conception de l’école comme outil d’émancipation, en particulier des filles.
Le pire de cette gauche communautariste est d’avoir accepté le concept d’« islamophobie » – qui a foutu en l’air le principe de laïcité, car s’élever contre des signes religieux devenait un crime – et l’invention de ce terme au sens propre insensé de « racisme anti-musulman ». D’où l’intimidation, qui a fonctionné sur de plus en plus de gens à gauche, se taisant par peur d’être dénoncés parce que la laïcité, devenue synonyme d’islamophobie, a été abandonnée à Marine Le Pen. Cela, je ne le pardonne pas à la gauche.

Ce revirement, empreint de gêne et de malaise, n’est pas franchement revendiqué : durant ces vingt-cinq années, la plupart des élus de gauche ont voté ou ne se sont pas opposés – se réfugiant dans l’abstention – aux lois de laïcité proposées par la droite…
Parce que, globalement, la gauche n’est pas au clair, qu’il n’y a plus de position majoritaire en son sein sur le sujet et qu’elle fait tout pour ne pas en débattre franchement. D’abord par manque de courage. Sur l’interdiction de la burqa, par exemple, il y avait à l’Assemblé nationale des pour et des contre qui ne s’assumaient pas : c’est pour cela qu’à sept exceptions près, ils se sont tous abstenus… Ce manque de courage prend de plus en plus la forme du déni : pour avoir la paix, on pense qu’il suffit de nier les problèmes. Comme la position comique du nouvel Observatoire de la laïcité, cet édredon qui a remplacé le Haut Conseil à l’intégration : il n’y a pas de problèmes, c’est vous qui les inventez, c’est pas si grave…
Mais il ne faut pas sous-estimer dans cette hésitation le rôle du calcul politique, électoral : le Parti socialiste a quand même gagné les élections avec les voix des musulmans des banlieues, donc, après les effets de la théorie du genre, ce n’est pas le moment de se les mettre à dos ! Avec les mères voilées en sortie scolaire, on recommence comme en 1989C’est pourquoi on laisse la laïcité, déjà bien attaquée par Sarkozy, se vider de son contenu originel : « laïcité ouverte », « laïcité positive » : la laïcité aujourd’hui, c’est « chacun fait ce qu’il veut » et, au nom de la religion, « on a tous les droits ». Le comble est de voir des défenseurs de la laïcité plaidant pour que les religions soient plus discrètes se faire traiter d’« ayatollahs de la laïcité » ou de « laïcards », le terme de Maurras… Voilà pourquoi pour les mères voilées en sortie scolaire, on recommence comme en 1989 : la gène, la confusion et la défausse sur les juges au nom du « cas par cas » !

Vous n’êtes guère optimiste sur l’avenir…
Je suis moins optimiste à court terme qu’à moyen terme. Je pense que l’on va redécouvrir que l’on ne peut pas se passer du concept de laïcité, nécessité absolue pour la paix sociale entre personnes d’origines différentes. Les religions peuvent devenir des facteurs de guerre épouvantables, on en a d’ailleurs la preuve tous les jours dans le monde. Et il y a une telle exaspération qui monte à l’égard des exigences des uns et des autres, de la constitution de séparatismes culturels revendiqués – par exemple pour éviter de côtoyer « l’impureté » – que l’observation rigoureuse des règles laïques vont redevenir un impératif pour le bien commun, pour vivre en paix les uns avec les autres.

Mardi 03 Février 2015 à 5:00

Propos recueillis par Eric Conan

 

 

31. août, 2016

LE HUFFINGTON POST

Alain Juppé s'oppose à une loi interdisant le burkini et prend le contre-pied de son camp

POLITIQUE - Alain Juppé, candidat à la primaire de la droite, s'est dit opposé vendredi 26 août à une loi "de circonstance" interdisant le burkini, après la décision du Conseil d'État qui a mis un coup d'arrêt à ces interdictions, dans un entretien au Figaro publié samedi.

Alors que son rival, Nicolas Sarkozy, réclame une loi, le maire de Bordeaux affirme: "Résistons à la tentation d’exiger des lois de circonstance au fil des polémiques médiatiques". "Aujourd’hui, dans l’état de tension et de souffrance dans lequel se trouve la société française, nous serions tous bien inspirés d’arrêter de jeter de l’huile sur le feu", estime le maire de Bordeaux, qui précise qu'il avait approuvé les arrêtés d'interdiction.

"Il faut calmer le jeu d’un côté comme de l’autre"

L'ex-Premier ministre s'était déjà déclaré contre l'interdiction du voile à l'université prônée par Nicolas Sarkozy, alors président de LR et pas encore candidat à la primaire des 20 et 27 novembre 2016.

"La question du port de signes religieux ostentatoires est importante, notamment en ce qu’elle peut constituer pour la femme une forme d’enfermement", explique le maire de Bordeaux. "Il faudra l’aborder clairement, comme je le propose, dans un accord global entre l’État et les représentants du culte musulman", a-t-il poursuivi.

"Et je le dis à nos compatriotes musulmans: on note aujourd'hui dans cette religion un durcissement, un retour à ce que certains considèrent comme la rigueur originelle, qui peut aboutir à des comportements de prosélytisme proches de la provocation. Il faut calmer le jeu d’un côté comme de l’autre", a-t-il ajouté.

Alors que Nicolas Sarkozy explique que l'identité française est "menacée" et brocarde le concept d'identité heureuse promu par Alain Juppé, notamment dans son ouvrage sorti lundi, celui-ci "réaffirme" cet "objectif". "Je suis convaincu que cela correspond à une attente profonde de l’opinion", explique-t-il.

AFP

Publication: 26/08/2016 20h14