Blog

22. juil., 2015

Entre connivence et hypocrisie : sommet de crise sur le Burundi à Dar es Salam

 

Les dirigeants africains demandent avec insistance la responsabilité de la gestion « en interne » des turpitudes du continent. Quoi de plus légitime ! Une condition, cependant, il faudrait qu’ils donnent des garanties que l’intérêt général des Etats et des peuples sera considéré comme prioritaire.


Or, à deux reprises, récemment avec l’épisode El Béchir (Président du Soudan poursuivi pour crimes de guerres par la CPI mais invité au sommet de l’Union Africaine par l’Afrique du Sud), puis ces derniers jours avec le sommet sur le Burundi, les dirigeants africains se sont enlisés dans leurs dérives habituelles liées à la conservation du pouvoir.


Rappelons que le Président en exercice du Burundi, Pierre Nkurunziza, a décidé de se présenter à l’élection présidentielle de son pays pour un troisième mandat consécutif, en violation des règles de la constitution burundaise. Depuis plusieurs mois, la contestation de la société civile et de l’opposition politique à cette candidature a entrainé des violences et une tentative de coup d’Etat avortée. Tout ceci s’est soldé par plus d’un millier de morts et des milliers de réfugiés dans les pays voisins. Le risque est grand d’une nouvelle déstabilisation de la région avec l’émergence d’une nouvelle guerre civile dans ce pays. De nombreux responsables politiques de l’opposition, mais aussi du parti du président Pierre Nkurunziza, se sont réfugiés à l’étranger. Les médias privés audio-visuels ont été fermés et… le Président fait campagne, seul…


« Le sommet de crise » Est-Africain réuni à Dar Es Salam, n’a réuni que deux chefs d’Etat, le Président Jakaya Kikwete de Tanzanie, puissance invitante, et le Président de l’Ouganda, Youweri Museveni, les autres pays étant représentés au niveau de leur ministre des Affaires Etrangères. Le sommet a abouti à la recommandation d’un report des élections à la fin juillet 2015. Seule l’ONU a « osée dire » que, vu la situation décrite, les conditions d’une élection libre et crédible n’étaient pas réunies.


Une nouvelle occasion de ratée pour les dirigeants africains de faire preuve de volonté démocratique !

22. juil., 2015
23. juin, 2015

Le sommet de l’Union Africaine (UA), qui vient de se tenir à Johannesburg, a relancé la relation « tumultueuse » entre la Cour Pénale Internationale (CPI) et le continent africain.  Rappelons que l’UA reproche à la CPI de n’inculper quasi exclusivement que des dirigeants africains, donnant ainsi l’impression « d’une  focalisation excessive de la CPI sur l’Afrique ». Si la remarque fait sens lorsque l’on étudie la liste des inculpations de la CPI, elle introduit cependant une suspicion de volonté d’impunité de la part de chefs d’Etat pour la plupart peu regardant avec «  l’état de droit ». Lorsque l’on connaît l’assujettissement de la justice au pouvoir politique sur le continent, la remarque ne tient plus.

 

Omar el-Béchir, au pouvoir au Soudan depuis 1989, cumule les dérives des dirigeants  autocratiques : accaparement du pouvoir depuis 26 ans, manipulations permanentes des élections, opposition emprisonnée ou éliminée… Son cas s’alourdit encore pour avoir couvert sinon organisé de graves exactions contre les peuples du Sud Soudan et du Darfour, exactions qualifiées de « génocidaires » par la CPI, d’où son inculpation.

 

Puissance invitante avec l’UA au sommet de Johannesburg, le rôle de l’Afrique du Sud est ambigu, à l’image de son Président Jacob Zuma, personnage controversé depuis plusieurs affaires judiciaires relatives à des dépenses somptueuses et discutables dans l’exercice de sa fonction. L’image de l’Afrique du Sud s’est encore ternie ces derniers mois après les émeutes meurtrières menées contre les communautés africaines étrangères installées dans le pays. L’absence de réactions politiques sérieuses du pouvoir actuel pour y mettre fin rapidement a été remarquée et assimilée à une aumône faite aux classes populaires Sud-africaines autorisées un temps à piller « leurs frères africains ». Tous ces éléments incitaient Jacob Zuma à redorer son blason nationaliste hérité de l’ANC. Omar el-Béchir lui en donnait l’opportunité. Il l’a donc invité puis il l’a laissé repartir, en contradiction avec les engagements internationaux de l’Afrique du Sud, s’abritant derrière le fait que la puissance souveraine invitante serait l’UA. Mais l’UA n’est pas un état.

 

Robert Mugabe, « Président à vie du Zimbabwe » dont il a confisqué le pouvoir depuis l’indépendance de ce pays, et Président en exercice de l’UA, est assurément le plus beau « fleuron » de cette triplette de chefs d’état. Fustigeant régulièrement la CPI dont il conteste la légitimité, il ne pouvait que « couvrir » l’escapade Sud-Africaine d’Omar el-Béchir et faire un nouveau pied-de-nez à la justice internationale qualifiée de justice occidentale.

 

L’Afrique demeure assurément la proie de ses démons.

 

Tananarive le 17/06/2015

 

Jean-Daniel Chaoui
Membre du Conseil Fédéral FFE
Conseiller consulaire Madagascar
Conseille AFE Afrique