16. déc., 2019

Le Huffpost

13/12/2019

En Algérie, l'élection présidentielle marquée par une abstention record

Le vote, qui doit élire le successeur d'Abdelaziz Bouteflika, a été boudé par près de 60% des électeurs vivant en Algérie.

ALGÉRIE - Par son absence dans les isoloirs, le “Hirak” se fait entendre dans les urnes. Plus de six Algériens sur dix ont boudé le vote ce jeudi 12 décembre, une abstention record, lors de la présidentielle fermement rejetée par le mouvement populaire de contestation ayant emporté en avril le président Abdelaziz Bouteflika, dont ils étaient appelés à élire le successeur.

Seuls 39,93% des inscrits ont voté, selon les chiffres annoncés en fin de soirée à la télévision nationale par Mohamed Charfi, président de l’Autorité nationale indépendante des élections (Anie). Le taux de participation au niveau national s’établit à 41,41% et celui des Algériens de l’étranger à 8,69%, a-t-il ensuite expliqué.

Le record d’abstention de 2014 dépassé

Ce taux est le plus faible de toutes les présidentielles pluralistes de l’histoire de l’Algérie. Il est inférieur de plus de 10 points à celui du précédent scrutin -le plus faible jusqu’ici-, qui en 2014 avait vu la 4e victoire d’Abdelaziz Bouteflika.

Le “Hirak”, le “mouvement” de contestation populaire massif et inédit du régime qui a contraint Abdelaziz Bouteflika à la démission, rejetait catégoriquement la tenue de cette élection, vue comme un moyen de se régénérer pour le “système” au pouvoir depuis l’indépendance du pays en 1962.

Ce mouvement exige la fin de ce “système” aux manettes depuis l’indépendance en 1962, et le départ de tous les anciens soutiens ou collaborateurs des 20 ans de présidence Bouteflika. Ce que sont les cinq candidats (Abdelaziz Belaïd, Ali Benflis, Abdelkader Bengrina, Azzedine Mihoubi et Abdelmajid Tebboune).

Après une première tentative d’élection avortée en juillet, le haut commandement de l’armée, pilier du régime, ouvertement aux commandes depuis le départ d’Abdelaziz Bouteflika, a tenu coûte que coûte à organiser ce scrutin pour sortir rapidement de l’actuelle crise politico-institutionnelle, qui a aggravé la situation économique.

Visage de ce haut commandement, le général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée, assurait depuis des semaines que la participation serait “massive”.

Les résultats annoncés vendredi après-midi

L’Anie annoncera les résultats du 1er tour vendredi à 15 heures, a indiqué son président. Un éventuel second tour se déroulera entre le 31 décembre et le 9 janvier, selon l’Anie.

Aucune projection de résultat n’a été publiée, mais le camp d’Abdelmajid Tebboune, ancien bref Premier ministre d’Abdelaziz Bouteflika en 2017, a revendiqué dans la soirée la victoire au 1er tour. “Selon les premiers éléments en notre possession (...) Abdelmadjid Tebboune a remporté la présidentielle avec un score de 64%” des votants”, a déclaré à l’AFP Abdelatif Belkaim, directeur adjoint de la communication du candidat.

Morne dans de nombreux bureaux de vote, la journée a été marquée à Alger par une démonstration de force du “Hirak” qui a bravé un très fort déploiement policier pour défiler en masse. Une foule estimée à plusieurs dizaines de milliers de personnes est parvenue à envahir les rues du centre de la capitale, malgré les interventions systématiques et souvent brutales de la police à chaque tentative de rassemblement.

 

4. nov., 2019

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Mort du président tunisien : Essebsi, les paradoxes du dernier bourguibien

Par Martine Gozlan

Publié le 25/07/2019 à 15:26

Deuxième président de l'ère post-Ben Ali, le laïque Beji Caïd Essebsi, mort ce jeudi 25 juillet à l'âge de 92 ans, laisse une Tunisie inquiète à deux mois des élections législatives. Les divisions et la menace terroriste guettent le pays.

Il avait multiplié les paradoxes. Beji Caïd Essebsi, le président tunisien mort ce jeudi 25 juillet à l'âge de 92 ans, avait réussi le tour de force de proposer en 2017 le projet de réforme des libertés individuelles le plus révolutionnaire du monde arabe tout en gouvernant… avec les islamistes jusqu'en septembre 2018. C'est en effet sous la houlette du vieux président que l'avocate Bochra Ben Hadj Mhida, célèbre figure du féminisme, a soumis ce printemps au Parlement une série de textes destinés à protéger chaque destin tunisien de l'emprise du groupe et de la religion.

Essebsi, partisan de l'indépendance des femmes

Abolition de la peine de mort, égalité de la femme devant l'héritage (ce devant quoi avait reculé Bourguiba), dépénalisation de l'homosexualité : avec la Commission pour les libertés individuelles et l'égalité, le pays du jasmin prouvait une nouvelle fois qu'il est plus grand que lui-même. Et le nonagénaire du palais de Carthage qu'il comprenait la jeunesse.

Mais pas toutes les jeunesses. Celle qui donne son cœur et ses voix à Ennahdha s'est jurée que les textes ne passeraient pas la barrière du Parlement. Et c'est toute l'ambiguïté d'Essebsi. L'homme était un ardent bourguibien, un partisan de l'indépendance féminine mais sa maladresse politique l'a contraint à céder la moitié du trousseau de clés gouvernemental au parti qui reste celui de la bigoterie et de l'archaïsme, bien qu'il jure avoir changé : Ennahdha.

C'est pourtant contre Ennahdha que s'était créé Nidaa Tounes, l'Appel de la Tunisie, en juin 2012, autour de la personnalité de Beji Caïd Essebsi. Il regroupe alors les personnalités les plus brillantes de la nouvelle vague tunisienne. Mot d'ordre : barrer la route à l'obscurantisme. En octobre 2014, Nidaa Tounes remporte les législatives puis la présidentielle en décembre.

Tous les espoirs sont alors permis. La gestion lamentable des deux années Ennahdha, son laxisme vis-à-vis des salafistes, auraient dû renforcer le camp laïque désormais au pouvoir. Mais la tragédie économique et la persistance du terrorisme minent la popularité du nouveau président et de ses hommes. Essebsi n'échappe pas au népotisme et place son fils Hafedh aux plus hautes instances du parti. La grogne enfle, Ennahdha revient au gouvernement en février 2015 dans un cabinet d'union nationale.

Comment réconcilier les deux Tunisie ?

Un mois plus tard, c'est l'attentat contre le musée du Bardo, et en juin celui qui décime les touristes sur la plage de Sousse. Les Premiers ministres se succèdent mais le pays est toujours malade. Cité en exemple par l'Union européenne et la France, il reste en réalité profondément divisé. Le 6 mai 2018, lors des municipales, Ennahdha remporte la plupart des grandes villes, dont la capitale.

Lors de la première hospitalisation du président il y a quelques semaines, le politologue Hamadi Redissi rappelait dans nos colonnes les manœuvres du vice-President du parti islamiste, Abdelfattah Mourou, qui avait tenté vainement de s'approprier la présidence de l'Assemblée. Comment réconcilier les deux Tunisie ? La question a hanté Beji Caïd Essebsi, qui se tournait vers l'histoire de cette minuscule nation pour chercher les clés du compromis.