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7. août, 2017

La fécondité africaine alimente les fantasmes. Etat des lieux, alors que 2,5 milliards de dollars supplémentaires seront alloués au planning familial dans le monde.

Par Elena Blum

LE MONDE Le 12.07.2017 à 19h51 • Mis à jour le 19.07.2017 à 10h37

Samedi 8 juillet, en marge du sommet du G20 (groupe des vingt pays les plus riches) qui s’achevait à Hambourg, le président français Emmanuel Macron a répondu à cette question d’un journaliste ivoirien : « Combien les pays du G20 sont prêts à mettre dans l’enveloppe pour sauver l’Afrique ? »

Après avoir écarté l’idée d’un Plan Marshall pour l’Afrique en arguant que cette aide historique qui a sauvé l’Europe d’après-guerre « était un plan de reconstruction, dans des pays qui avaient leurs équilibres, leurs frontières, leur stabilité », le locataire de l’Elysée a estimé que le « défi de l’Afrique est différent, il est beaucoup plus profond, il est civilisationnel ». Et de conclure : « Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien. »

Hasard du calendrier, trois jours plus tard, mardi 11 juillet, s’est tenue à Londres une conférence internationale sur le contrôle des naissances, Family Planning 2020, organisé par un ensemble d’acteurs publics et privés dont la coopération britannique UKAID, la coopération américaine USAID, le Fonds des Nations unies pour la population ou la Fondation Bill & Melinda Gates (partenaire du Monde Afrique). L’occasion de revenir sur les chiffres négatifs et positifs de la fécondité africaine, sujet qui alimente les fantasmes et soulève bien des polémiques.

Les femmes africaines ont 4,7 enfants en moyenne

C’est le taux de fécondité le plus élevé du monde, dont la moyenne globale est de 2,5. Dans la région méditerranéenne, le taux est de 3,5, tandis qu’en Asie, le taux est de 2,4. Les Amériques suivent, avec un taux à 2,1, puis le Pacifique, avec 1,8, et enfin l’Europe, avec 1,7 enfant par femme. On estime que le taux de renouvellement de population, permettant de rester à un niveau similaire, est de 2,05 enfants par femme. Mais le taux africain est lui-même très variable d’un pays à l’autre. Ainsi le Niger détient le record avec un taux de fécondité de 7,6 enfants par femme, tandis celui de l’Afrique du Sud, de la Tunisie, du Maroc et de la Libye est à 2,4. Le taux Burkina Faso à 5,7 et l’Ethiopie à 4,2. L’île Maurice a le taux de fécondité le plus bas du continent avec 1,4 enfant par femme.

830 femmes dans le monde meurent chaque jour en couches…

La plupart des décès de femmes liés à la grossesse et à l’accouchement sont évitables et proviennent d’un suivi trop irrégulier, de maladies non prises en charge ou de complications au cours de l’enfantement. 99 % des décès maternels surviennent dans des pays en voie de développement, où peu de femmes se rendent à la maternité pour accoucher. La mortalité maternelle est la première cause mondiale de décès chez les adolescentes de 15 à 19 ans.

… mais la mortalité maternelle recule de moitié en Afrique

En 1990, 996 femmes sur 100 000 mouraient au cours de leur grossesse ; elles n’étaient plus que 555 en 2015. Si elle demeure préoccupante, cette mortalité maternelle a pratiquement été divisée par deux, en particulier depuis les années 2000. Avec la progression de la contraception, et l’amélioration de l’accompagnement des grossesses, l’Afrique devrait se rapprocher dans les prochaines années des taux de mortalités asiatiques, soit environ 120 décès pour 100 000 naissances.

Un million de nouveau-nés meurent chaque année en Afrique

Les causes majeures de cette mortalité infantile sont les complications lors de l’accouchement, ou une infection chez la mère. Dans plus des deux tiers des cas, ces décès ont lieu en milieu rural. Des grossesses trop nombreuses et trop rapprochées peuvent également être dangereuses pour les enfants déjà nés. Ces derniers peuvent manquer de nourriture, de vaccins, de médicaments, ou être en trop forte promiscuité avec d’autres enfants malades. A noter : près de la moitié des 5 945 000 enfants dans le monde qui meurent avant l’âge de 5 ans sont africains (2 820 000).

43 % des grossesses ne sont pas désirées...

Parmi les femmes en âge de procréer, 214 millions qui ne souhaitent pas tomber enceintes n’ont pas à leur disposition de solutions pour empêcher une grossesse. Elles sont 155 millions à n’utiliser aucune méthode contraceptive, tandis que 59 millions recourent aux méthodes traditionnelles peu efficaces (retrait ou abstinence pendant les périodes d’ovulation). Conséquence : dans les pays en développement, 43 % des grossesses ne sont pas désirées.

… mais la contraception progresse en Afrique de l’Ouest

En Afrique de l’Ouest et centrale, 1 350 000 femmes supplémentaires ont eu accès à une contraception moderne entre 2012 et 2015. En trois ans, le Partenariat de Ouagadougou, une initiative régionale de planning familial, a eu des effets très positifs sur les populations des neuf pays qui l’ont rejoint (Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso, Sénégal, Côte d’Ivoire, Togo, Bénin et Guinée). En promouvant une large gamme de contraceptifs, au niveau local, le Partenariat a fait passer le nombre de femmes utilisatrices d’une contraception moderne de 3 000 000 à 4 350 000. L’objectif est d’arriver à 2 200 000 utilisatrices supplémentaires d’ici à 2020. A l’échelle de la planète, 30 millions de femmes supplémentaires ont accès à la contraception depuis 2012.

En Afrique de l’Est et australe, 30 % des femmes recourent à la contraception

Elles sont 7 400 000 de plus qu’en 2012 à utiliser des moyens de contraception modernes. Il s’agit de la plus grosse progression régionale depuis le lancement de Family Planning 2020, l’initiative mondiale pour le contrôle des naissances. Si l’Afrique du Sud, le Botswana et le Zimbabwe avaient déjà des taux avoisinant les 30 % dans les années 1990, le Kenya, l’Ethiopie et le Burundi ont fait des avancées spectaculaires, passant de moins de 10 % à 30 % en vingt-cinq ans.

Une femme sur cinq enceinte avant 18 ans

En 2016, 770 000 filles de 10 à 14 ans sont devenues mères, et 60 % d’entre elles étaient en Afrique subsaharienne. Dans la plupart des cas, la grossesse est accompagnée d’un mariage précoce et provoque une déscolarisation de la jeune fille. Sans compétences ni diplômes, elles ne peuvent trouver de travail et deviennent dépendantes de leur mari. Par ailleurs, les femmes ayant eu ce parcours ont tendance à reproduire les inégalités dont elles ont été victimes avec leurs filles.

2,5 milliards de dollars supplémentaires pour le planning familial

Au cours du sommet Family Planning 2020 à Londres le 11 juillet 2017, de nombreux gouvernements se sont engagés à contribuer à la cause : les bailleurs importants de l’aide humanitaire comme le Canada, le Royaume-Uni ou les pays nordiques, mais aussi des pays en voie de développement. Sur les 2,5 milliards de dollars (2,2 milliards d’euros) de dons promis, 1,5 milliard de dollars provient des pays d’Asie (Bangladesh, Inde) et d’Afrique (Burkina Faso, Ouganda et RDC). La Fondation Bill & Melinda Gates, ainsi que des entreprises privées, comme Vodafone, contribueront également à ce financement.

Coût de la contraception : 8,3 dollars par femme et par an

Les dépenses actuelles pour le planning familial dans les pays en voie de développement sont de 31 milliards de dollars par an : 5,5 milliards de dollars pour la contraception, 8,3 milliards de dollars d’investissement pour les grossesses non prévues et 17,2 milliards de dollars pour les grossesses prévues.

Pour éliminer la mortalité maternelle sans changer l’investissement dans la contraception, il faudrait investir 59,6 milliards de dollars. Or une planification familiale performante serait moins coûteuse que l’adaptation aux grossesses non désirées. En choisissant une politique qui ferait la part belle à la contraception plutôt qu’à l’adaptation aux grossesses non prévues, la communauté internationale économiserait donc 7,1 milliards de dollars.

Offrir une protection aux 885 millions de femmes qui ne souhaitent pas tomber enceintes dans les pays en voie de développement coûterait 8,3 dollars par femme et par an.

 

7. août, 2017

Par Ibrahima Bayo Jr.  |  11/07/2017, 19:20  |  519  mots

(Crédits : Reuters) Pas une déclaration, aucune réaction. Les chapelles présidentielles n’ont pas tinté les cloches de l’indignation. Dans un silence coupable, à la limite approbateur, les chefs d’Etat africains, les organisations régionales ou sous-régionales n’ont signé aucun communiqué regrettant ou recadrant les propos condescendants d’Emmanuel Macron sur la démographie galopante qui freinerait le développement de l’Afrique. La seule réponse d’un officiel africain est à retrouver en amont du G20. Habitué ces derniers temps à des diatribes sur l’ingérence colonialiste de la France, Alpha Condé a apporté une réplique anticipée au président français. Morceaux choisis.

Le tollé médiatique des propos d'Emmanuel Macron est à la hauteur des réactions d'indignation et de condamnation sur les réseaux sociaux. Répondant aux questions d'un journaliste ivoirien lors du sommet du G20 en Allemagne, Emmanuel Macron avait fait le lien entre le sous-développement de l'Afrique et l'explosion démographique sur le continent dans des propos qui rappellent le discours de Dakar de Nicolas Sarkozy.

Macron voit la démographie en Afrique comme un «défi civilisationnel»

«Le défi de l'Afrique, il est totalement différent. Il est beaucoup plus profond, il est civilisationnel aujourd'hui. Quels sont les problèmes en Afrique ? Les États faillis, les transitions démocratiques complexes, la transition démographique qui est, je l'ai rappelé ce matin, l'un des défis essentiels de l'Afrique. Quand des pays ont encore aujourd'hui 7 à 8 enfants par femme, vous pouvez décider d'y dépenser des milliards d'euros, vous ne stabiliserez rien», a analysé Emmanuel Macron, ce samedi 8 juillet.

Face à ses propos qualifiés en chœur de «racistes» par la presse anglo-saxonne, aucune grimace, aucun mot de Macky Sall, le président sénégalais, ou d'Alpha Condé, le président en exercice de l'Union africaine, qui encaissent le coup et ne pipent pas. Pire, au lendemain de cet «affront» contre le continent, aucun chef d'Etat ou haut responsable africain n'a répondu au président français.

Comme une prémonition, le silence du président guinéen, pourtant hôte du sommet où les propos de Macron ont été prononcés, s'expliquerait peut-être par cette réponse anticipée lors du Forum panafricain de la jeunesse à N'Djamena au Tchad. En réponse à une phrase de Youssouf Abassalah, le ministre tchadien de la Jeunesse sur la démographie africaine, Alpha Condé pioche un CD dans son armoire à disques anticolonialiste.

Alpha Condé avait déjà anticipé et répondu à cette vision «macronienne»

«Quand vous parlez de démographie galopante, c'est du Malthusianisme, c'est contre l'Afrique. Aujourd'hui, les autres continents nous envient notre démographie, parce que ce sont des peuples vieillissants. Notre jeunesse est notre avantage. Donc, nous devons nous approprier notre propre langage en fonction de ce que nous voulons pour l'Afrique», a fait savoir le président guinéen.

Sur les causes du retard de l'Afrique, l'analyse du chef de l'Etat guinéen est très différente. Emmanuel Macron évoque au G20, «la route des trafics, multiples, qui nécessitent des réponses en termes de sécurité (trafic de drogues, trafic d'armes, trafic humains, trafic de biens culturels)», ainsi que «le terrorisme islamiste», comme les autres causes du sous-développement.

Alpha Condé estime lui que si l'Afrique est en retard c'est à cause de «l'esclavage qui a vidé l'Afrique de ses forces vives les plus jeunes» et qui l'a empêché d'«être au rendez-vous de la révolution industrielle». Un retard qui sera rattrapé, plaide le président guinéen, en investissant sur la jeunesse, l'électricité. Autant de chantiers sur lesquels le président de l'Union africaine est attendu lors de son mandat à la tête de l'agora africaine.

 

4. août, 2017

Le « défi civilisationnel » de l’Afrique évoqué par le président français fait hausser les épaules de notre chroniqueur, qui considère l’indignation comme une perte de temps.

Par Hamidou Anne (chroniqueur Le Monde Afrique)

LE MONDE Le 12.07.2017 à 17h40 • Mis à jour le 12.07.2017 à 17h52

 

Je note avec beaucoup de circonspection le bruit, souvent excessif, provoqué par les propos d’Emmanuel Macron au G20 à Hambourg sur le « défi civilisationnel » de l’Afrique, que le président français précise ainsi : « Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien ». Certains ont vite établi un parallèle avec le discours de Dakar de Nicolas Sarkozy, dans lequel l’ex-président français regrettait que « l’homme africain » ne soit pas « assez entré dans l’Histoire ».

Replaçons le contexte. Emmanuel Macron répondait à une question exaspérante de Philippe Kouhon sur comment l’Occident peut « sauver » l’Afrique. Le journaliste ivoirien représente, certainement de façon involontaire, cette « conscience de la défaite » qui nous étreint depuis si longtemps, celle qui place une large frange d’entre nous, Africains, dans la posture du mendiant réclamant une pitance au généreux « chef blanc ».

La condescendance des privilégiés

Il en est de même pour ceux qui demandent ce qu’un nouveau président français fera pour l’Afrique. Et comme l’agenda de chaque locataire de l’Elysée est exclusivement français, ils sont déçus et s’en remettent au bon vouloir du suivant. Eternel recommencement : nous souffrons d’une maladie post-coloniale que nous n’arrivons pas à traiter à sa racine.

Pour en revenir à la polémique, je suis convaincu d’emblée qu’Emmanuel Macron n’est pas raciste. C’est exagéré, voire malhonnête, de soutenir le contraire. Mais il porte en lui toute la condescendance de la classe sociale des privilégiés qu’il représente : mâle, blanc, riche, membre de l’élite issue des grandes écoles, etc.

Les travaux du politologue Gaël Brustier permettent de le situer intellectuellement et idéologiquement avec précision. C’est un « intellectuel organique du nouveau capitalisme » perpétuant un système néolibéral qui, à terme, est plus pernicieux pour l’Afrique que sa logorrhée sur la civilisation touchante de vacuité.

« L’Afrique a de nombreux défis civilisationnels à relever. Comme l’Europe avec la résurgence de populismes racistes, comme l’Amérique qui impose au monde le cauchemar Donald Trump »

Les réactions aux propos du président français m’ont surpris. Elles illustrent une forme de réflexe pavlovien face aux déclarations des hommes politiques occidentaux. Prendre Macron au sérieux, franchement… C’est l’archétype de l’homme politique post-Obama, sans la gravité ni le fond. Une sorte de Justin Trudeau hexagonal, cool, décontracté, avec un discours rempli de mots creux alignés pour faire intelligent, mais digne d’une dissertation de première année de philo.

Le propos vague servi dans un phrasé aux relents évangéliques produit un fatras qui fait sourire. L’Afrique a de nombreux défis civilisationnels à relever. Comme l’Europe aujourd’hui, terre de résurgence de populismes racistes, comme l’Amérique, jadis symbole de rêve et qui impose au monde le cauchemar Donald Trump. Et alors ?

Bêtise humaine et ignorance

Frères Africains, consacrons notre énergie à ce qui en vaut la peine ! Si les élucubrations d’un enfant gâté de la République nous font autant sortir de nos gonds, c’est nous qui avons un problème profond avec nous-mêmes. Je ne fustige pas la colère, elle est nécessaire. Il nous faut évidemment savoir nous indigner face aux malheurs et aux injustices du monde. Mais utiliser notre énergie pour réagir aux propos d’un président français pendant que les Burundais, les Congolais, les Sud-Soudanais meurent à cause de l’inaction coupable, voire complice, de nos dirigeants africains est une perte de temps.

Lors de la première édition des Ateliers de la pensée à Dakar, l’historien sénégalais Mamadou Diouf rappelait son embarras que des intellectuels aient mobilisé leur énergie et leur temps pour répondre aux déclarations de Sarkozy sur l’Afrique. Il a raison. Le mépris reste parfois la meilleure réponse face à la bêtise humaine et à l’ignorance.

« Utiliser notre énergie pour réagir à ces propos pendant que les Burundais, les Congolais, les Sud-Soudanais meurent à cause l’inaction de nos dirigeants africains est une perte de temps »

S’indigner ne signifie pas se couvrir de ridicule à coups de tweets ou de posts Facebook exagérés. Les bouffons racistes, parmi nous, qui parlent en notre nom, ne nous rendent pas service et ne servent pas la cause de la transformation sociale et du progrès dans nos pays. La colère doit déboucher sur un véritable projet, lequel est d’ores et déjà voué à l’échec s’il n’est que réaction aux propos de tel ou tel. Fût-il un président français.

Hamidou Anne est membre du cercle de réflexion L’Afrique des idées.

 

4. août, 2017

FASOZINE.COM * PAR Dimitri Kaboré  23 juillet 2017

Les parlementaires des Etats membres de la Cédéao, de la Mauritanie et du Tchad étaient en conclave à Ouagadougou du 20 au 22 juillet 2017. Durant les 48 heures, ces derniers ont réfléchi sur la problématique du « financement adéquat de la santé, le dividende démographique et les politiques de population et de développement ». Cette rencontre s’est soldée par la prise de 10 engagements dont la baisse à trois enfants au plus par femme d’ici 2030.

Pour Salifou Diallo, le président de l’Assemblée nationale burkinabè, hôte de la rencontre régionale de haut niveau, cette session a eu sa raison d’être car il était urgent de trouver des mécanismes et des stratégies afin de  contenir la poussée démographique dans l’espace Cédéao, la Mauritanie et le Tchad, faute de quoi un réel développement viable et durable est hypothétique.

« Notre zone connait une poussée démographique si forte qu’elle effraie et préoccupe au plus haut point. En effet, l’espace Cédéao, la Mauritanie et le Tchad  réunis enregistrent le taux de fécondité le plus élevé au monde soit de l’ordre de 6 à 7%. Au niveau actuel des indicateurs des taux de fécondité, la région pourrait voir sa population doubler voire tripler et avoisiner le milliard d’ici à 2050. Le contraste entre le niveau de croissance démographique et le rythme de croissance de la population laisse percevoir clairement  que la situation démographique de l’Afrique peut constituer un formidable potentiel ou au contraire, une bombe sociale à retardement » a révélé Salifou Diallo au cours du cérémonial de clôture intervenu ce samedi 22 juillet.

Et pour éviter donc cette « bombe sociale à retardement », les parlementaires pensent qu’il faut que les Etats respectifs réduisent le taux de fécondité en agissant sur les rythmes de croissance de leurs populations. D’où le développement de l’idée suivante : « avec moins de personnes à scolariser, nourrir et soigner, on dispose de plus d’opportunités pour favoriser ou pour induire une croissance économique forte ».

Pour ce faire donc, les parlementaires de l’espace Cédéao et leurs homologues de la Mauritanie et du Tchad sont convaincus que le développement des Etats passe par un financement adéquat de la santé et la promotion du dividende démographique et les politiques de population et de développement.

A cet effet, ils ont pris dix engagements. Six au niveau du premier axe et quatre au niveau du second axe. En ce qui concerne, l’axe sur la dividende démographique, les parlementaires se sont engagés, entre autres, à œuvrer à augmenter chaque année d’au moins 5% les budgets alloués  à la mise en œuvre  des plans nationaux de repositionnement  de la planification familiale, à inviter leurs pays respectifs à faire baisser les indices synthétiques de fécondité à trois enfants au plus par femme d’ici 2030 et à initier un dialogue national sur le dividende démographique  avec les confessions religieuses, coutumières et la société civile d’ici 2030.

Sur l’axe portant financement adéquat de la santé, les responsables des parlements ont pris l’engagement de faire les arbitrages nécessaires au niveau des projets des budgets étatiques de sorte à obtenir des accroissements annuels d’au moins 2% des budgets alloués à la santé avec en perspective l’atteinte de 15%. Outre cela, ils contrôleront la mise en œuvre des politiques en matière de démographie et de santé pour une bonne utilisation des sommes allouées à la santé. A cela, ils ont décidé de mettre en place des comités de suivi dans chaque parlement afin de veiller à la bonne application des recommandations issues de cette rencontre de haut niveau.

Pour la matérialisation de ces objectifs, les Etats de la Cédéao, de la Mauritanie et du Tchad bénéficieront de l’appui de la France à travers l’Agence française de développement (AFD), de l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), de la Banque mondiale, du système des Nations Unies et de la Banque africaine de développement (BAD).

800 millions de dollars soit plus 449 milliards de F CFA seront mobilisés par les partenaires pour appuyer les différents Etats dans cette démarche. 

 

 

1. août, 2017

Récemment, une déclaration du Président français Emmanuel Macron avait fait bondir les chercheurs, les démographes, les analystes et les faiseurs d’opinion en Afrique. C’était à propos du lien entre la natalité et le développement du continent africain. C’était le 8 juillet, en marge du sommet du G20. À la question, «combien les pays du G20 sont prêts à mettre dans l’enveloppe pour sauver l’Afrique ? », le Président français a alors répondu, entre autres, que « quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien ».


Comme il fallait s’y attendre, les réactions ont été à la hauteur de la déclaration, notamment en Afrique Francophone. Et pour cause, les liens « indéfectibles » entre la nation française et l’Afrique font que, chaque pas, d’un côté comme de l’autre, soit scruté à la loupe. La thèse sur le développement du continent africain et la démographie ne datent d’ailleurs pas d’aujourd’hui, mais chaque fois que le sujet est remis sur le tapis, une polémique sans que l’on arrive à se mettre d’accord.


À la suite de cette déclaration, il y a, toutefois, un fait à prendre en compte. En effet, lorsqu’un pays nous offre des aides, des dons ou encore des soutiens, quels que soient les termes utilisés, il est courant qu’il scrute de près où va son argent, et par ricochet donne parfois, si ce n’est souvent, des leçons de gouvernance. Il appartient, par la suite, au pays concerné de suivre ou pas à la lettre ses « recommandations » avec tous les risques que cela comporte.


Au-delà de la polémique, il faut aussi arrêter de se voiler la face et faire face à une évidence. L’Afrique, les démographes s’accordent sur ce point, c’est le taux de fécondité le plus élevé du monde, dont la moyenne globale est de 2,5. Dans la région méditerranéenne, le taux est de 3,5, tandis qu’en Asie, le taux est de 2,4. Il semble, par ailleurs, que le taux de renouvellement de population, permettant de rester à un niveau similaire, est de 2,05 enfants par femme. Sauf que le taux africain est lui-même très variable d’un pays à l’autre. Ainsi le Niger détient le record avec un taux de fécondité de 7,6 enfants par femme, tandis que celui de l’Afrique du Sud, de la Tunisie, du Maroc et de la Libye est à 2,4. L’île Maurice a le taux de fécondité le plus bas du continent avec 1,4 enfant par femme.


Quoi qu’il en soit, s’il y a une part de vérité dans cette assertion, il faut, toutefois, arrêter cette manie de mettre l’Afrique dans un même sac. Car, s’il est vrai que le Continent continue de renfermer une grande partie des pays qui accumulent des retards, il existe quand même ceux qui arrivent à assurer leur développement.


Comme le disait Nicolas Meda, le ministre burkinabé de la santé, « C’est aux femmes africaines de décider combien elles veulent d’enfants, quand et avec qui ».
D’ailleurs, les milliards d’euros dépensés en Afrique ne vont pas directement à cette population dont le président français en parle. Pour le cas de Madagascar, une grande partie est engloutie au sein des sociétés d’État, un tonneau de Danaïdes selon l’expression de l’ancien ambassadeur François Goldblatt, dont les résultats sont connus de tous aujourd’hui.

L'Express de Madagascar

Le 26/07/17

Par Mbolatiana Raveloarimisa