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8. déc., 2015

Chaque religion, à un moment ou à un autre de son histoire, aura été mortifère et liberticide. Mais, à un moment ou à un autre, ces religions ont abandonné la «guerre sainte». Finalement, il n’y a plus que dans l’islam que les fanatiques trouvent encore à revendiquer un jihad à contre-temps du sens de l’histoire.

 

Le salafisme jihadiste serait la synthèse de la doctrine traditionnaliste saoudienne et la stratégie de prise de pouvoir des Frères musulmans. Un islam ultra-orthodoxe, qui s’est mis les oeillères d’une application littérale d’un Coran qui ne souffrirait aucune interprétation rationnelle, un islam frappé du syndrome de persécution, tant par la démocratie que par la laïcité, et qui veut instaurer un califat islamique par la violence.

 

Le Coran est né il y a quatorze siècles. Mais en 2015, des musulmans fanatiques prétendent continuer à lire chaque verset comme si le temps s’était arrêté avec Mahomet, mort en l’an 632. Le mouvement salafiste Daesh publie un journal, «Dar al-islam», dont le numéro de juillet 2015 détaillait la liste des cibles où se faire exploser en Occident pour installer la peur dans les coeurs : «lieux touristiques, grandes surfaces, synagogues, églises, loges maçonniques, permanences des partis politiques». Dans le même numéro, sont justifiés l’esclavage sexuel des femmes yazidies et l’oppression des minorités chrétiennes, en application de la charia, comme au temps du Prophète et de ses compagnons.

 

«Cellule psychologique», «deuil national», «émotion», «bougies», «fleurs», «tweet solidaire», «safety check sur Facebook»: ce ne sont pas exactement les armes qu’on attend d’un combat, qui se veut «impitoyable», contre le terrorisme islamiste. Face à des kalachnikovs et des kamikazes, les articles de la Déclaration des droits de l’homme sont d’un piètre secours.  Après les attentats de Madrid (191 morts le 11 mars 2004), malgré des condamnations à des milliers d’années de prison, aucune condamnation à mort ne fut requise. Par contre, pour les attentats de Bali (202 morts, le 12 octobre 2002), l’Indonésie a fait fusiller les trois islamistes de la Jemaah islamiyah.

 

Commentant les attentats de Paris, le président syrien reprocha à la France son attitude contre le terrorisme : «il faut que la France soit sérieuse». Et si le Front National français, ainsi que tous les partis souverainistes européens, pouvaient finalement avoir raison ? L’angélisme et le politiquement correct devraient se remettre en question : filtrer le flux des immigrés et des migrants, n’est-ce pas ce qu’avaient toujours préconisé les partis dits d’extrême-droite quand ils ne sont que ceux du bon sens !

 

Bachar al-Assad et Vladimir Poutine ont raison. Ce ne sont pas les incantations des démocraties occidentales qui arrêteront Daesh, Boko Haram, Al-Qaïda, Aqmi, Ansar al-Charia, et toute la nébuleuse jihadiste. Les condamnations «solennelles» étaient simplement ridicules quand les Talibans du mollah Omar avaient bombardé les bouddhas géants (le grand Bouddha mesurait 55 mètres, le «petit» 38) de Bâmiyân en mars 2001 ; quand Aqmi a autodafé les livres anciens de la bibliothèque de Tombouctou, n’ayant pas pu mettre la main sur des manuscrits du 13ème siècle (décembre 2012) ; ou quand Daesh a saccagé le musée de Mossoul (février 2015), le site de Nimroud et la cité romaine de Hatra (avril 2015), ou encore les ruines antiques de Palmyre (août 2015). Au moins, le Japon, la Thaïlande, l’Inde, le Sri Lanka, et le Metropolitan Museum of Art de New York, avaient-ils tenté de convaicre les Talibans de les autoriser à rapatrier les bouddhas ailleurs. Les discours martiaux resteront des gesticulations supplémentaires si l’Occident ne trouve pas une cohérence : on ne peut pas laisser en vie et laisser se radicaliser en prison des individus qui veulent tuer les valeurs de libertés que, tous, nous avons fini par aimer de l’Occident.

 

Je ne souhaite certainement pas vivre dans un pays de la Charia, où des classes entières de jeunes filles peuvent être kidnappées pour être converties de force, offertes en butin aux jihadistes sinon vendues sur les marchés. Où les femmes devront vivre dans la camisole de force du voile intégral. Où des mollahs obtus définiraient les canons culturels et intellectuels. Tandis que, oui, New York, Londres, Paris, Berlin, Madrid, Lisbonne, Rome, Amsterdam, sont des phares dont la lumière nous parvient. Même les musulmans fuient au péril de leur vie ces contrées où les islamistes prétendent instaurer leur «dar al-islam».

 

Fascisme encore que de proposer de rétablir la peine de mort que l’Europe, dans une belle unanimité très civilisée, a imprudemment abolie. Les peines prétendument «incompressibles» débouchent sur des libérations anticipées aussitôt suivies de récidive. L’expulsion des imams radicaux, la déchéance de la nationalité :  voilà une conception plutôt édulcorée d’un «anéantissement», pourtant annoncé par le Premier Ministre français.

 

Certes, un président américain mal élu, George W. Bush, avait créé le vide au Moyen-Orient, mais il ne faut pas que nos précautions oratoires deviennent à cette engeance islamiste, des circonstances atténuantes. Il faut déclarer ce radicalisme islamiste crime contre l’Humanité. Et tenir la comptabilité macabre de chaque crime de ces fous d’Allah pour les déclarer non grata dans notre Humanité : celle qui, sans relâche, tous les jours, depuis des millénaires, cherche la lumière, tandis que les islamistes régressent vers l’obscurantisme le plus sombre. Après la prise de Palmyre, ces fanatiques ignorants n’ont pas trouvé mieux que de décapiter un vieillard de 82 ans, Khaled al-Assad, chef des antiquités de la ville.

 

Cette obsession à détruire toutes les oeuvres religieuses antérieures à l’islam aurait été théorisée par un prédicateur saoudien du 18ème siècle, Mohammed ibn Abd-al Wahhab dont le mollah Omar, celui qui a décrété la destruction des Bouddhas géants, était un disciple, l’Arabie saoudite fournissant de nombreux fondamentalistes.

 

Sur le million de migrants qui sont venus s’échouer sur les rivages de l’Europe, combien de jihadistes infiltrés ? Le Premier Ministre hongrois n’était pas si fasciste quand il a fait ériger un mur pour protéger son pays. D’autant qu’entretemps, même la très hospitalière Suède a fermé ses frontières. Dans le même ordre de principe de précaution : les autorités malgaches savent-elles combien de prédicateurs salafistes pourraient s’infiltrer dans les nouvelles mosquées en gestation, maintenant qu’on voit de plus en plus de femmes musulmanes avec le voile intégral, même dans les rues d’Antananarivo, ville qui convertie au christianisme après le baptême de la reine Ranavalona II et du Premier Ministre Rainilaiarivony en 1869 ?

 

Il y a heureusement des pays qui pratiquent un islam sans violence, sans acrimonie, sans revanche sur l’histoire ni le monde entier. Le roi Mohammed VI du Maroc, «commandeur des Croyants», présente cette constance, entre son premier discours, voilà 16 ans, et le dernier discours du trône, le 30 juillet 2015 dernier : «enseignements et préceptes de notre religion, ceux qui préconisent le juste milieu, la pondération, la tolérance et l’ouverture ; ceux qui appellent inlassablement à la paix, à la coexistence, à la compréhension mutuelle, à la préservation des droits dont Dieu a honoré l’Homme» (...) « Y a-t-il une raison pour que nous renoncions à nos traditions et à nos valeurs civilisationnelles marquées du sceau de la tolérance et de la modération, et que nous embrassions des doctrines étrangères à notre éducation et à notre morale ?». Il faudrait, plus souvent, plus audiblement, plus visiblement, que le vrai islam couvre les éructations de haine de l’islamisme.

8. déc., 2015

Beaucoup s’étonnent que des Malgaches se sentent si concernés par les attentats de Paris. Pourquoi pas, et bien sûr que si ! Bien avant même qu’une liaison aérienne existe entre Antananarivo et Saint-Denis de La Réunion, ou entre Antananarivo et Plaisance à Maurice, notre long-courrier effectuait un va-et-vient régulier entre Antananarivo et Paris.

 

Bien entendu qu’il faut tourner la page de la parenthèse coloniale (30 septembre 1895 -14 octobre 1959/26 juin 1960), mais écrire un nouveau chapitre ne peut signifier autodafé des pages d’une relation complexe débutée au 19ème siècle.

 

La France reste notre étrangère intime. Les relations de Madagascar avec la France, comme celles du Maroc, celles du Sénégal, celles du Cambodge, avec l’ancienne puissance coloniale, ne peuvent être indifférentes. Et, autant dire qu’elles sont exceptionnelles. Même si, en ces années 2000, le Malgache découvre la valeur ajoutée véritablement internationale des destinations anglo-saxonnes, et du Commonwealth, quoi de plus prégnant que toutes ces générations cumulées d’étudiants et de cadres malgaches qui ont donné aux deux rives de la Seine le générique de «Andafy» ? Plutôt que de ressasser une amertume négative, autant faire de cette familiarité avec la langue française et de la connaissance de la culture française, un avantage comparatif. Bien évidemment, dans cette relation d’étranger intime, l’un à l’autre, il ne s’est jamais agi d’une francopholie béate ni d’une malgachophilie passionnée. Le droit d’inventaire fonctionne sur un autre mode de réciprocité.

 

Pour l’anecdote, une «petite note d’histoire malgache» parue dans le Bulletin de l’Académie Malgache (nouvelle série, tome 23, 1940, page 65), «sur une manifestation de sympathie franco-malgache en 1870» : c’est le consul de France, Jean Laborde, qui lança une souscription à l’issue de la guerre de 1870 qui s’était terminée par une victoire de la Prusse sur la France. Y contribuèrent les missionnaires français catholiques ; les Frères des écoles chrétiennes et leurs élèves d’Ambodinandohalo ; les écoles d’Ambohimitsimbina, d’Ambavahadimitafo et de Mahamasina ; les Soeurs attachées à la mission et leurs élèves ; Clément Laborde ; Édouard Laborde ; parmi les Malgaches, il y eut Félix, un élève des Frères ; Félicie Radofine, l’épouse malgache de Jean Laborde, Ramangamaso Félicité, Ramasy Noémie, enfin Victoire Rasoamanarivo, belle-fille du Premier Ministre Rainilaiarivony.

 

Où, ailleurs qu’à Paris en particulier, et en France en général, d’autres Malgaches, familles, amis, collègues, auraient pu mourrir plus probablement dans un attentat islamiste qui frappe aveuglément sur les grands boulevards, à la terrasse d’un café, dans un théâtre ? C’est bien parce que la France reste encore la première destination des Malgaches de l’étranger que  les Malgaches d’ici sont plus concernés que lors des attentats de New York (2001), Bali (2002), Madrid (2004), Londres (2005), l’avion de Charm el-sheikh vers Saint-Petersbourg (2015), Beyrouth (2015).

 

Ceux qui sont les plus prompts à critiquer cette empathie envers la France et l’Occident, s’il leur fallait choisir, opteraient, comme nous, pour une démocratie de type américain, allemand, scandinave, suisse, français, plutôt que pour un pays de la Charia. La Constitution de type cinquième République léguée par Charles de Gaulle sera toujours infiniment préférable aux interprétations à la lettre d’un mollah barbu dont le discours frustre prospère sur l’ignorance de son auditoire.

 

La cohérence, c’est la lutte de l’Humanité contre tout radicalisme fanatique, liberticide et assassin. Que les victimes soient françaises, libanaises, russes, kényanes, anglaises, espagnoles, indonésiennes, américaines, elles font partie des nôtres contre les jihadistes de tous les pays. Personne ne peut accepter, qu’en 2015, des femmes et des filles peuvent être attrapées, partagées en butin, réduites en esclavage, vendues au marché. Personne ne doit accepter, qu’en 2015, le même mode moyenâgeux de table rase d’une religion antérieure continue de s’appliquer à des statues de Bouddha, aux vestiges de Palmyre, aux antiquités de Mossoul. Personne ne voudra plus que nos libertés modernes, nées en Occident et diffusées par l’Occident, soient amputées à cause de conceptions définitivement archaïques de la manière de s’habiller, de s’amuser, bref de vivre.

7. déc., 2015
19. nov., 2015

Je veux d’abord saluer la mémoire des victimes, 129 personnes de tout âge et de toutes origines qui sont mortes victimes innocentes d’une violence aveugle et inhumaine. Ce sont des images et des moments terribles que nous avons suivis de loin, parfois de près, lorsque nous avions des proches à Paris.

 

Je veux ensuite saluer la solidarité et la dignité dont les Français ont fait preuve dans ces moments tragiques. Ils ont exprimé une immense tristesse, un besoin de communion et de recueillement face à la brutalité horrible et absurde du fanatisme.

 

Je veux enfin saluer la volonté exprimée par tous les Français de défendre les valeurs qui fondent notre pacte républicain : liberté, égalité, fraternité auxquelles j’ajouterais solidarité et justice sociale. Ce sont ces valeurs qui sont attaquées par des idéologies portées par le fanatisme et l’obscurantisme.

 

Après le temps du rassemblement et du recueillement, viendra le temps de la réflexion et des propositions d’action pour faire face à la menace qui s’est installée. Le Président de la République s’est exprimé sur le sujet hier soir devant le parlement réuni en Congrès. Mais aujourd’hui, nous sommes encore, du moins à Madagascar, dans le temps du recueillement.

 

 

Tananarive, le 17/11/2015

 

19. nov., 2015