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8. nov., 2018

Marianne

Hors industrie, les CDD de moins d'un mois restent légion dans les secteurs des services. - IP3 PRESS/MAXPPP

Économie

Non-inversion de la courbe

Chômage : des mauvais chiffres qui contredisent Emmanuel Macron

Par Laurence Dequay

Publié le 25/10/2018 à 18:32

Le nombre de demandeurs d'emploi a augmenté de 0.4% au troisième trimestre 2018.

Tout ça pour ça. Un an après la réforme des ordonnances travail qui devait lever les tabous des chefs d’entreprise à l'égard de l'embauche et faire baisser franchement le niveau du chômage en France, le gouvernement aura du mal à pavoiser… Si sur un an, le nombre de demandeurs d’emploi en catégories A, B et C a reculé de 0,7% en France métropolitaine dans une conjoncture de croissance, il augmente de nouveau de 21.700 personnes (+ 0,4%) sur le troisième trimestre 2018, soit un total 5,65 millions de chômeurs. Ce qui signifie qu’un cinquième de la population active du pays (20%) reste encore sur le banc de touche de l’économie ! Et ce pour longtemps puisqu’ils sont inscrits en moyenne depuis 610 jours à Pôle Emploi (plus 25 jours sur un an). Les plus de 50 ans étant tout particulièrement à la peine…

L’ampleur de ce chômage est telle qu’il ne suffit pas, on s’en doutait, à ces concitoyens privés d’emploi de traverser la route pour décrocher un job, comme l’affirme le président Emmanuel Macron. Même si, c’est à saluer, ils ont été plus nombreux entre juillet et septembre à entrer en formation comme le souhaitait le gouvernement.

La plaie des CDD de moins d'un mois

Comment expliquer cet incroyable gâchis quand l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale (Acoss), de son côté, se félicite d’enregistrer au troisième trimestre 2018 une hausse de 2,7% des déclarations d’embauches de plus d’un mois ? Parce que, hors industrie où la reprise des embauches en CDI est notable, flexibilité et précarité extrêmes restent un habitus de branche dans nombre de secteurs des services qui se lamentent en boucle d’avoir du mal à recruter. La preuve par l’Acoss. Pendant que l’hôtellerie-restauration signait en juillet et septembre dernier 748.492 contrats de travail de moins d’un mois, elle n’embauchait que 170.000 salariés en CDI. Idem pour l’action sociale et l’hébergement médico-social (notamment les maisons de retraite) : 692.047 CDD de moins d’un mois pour 55.361 CDI. Ou les renforts administratifs : 688.287 CDD de moins d’un mois, 93.935 CDI. Recruter ou précariser, ces employeurs doivent choisir !

8. mars, 2018

Marianne

Le gouvernement renonce à "l'assurance chômage pour tous", promesse de Macron

Par Étienne Girard, Publié le 02/03/2018

 La ministre du Travail Muriel Pénicaud annonce ce vendredi 2 mars une telle limitation de l'ouverture du droit à l'assurance chômage aux indépendants et démissionnaires que la promesse faite par Emmanuel Macron durant sa campagne pour l'élection présidentielle paraît vidée de sa substance.

On n’a jamais su très bien qui avait assuré en premier que « les promesses de campagne n’engagent que ceux qui les croient ». En revanche, on saura désormais que l’expression s’applique au macronisme autant qu’à l’ancien monde. Ce vendredi 2 mars, la ministre du Travail Muriel Pénicaud enterre dans Le Parisien les promesses de campagne d’Emmanuel Macron sur le droit au « chômage pour tous », qu’il concerne les indépendants ou les démissionnaires. Et ce, en se donnant l'air de les mettre en œuvre.

Jadis, c’est-à-dire pas plus tard qu'en janvier 2017, pendant la campagne présidentielle, le futur vainqueur promettait pourtant que, lui président, l’assurance chômage universelle couvrirait « tous les actifs ». En ces temps lointains, Emmanuel Macron expliquait – nouveau monde oblige – que « la protection ne peut plus dépendre du statut comme dans le monde d’hier ». Cette proposition avait nourri le portrait d’un homme politique moderne, déterminé à adapter les règles du jeu aux mutations de la société.

Voici ce qu’il déclarait alors, comme le reproduit encore aujourd'hui le site d'En Marche : « Nous mettrons en place une assurance-chômage pour tous, parce que dans un monde qui se transforme, le chômage ne peut plus être un risque contre lequel certains se couvrent à titre individuel, et d’autres par des garanties collectives (…) L’assurance-chômage universelle couvrira tous les actifs – salariés, artisans, commerçants indépendants, entrepreneurs, professions libérales, agriculteurs – et facilitera les transitions d’un statut à un autre ».

L’assurance-chômage universelle couvrira tous les actifs – salariés, artisans, commerçants indépendants, entrepreneurs, professions libérales, agriculteurs.

Emmanuel Macronpromesse de campagne

Pour rappel, l’assurance chômage actuelle des salariés prévoit une indemnisation des demandeurs d’emploi pendant deux ans, d'un montant calculé en fonction de leurs derniers revenus. Dans la bouche de Muriel Pénicaud, ces droits deviennent, pour les futurs nouveaux bénéficiaires… une indemnité forfaitaire de 800 euros par mois durant six mois : « En cas d’échec ou d’accident de parcours, l’entrepreneur doit avoir un filet de sécurité, le temps de se retourner. Nous allons mettre en place un droit de 800 € par mois pendant six mois. Il sera destiné aux indépendants qui sont en liquidation judiciaire et qui avaient un bénéfice annuel autour de 10.000 € ». Pas vraiment la même limonade…

Les travailleurs indépendants limités à une alloc forfaitaire durant 6 mois

Une réforme d'autant moins révolutionnaire que les indépendants, commerçants, artisans et agriculteurs peuvent aujourd'hui déjà toucher le RSA quand ils se retrouvent sur la paille. Une allocation de 545 euros pour une personne seule leur est attribuée, qui se monte à 818 euros pour un couple ou une personne seule avec un enfant, et 981 euros pour une personne avec deux enfants. Précision notable : le RSA, contrairement à la future « indemnité Pénicaud », n’est pas soumis à une limitation de durée mais seulement à un plafond de ressource de 1,04 Smic par foyer. Sur ce dernier point, Muriel Pénicaud ne s'est pas montré très claire quant à un éventuel plafond donné à son alloc : que se passera-t-il pour un agriculteur dont le bénéfice annuel dépassait les 10.000 euros ?

"Tous les cinq ans, chacun y aura droit", vraiment ?

Concernant les démissionnaires, Emmanuel Macron avait fait la promesse fracassante qu’ils pourraient désormais toucher le chômage. C’était à Paris, lors de son meeting de la Porte de Versailles, le 10 décembre 2016 : « Nous ouvrirons les droits à l'assurance-chômage aux salariés qui démissionnent. Tous les cinq ans, chacun y aura droit, s’il choisit de démissionner pour changer d’activité ou développer son propre projet professionnel ». Encore une fois, cette proposition décoiffante avait permis au futur Président de la République de se poser en homme bien de son temps, conscient des mutations du monde du travail et en responsable politique progressiste, soucieux d’accorder des droits nouveaux aux salariés.

Sauf que les choses ne seront pas aussi simples. Si le gouvernement promet que la durée d’activité de cinq ans sera bien conservée comme seuil (alors que les partenaires sociaux se sont accordé sur sept ans), « l’existence d’un projet professionnel sera une condition vérifiée au préalable », explique Muriel Pénicaud. Qu’on ne puisse démissionner pour partir à la pêche, cela s’entend. Le sérieux du projet professionnel sera donc passé au crible d’une commission. Mais c’est là que ce ça se corse… Selon Le Monde, cette instance accordera d’abord le chômage pour six mois puis, s’il est jugé que les efforts déployés pour le projet du demandeur sont suffisants, pour dix-huit mois supplémentaires. Sur quelles bases ? Dans leur accord trouvé le 22 février dernier, les partenaires sociaux ont souhaité que cette reconversion réponde « aux besoins du marché du travail », rapporte Le Canard enchaîné. De quoi mettre de côté un certain nombre de projets.

Une chose paraît entendue, c’est que la commission de contrôle serrera la vis. Selon la ministre, les filtres aboutiront en effet à ce qu’« entre 20.000 et 30.000 personnes » bénéficient du dispositif tous les ans. Soit à peine 3% des démissionnaires…

La promesse de durcir les contrôles, elle, sera bien tenue

Dans le même temps, Muriel Pénicaud annonce le report à 2019 de la troisième promesse d'Emmanuel Macron dans le domaine : un « bonus-malus » pour pénaliser les contrats précaires. « Nous créerons un bonus-malus sur l'assurance-chômage. Les employeurs qui entretiennent la précarité en recourant exagérément aux contrats courts paieront plus de charges, ceux qui créent des emplois stables en paieront moins », expliquait le candidat le 2 mars 2017. Aujourd'hui, le gouvernement souhaite que les branches professionnelles prévoient elles-mêmes les règles. La loi n’interviendra qu’en dernier recours, dans un an.

Si les nouveaux droits accordés aux travailleurs ont été rabotés par rapport aux promesses de campagne, leur corollaire, à savoir le durcissement des contrôles à Pôle Emploi, est toujours bel et bien prévu. « Nous allons donc tripler les équipes de contrôle de Pôle emploi : elles vont passer de 200 à 600 agents d’ici à la fin de l’année », annonce Muriel Pénicaud au Parisien. Le principe de la réduction des allocations chômage en cas de refus de refus de deux « offres raisonnables d’emploi » est lui aussi a priori maintenu. La ministre veut simplement, au préalable, « définir plus précisément ce qu’est une offre raisonnable d’emploi ». Décidément, le mantra macroniste « on fait ce qu’on a dit » s'applique plus dans un sens que dans l'autre…

 

27. juin, 2017

L’Express L’Expansion

Hausse de l'emploi: "Le moment propice pour réformer le marché du travail"

Par Laurent Martinet, publié le 13/06/2017 

L'emploi recule dans l'industrie, mais progresse dans le bâtiment. Photo d'illustration: un chantier à Paris, mai 2017.

REUTERS/Gonzalo Fuentes

L'économie française a retrouvé un rythme de créations d'emplois inédit depuis la crise de 2008. L'analyse de Xavier Timbeau, économiste à l'OFCE.

De plus en plus de créations d'emplois. Alors que l'année 2016 avait permis d'enregistrer 190 000 nouveaux postes, le seul premier trimestre 2017 en a connu 89 700, annonce l'Insee. De quoi augurer près de 400 000 nouveaux postes en 2017.  

La reprise est-elle solide, malgré le poids de l'intérim et des CDD, qui représentaient près de 90% des embauches en 2016? Le point avec Xavier Timbeau, de l'OFCE. 

Le chiffre de l'Insee est-il encourageant, ou signifie-t-il que la précarité augmente? 

XT.: Il y a une accélération des créations qui devrait permettre de faire baisser d'un point le taux de chômage d'ici la fin de l'année [Il est de 9,3% au premier trimestre], car la population active n'augmente que de 150 000 personnes par an en moyenne. C'est tout de même une inversion spectaculaire de la courbe. 

Le chiffre de l'Insee ne donne pas d'indication sur la nature des emplois. On peut relever que l'emploi intérimaire est relativement stable depuis plusieurs années. Il augmente dans les mêmes proportions que les autres contrats. Ce qui signifie que l'intérim, souvent plus précaire et plus flexible, est devenu une composante structurelle du marché de l'emploi. Il n'y a plus d'intégration de ces postes à l'intérieur des entreprises.  

Les services créent-ils des emplois plus précaires que l'industrie, qui continue pour sa part d'en détruire? 

Les services forment une galaxie massive, qui représente près de 80% de l'emploi total, soit 20 millions de postes. La tertiarisation de l'économie se poursuit. Par exemple, trois millions de personnes travaillent pour le seul service aux entreprises, soit autant que dans toute l'industrie, hors-énergie. 

Difficile de trouver des points communs à tous ces emplois, qui recouvrent des statuts et des relations sociales très différentes. La précarité n'est pas plus forte dans les services que dans l'industrie.  

Pour certains économistes, le chômage se rapproche de son niveau structurel. Les créations de postes vont-elles marquer le pas? 

Le chômage structurel est une notion complexe. Avant crise en 2007, il était estimé à 7%. Certains économistes évoquent aujourd'hui un chiffre de 9%, car la crise aurait détruit les capacités de l'économie à créer des emplois durables. Je pense qu'il ne faut pas être aussi pessimiste. Nous ne sommes pas face à un mur. 

La baisse du chômage va permettre à certains salariés de se réorienter vers des emplois plus qualifiés. Ce qui va entraîner une hausse de leur productivité, et la création de nouvelles richesses qui permettront à leur tour de créer des emplois. La population française ne manque pas forcément de qualifications, elle a un niveau d'éducation initial assez élevé par rapport à la moyenne européenne. 

L'emploi repart sans la réforme du code du travail voulue par Emmanuel Macron. A quoi servira-t-elle? 

Effectivement, l'emploi accélère sans même que la loi El Khomri ait eu le temps de produire ses effets. Une réforme plus radicale, avec par exemple la possibilité de négocier le motif de licenciement dans le contrat de travail, ferait baisser le coût du licenciement, avec là aussi des effets à plus long terme. Les pratiques mettent du temps à changer. 

LIRE AUSSI >> Entre "flexisécurité" et libéralisme, où se situe la loi El Khomri? 

Mais le gouvernement a tout intérêt à mener ses réformes dans un marché de l'emploi dynamique. Dans un marché déprimé, la flexibilité supplémentaire peut conduire à exclure des salariés, et à faire augmenter le chômage. Si le chômage baisse, la flexibilité profite aussi aux salariés et il devient plus facile de financer les mesures de sécurisation des parcours qui vont de pair, dans le modèle de flexisécurité qui semble à l'horizon. Les partenaires sociaux peuvent se montrer plus souples. Le calendrier est donc propice. 

 

1. déc., 2015

Le Figaro.fr

27.10.2015

 

VIDÉO - Le nombre de demandeurs d'emplois inscrits en catégorie A à Pôle emploi a fortement reculé en septembre : précisément de 24.700 en France entière (DOM compris) et de 23.800 dans la seule métropole.

 

Surprise générale rue de Grenelle, à Matignon et à l'Elysée ce lundi soir. Le nombre de demandeurs d'emplois inscrits en catégorie A à Pôle emploi a fortement reculé en septembre: précisément de 24.700 en France entière (dom compris) et de 23.800 dans la seule métropole. Cette baisse, la sixième en 41 mois de présidence Hollande et la troisième en 2015, ramène à un peu plus de 3,81 millions le nombre de chômeurs en catégorie A en France entière (et 3,55 millions dans la seule métropole). Il s'agit surtout de la plus forte baisse enregistrée en catégorie A (hors bug SFR d'aout 2013) depuis… novembre 2007. Soit près de 8 ans, ce qui n'est pas rien! «La tendance est donc orientée à la baisse puisque, pour la première fois depuis début 2011, le nombre de demandeurs d'emploi en catégorie A a reculé sur 4 mois», se contente de se féliciter par communiqué Myriam El Khomri, la nouvelle ministre du Travail. Et ce, même si sur un an, les totaux affichent encore une hausse de près de 110.000 chômeurs.

 

Le satisfecit gouvernemental ne s'arrête pas là. Il se poursuit avec le nombre de demandeurs d'emplois de moins de 25 ans, qui a reculé de 2,6% en France métropolitaine sur un mois en septembre. «La tendance est claire, juge alors Myriam El Khomri: il s'agit du quatrième mois consécutif de baisse, ce qui porte à 24.700 le recul du nombre de jeunes inscrits depuis fin mai. Cela prouve l'efficacité de nos dispositifs en faveur de l'emploi des jeunes (emplois d'avenir, Garantie jeunes, contrats de génération, relance de l'apprentissage)».

 

«Le mouvement de réforme engagé par le gouvernement va se poursuivre»

 

Myriam El-Khomri

 

La ministre du Travail ne dit en revanche pas un mot de la très légère hausse enregistrée en tenant compte des chômeurs en activité réduite (catégories B et C): +1800 en France métropolitaine et +1000 dom inclus. Une hausse portant à près de 5,73 millions le nombre de demandeurs d'emploi en catégories A, B et C en France entière, un nouveau record. Elle ne dit rien non plus de la nouvelle très forte progression du nombre de chômeurs de longue durée enregistrée en septembre (+1%, soit +23.800 chômeurs), portant à 44,8% la part des demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi depuis plus d'un an en métropole. Là encore, un record! Pis, le nombre de demandeurs d'emploi pointant à Pôle emploi depuis plus de 3 ans, les vrais exclus de la politique de lutte contre le chômage, a une nouvelle fois explosé de 1,2% pour désormais frôler les 800.000 inscrits…

 

Mais qu'importe! Pour Myriam El Khomri, la voie est tracée et l'inversion durable du chômage, promise par le président de la République depuis le début du quinquennat, désormais à portée de main. Voire à portée de mois… «Cette évolution concrétise l'amélioration progressive de la conjoncture économique observée ces derniers mois (hausse des créations d'emploi, nette amélioration du climat des affaires), portée par les réformes que nous avons mises en œuvre (Pacte de responsabilité et de solidarité, plan TPE)», jure ainsi la ministre du Travail. Et la benjamine du gouvernement, qui a repoussé de quelques jours ses annonces sur les grandes lignes de la réforme du code du travail qu'elle va conduire au printemps 2016, de conclure: «Le mouvement de réforme engagé par le gouvernement va se poursuivre, avec notamment les projets de loi en préparation sur le travail et les nouvelles opportunités économiques».