6. déc., 2019

Les Nouvelles
Le 2 décembre 2019

7. nov., 2019

Le Huffpost

28/10/2019

Qui est Claude Sinké, le tireur de la mosquée de Bayonne

Claude Sinké, 84 ans, ancien candidat du Front national en 2015, ne cachait pas ses prises de position xénophobes.

Le HuffPost avec AFP

 ASSOCIATED PRESSDes policiers et pompiers devant la mosquée de Bayonne ce 28 octobre. 

BAYONNE - On en sait un peu plus sur le tireur de la mosquée de Bayonne. Ce lundi 28 octobre, un individu a ouvert le feu sur deux hommes âgés de 74 et 78 ans alors qu’il venait d’être surpris en train de mettre le feu à la porte de la mosquée de la ville. Les deux victimes, gravement blessées, ont été transportées à l’hôpital et le tireur a été interpellé peu après. Il s’agit de Claude Sinké, 84 ans, ancien candidat du Front national en 2015. 

Claude Sinké a reconnu en garde à vue être l’auteur des tirs, a annoncé à l’AFP une source proche de l’enquête. Une équipe de déminage s’est rendue à son domicile, à Saint-Martin-de-Seignanx, une commune de 5000 habitants à 16 km de Bayonne, dans le département voisin des Landes. Selon la préfecture l’homme est détenteur de trois armes de catégorie B, qu’il avait déclarées.

Un homme “violent” et colérique

En 2015, l’homme avait été candidat du Front national (aujourd’hui RN) aux élections départementales du canton de Seignanx, selon les listes officielles. Il avait obtenu 17 % des voix.

“Nous n’avions plus de contact avec (le suspect) depuis des mois. Et avant, dans les réunions, il était mis dehors par nos DPS”, les services d’ordre du parti, a souligné un responsable du RN interrogé par l’AFP. “Le RN condamne avec la plus grande fermeté cet acte criminel”, a-t-il poursuivi. 

Marine Le Pen a dénoncé pour sa part un “attentat”, un “acte inqualifiable absolument contraire à toutes les valeurs portées par notre mouvement”.

Auprès de Sud Ouest, Lionel Causse, député de la deuxième circonscription des Landes et ancien maire de Saint-Martin-de-Seignanx, entre 2014 et 2017, a témoigné: “Je connais bien la personne qui est suspectée d’avoir commis ces faits. Dernièrement, on n’entendait plus vraiment parler de lui, je pensais même qu’il avait déménagé. Par le passé, j’avais interdit l’accès de Claude Sinké à la mairie car il venait tout le temps me voir et se révélait violent verbalement avec moi et le personnel de la mairie. Il a déjà fait parler de lui aussi en tenant des propos xénophobes et homophobes”.

Discrimination et xénophobie 

Il y a quelques jours encore, Claude Sinké laissait libre cours à une de ses colères: il avait adressé un courrier rageur à l’ordre des avocats de Bayonne, adressé au procureur de Dax (dont dépend Saint-Martin-de-Seignanx). “Ce monsieur voulait porter plainte contre le président Macron, c’était assez confus, il y avait plein de motifs”, dont “non application des droits de l’homme”, a expliqué à l’AFP le bâtonnier de Bayonne, Me Teddy Vermote.

La lecture du courrier “laissait penser à quelque chose de pas très équilibré. On n’a pas perçu de menace, et sans ces faits-là (l’attaque de Bayonne), ce genre de courrier, c’est complètement anecdotique”, a souligné l’avocat.

L’homme, actif sur les réseaux sociaux, n’a jamais caché ses prises de position xénophobes. Un reporter de Télérama a repéré sur Facebook un message de Claude Sinké qu’il avait écrit en 2014 dans un groupe de fans d’Eric Zemmour. 

Claude Sinké est aussi connu du monde associatif de Bayonne puisqu’il est toujours, entre autres, président de l’association des Amis des arts bayonnais.

“Il avait des obsessions”

Ancien militaire, sculpteur à ses heures, il habitait à Saint-Martin-de-Seignanx depuis de nombreuses années. Il y était connu et certains conviennent qu’il était à tout le moins “atypique”, voire “donnait l’apparence de quelqu’un psychologiquement perturbé”.

“C’est quelqu’un qui avait des obsessions”, explique à l’AFP Francis Giraudie, 1er adjoint de la commune. “Il considérait qu’il n’était pas écouté. Il venait parfois à la mairie, ou appelait, pour se plaindre de diverses choses”. “Une fois, il avait agressé verbalement la maire, j’ai dû intervenir pour le calmer”, souvient Bertrand Lagarde, un autre élu.

“Moi ça ne m’étonne pas”, assurait une voisine qui ne souhaite pas donner son nom, “c’est quelqu’un qui avait des armes chez lui, il les montrait même aux gens. Ca fait plusieurs années qu’il perd la tête”. “Il a pété un plomb”, revenait dans la bouche de plus d’un.

Une voisine qui l’avait connu à Anglet, près de Bayonne, disait lui connaître un fils, qu’il voyait peu, et un petit-fils qui en revanche venait le voir. “Il avait l’air d’un monsieur très seul”, résume un couple, évacué du lotissement arboré où habitait le suspect. “Faire ça à son âge... D’autant qu’il marche mal, je l’ai déjà vu avec une canne. Et il voit mal”.

Auteur d’un livre sur “la France à cœur ouvert”

Claude Sinké a écrit il y a cinq ans un livre sur “La France à cœur ouvert ou la misère humaine”, où il expliquait “traiter des rapports entre les dominants et les dominés”.

“C’est quelqu’un qui pouvait être sympathique si vous parliez art avec lui. Mais il ne fallait jamais parler politique, ça finissait toujours par des mots un peu hauts, mais ça n’allait jamais plus loin (...) il était fui pour ses excès verbaux”, se souvient Mike Bresson, un autre adjoint de Saint-Martin. En résumé, “il n’aimait pas les gens de gauche, du centre, et peu ceux de droite”.

 

 

5. nov., 2019

Lancement de la reconnaissance faciale en France : mais qu'allons-nous faire dans cette galère ?

Par Alexandra Saviana

Publié le 28/10/2019

Alicem, le projet d'identification par reconnaissance faciale de l'Etat français, est attendu dans les mois à venir. Curieux, que la France se porte à la pointe d'une telle technologie tandis qu'en Californie, par exemple, plusieurs villes interdisent déjà son usage par les services publics au nom des libertés civiles…

La nouvelle est revenue dans le débat par l'intermédiaire d'un magazine américain. Début octobre, le media financier américain Bloomberg affirme que la France deviendra bientôt le premier pays européen à utiliser la reconnaissance faciale pour donner aux citoyens une identité numérique sécurisée. Lancée par un décret en mai, l'application mobile Alicem (version courte d'"Authentification en ligne certifiée sur mobile"), utilisable uniquement sur Android, doit permettre de s'authentifier sur les sites accessibles via le portail d'accès du service public FranceConnect.gouv, comme ceux de la sécurité sociale et des impôts. Lors de son inscription, l'usager montrera sa bobine afin que le système vérifie qu'elle correspond à la photo de son titre d'identité. Une application de la reconnaissance faciale qui paraît a priori bénigne mais qui doit s'examiner à la lumière de deux tendances mondiales : d'un côté, l'emploi de la technologie en Chine avec son fameux "crédit social", de l'autre, le cas de plus en plus de villes américaines qui choisissent, elles, de l'interdire.

L'utilisation d'Alicem sera simplissime. Pour activer son compte, l'utilisateur devra être doté d'un smartphone Android équipé d'une puce NFC (Near Field Communication), ainsi que d'un titre de séjour ou d'un passeport équipé d'une puce sécurisée. Après avoir téléchargé l'application, l'usager devra entrer son adresse mail, scanner la bande optique et la puce du titre d'identité, et choisir un code secret. C'est à cette étape qu'intervient la reconnaissance faciale. Face caméra, l'usager devra faire des mouvements de tête, cligner des yeux, sourire… Et ce, afin que la machine identifie son visage en le comparant à son titre d'identité. Une fois qu'un visage est associé à la photo d'identité reliée au compte, "l'identité numérique" de l'utilisateur est confirmée. La reconnaissance faciale ne sert qu'une fois, au moment d'activer l'application Alicem. Le reste du temps, il devra toujours entrer un code à plusieurs chiffres pour se connecter sur les sites des services publics concernés.

"fin 2019 ou début 2020"

Encore en phase de test, Alicem attise déjà les inquiétudes. Le 15 juillet, La Quadrature du Net a déposé un recours devant le Conseil d'Etat pour annuler le dispositif. L'association de défense des libertés sur Internet s'alarme du traitement des données biométriques (c'est-à-dire des caractéristiques physiques propres à un individu) "ayant pour objectif avoué d’identifier chaque personne sur Internet pour ne plus laisser aucune place à l’anonymat". Avant même la publication du décret introduisant Alicem, en octobre, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) avait elle aussi rendu un avis sceptique, s'alarmant déjà de l'absence d'alternative à l'identification par reconnaissance faciale sur le portail. Une telle mise en œuvre, prévenait la Cnil, serait non-conforme au règlement européen de protection des données (RGPD), entré en application en mai 2018.

Entretemps, le gouvernement a revu sa copie. Interrogé dans Le Monde le 14 octobre, le secrétaire d'Etat au numérique, Cédric O, a garanti que le gouvernement était ouvert "à des techniques alternatives d'authentification forte" : "Il y aura, le cas échéant, des mécanismes d'enrôlement qui ne passent pas par la reconnaissance faciale". Le ministre est resté vague sur la date d'entrée en application d'Alicem, indiquant ne pas vouloir élargir le test "avant que nous n'ayons eu (les) premiers retours" du Conseil national du numérique et du travail de parlementaires sur le sujet de l'identité numérique. Pour Jérôme Létier, directeur de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS), questionné par l'Usine nouvelle, le déploiement d'Alicem devrait avoir lieu "fin 2019 ou début 2020".

Alicem, la police et les libertés

Les critiques d'Alicem ne se limitent pas à une question d'alternatives. Il y a aussi celle de l'accessibilité. Uniquement disponible sur Android, pour un usage unique - la création de son "identité numérique" - Alicem fait un peu figure de gadget. Mais un gadget qui risque de se banaliser, le gouvernement entendant permettre un accès en ligne à la totalité des services publics d'ici à 2022. Avec un autre risque : celui de laisser une partie de la population française, peu habituée aux nouvelles technologies, sur le bas-côté. "Il faut aussi faire attention au gouffre technologique. En allant trop vite, on risque de familiariser seulement une partie de la population à ces nouvelles technologies et de laisser de côté toute celle atteinte d'illectronisme (illettrisme numérique (ndlr)", s'alarme Carlos Moreno, professeur à l’université Paris 1-Panthéon Sorbonne, directeur scientifique de la Chaire ETI (Entrepreneuriat Territoire Innovation). D'après une étude du CSA Research remontant à l'année dernière, l'illectronisme touche 2,5 millions de Français.

Autre crainte des détracteurs d'Alicem : celle d'un couplage, un jour, de l'outil avec un dispositif policier. D'autant que ces dernières années, les déclarations du ministère de l'Intérieur sur le sujet ont plutôt nourri les inquiétudes. Ainsi en septembre 2017, sa feuille de route insistait sur sa volonté de se positionner comme "maître d'ouvrage et maître d’œuvre de l'élaboration de solutions d'identité numérique". Deux ans plus tard, dans l'introduction du rapport "Etat de la menace liée au numérique en 2019", Christophe Castaner écrivait : "La liberté justement, voilà tout le paradoxe d'Internet. L'anonymat protège tous ceux qui répandent des contenus haineux et permet à des faux comptes de se multiplier pour propager toutes sortes de contenus (...) Nous devons donc relever le défi de l'identité numérique pour que chaque Français, dès 2020, puisse prouver son identité et savoir avec qui il correspond vraiment".

"Alicem ne crée pas la surveillance généralisée mais elle normalise la reconnaissance faciale dans l'esprit des gens"

Nous n'en sommes pas là : rien ne prévoit d'associer Alicem à un dispositif policier. Et Cédric O comme Jérôme Létier de pointer des "fantasmes". "Faire croire que la sortie dans quelques semaines d’Alicem, où l’on compare une fois une photo et une vidéo, équivaut à de la reconnaissance faciale généralisée, est exagéré", s'est agacé le second. Un point de vue que rejoint Carlos Moreno : "La crainte de la reconnaissance faciale est assez similaire à celle qu'avait, il y a vingt ans, la population générale au sujet de la vidéosurveillance, estime-t-il. Il faut évidemment être très prudent dans le langage comme dans l'expérimentation, pour éviter qu'un raccourci de vérification d'identité ne devienne un outil de contrôle. Mais tant que la reconnaissance faciale reste un simple outil de contrôle formel d'identité, il n'y a que peu de risques".

En fait, le système Alicem ne choque pas tant dans son application prévue à ce stade que dans ce qu'il représente pour le futur. "Alicem ne crée pas la surveillance généralisée mais elle normalise la reconnaissance faciale dans l'esprit des gens", décrypte Benoît Piedallu, membre de La Quadrature du net. "C'est un énième avatar de la vidéosurveillance, dont nous voyons les premiers essais industriels depuis les attentats de 2001", remarque Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS. Pour ce sociologue, spécialiste des politiques de sécurité, le risque de voir le champ d'application d'Alicem dépasser celui de la simple identification est bien réel : "Il y a toujours un risque que, dans deux ou trois ans, une nouvelle vague d'attentats pousse des politiques à demander la connexion de ce fichier aux fichiers de police", avance-t-il. "Dans le contexte post-attentats de 2015, on observe un grignotage régulier des libertés civiles, en particulier sur Internet où, à certains égards, il y a un alignement de facto des pratiques des Etats démocratiques sur celles des régimes plus autoritaires, abonde Julien Nocetti, chercheur associé à l'IFRI. Il ne faut pas être naïf : nous ne sommes pas immunisés à d'éventuelles dérives".

RÉPONDRE AUX ATTENTES DES INDUSTRIELS

D'autant qu'Alicem n'est pas la première incursion de la reconnaissance faciale dans notre espace public. Ces dernières années, à la faveur des expérimentations de smart cities (ou "villes intelligentes"), la technologie s'est peu à peu installée dans l'espace public. Aux aéroports Roissy-Charles de Gaulle et Orly, à Paris, des bornes de contrôle par reconnaissance faciale ont déjà remplacé la lecture des empreintes digitales. A Nice, du 16 février au 2 mars lors de son carnaval, la ville a testé la reconnaissance faciale sur la voie publique avec 5.000 volontaires. Résultat : une mairie ravie, revendiquant "un outil fiable et pertinent" et une Cnil plus sceptique, regrettant "l'urgence dans laquelle ses services ont été sollicités" et des "circonstances n'étant pas de nature à favoriser un travail d'analyse approfondie du dispositif projeté". Invité à Nice, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner s'était pourtant déclaré "très heureux qu'on puisse travailler sur (cette) expérimentation".

"L'Etat doit se protéger de lui-même"

Face au développement des technologies de reconnaissance faciale en France et dans le monde, la volonté de ne pas louper le coche technologique est grande au sein de l'exécutif. Interrogé dans Le Monde sur Alicem, Cedric O a ainsi fait valoir le droit "d'expérimentation" : "Expérimenter est également nécessaire pour que nos industriels progressent". "Comme s'il revenait aux citoyens de répondre aux attentes des industriels", ironise Laurent Mucchielli. Il faut dire que la marge de la reconnaissance faciale est importante. Testée dans la rue à Londres, royaume des caméras de surveillance - plus de 500.000 quadrillent la ville -, la technologie affiche un taux d'erreur de 81% d'après les évaluations d'une équipe de chercheurs de l'Université d'Essex. Des défauts auxquels l'exécutif semble avoir songé, Cédric O proposant, toujours dans son entretien au Monde, "une instance spécifique, composée de membres issus de différentes administrations et régulateurs, sous la supervision de chercheurs et de citoyens", sur la reconnaissance faciale. "L'Etat doit se protéger de lui-même", a-t-il affirmé.

A l'étranger, plusieurs villes ont déjà choisi d'interdire l'utilisation de la reconnaissance faciale par leurs services publics. En mai dernier, la ville de San Francisco, en Californie, en a ainsi interdit l'usage par la police et les agences gouvernementales. Les villes de Sommerville et d'Oakland ont suivi. Et la France devrait en faire autant, estime-t-on à La Quadrature du net : "C'est bien la preuve qu'on peut dès aujourd'hui interdire la reconnaissance faciale, relève Benoît Piedallu. II ne faut pas céder aux sirènes des industriels".

Ne pas céder afin d'éviter les dérives de la reconnaissance faciale, comme le programme de "crédit social" utilisé en Chine. Ce dernier doit permettre au pouvoir central, à l'horizon 2020, de noter et ficher l'ensemble de ses citoyens. Revenant régulièrement dans le débat - encore l'objet d'un documentaire d'Envoyé Spécial le 10 octobre -, le système de surveillance chinois sert justement de repoussoir aux opinions occidentales. En juillet, un article du site spécialisé Wired relevait ainsi notre obsession pour ce qu'il appelle les "représentations exagérées" de l'expérience chinoise, qui peuvent "aider à minimiser les efforts de surveillance dans d'autres parties du monde" : "Parce que la Chine est souvent considérée à la dernière extrémité du spectre, je pense qu'elle déplace le cadre de toute la conversation, analyse Jeremy Daum, directeur du bureau de Pékin de l'école de droit de Yale. De cette manière, tout ce qui est moins invasif que notre version imaginée du crédit social semble acceptable car au moins, nous ne sommes pas aussi mauvais que la Chine". Moins mauvais, ou plus aveugles sur nous-mêmes ?

 

15. oct., 2019

Le Huffpost

07/10/2019

Après l'attaque de la préfecture, l'exécutif sous pression du Parlement

Audition à huis clos, commission d'enquête, questions au gouvernement: tous les outils du Parlement sont mobilisés cette semaine pour "faire la lumière" sur ce qui s'est passé.

Par Astrid de Villaines

 AFPAprès l'attaque de la préfecture, Edouard Philippe soutient son ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner

POLITIQUE - Le Parlement n’entend pas rester les bras croisés face aux “dysfonctionnements” reconnus par Christophe Castaner lui-même, trois jours après l’attaque au couteau qui a fait quatre morts au sein de la préfecture de police de Paris jeudi 3 octobre.

Après avoir écarté de démissionner dimanche sur TF1, le ministre de l’Intérieur va devoir affronter son opposition dans les deux chambres du Parlement bien décidées à se saisir de l’affaire et à faire “toute la lumière” sur ce qui s’est passé lors de cette attaque. 

Castaner devant les députés spécialisés

Dès mardi, la délégation parlementaire au renseignement, organe d’une “extrême discrétion”, selon son président, le sénateur LR Christian Cambon, pour le caractère confidentiel des données qu’elle traite, auditionnera le ministre de l’Intérieur à huis clos.

Les quatre députés et quatre sénateurs qui la composent s’attacheront à faire la lumière sur “l’habilitation secret-défense, la méthode pour déceler la radicalisation, la sécurisation des locaux des centres sensibles et, le plus important, à quelles données avait accès l’assaillant”, détaille, auprès du HuffPost, Christian Cambon.

La droite demande une commission d’enquête

Ces parlementaires pourraient décider de rédiger un “rapport spécial” suite à cette audition et d’autres si nécessaire à destination du Président de la République. “C’est fort probable compte tenu de la gravité des faits et du choc émotionnel”, livre le sénateur du Val-de-Marne.

Voilà pour l’aspect “technique” du contrôle parlementaire. Viendra ensuite l’aspect plus politique. Les députés LR vont demander la création d’une commission d’enquête à l’Assemblée nationale dès mardi lors de la conférence des présidents. Le président du groupe LR à l’Assemblée nationale, Christian Jacob, l’a annoncé samedi à l’AFP.

Lui aussi veut que ça aille vite et espère que cette dernière commencera “ses travaux dans les plus brefs délais”. Si l’Assemblée la lui refusait, ce dernier est prêt à utiliser son “droit de tirage”, possibilité donnée une fois par session pour les groupes minoritaires d’inscrire une commission d’enquête à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale. 

Une résolution en ce sens a déjà été déposée samedi par le député LR Eric Ciotti qui en donne les contours: la commission d’enquête sera chargée “de faire la lumière sur les dysfonctionnements ayant conduit aux attaques commises à la préfecture de Police de Paris le jeudi 3 octobre 2019”. Si elle est acceptée, cette commission d’enquête disposera de six mois pour ses investigations et la publication de son rapport chargé de révéler les dysfonctionnements.

Questions au gouvernement “pointues” 

Entre temps, il y aura également la séance de Questions au gouvernement à l’Assemblée nationale mardi avec sa nouvelle formule de deux heures et un droit de réplique et celles du Sénat mercredi. Nul doute que certains députés en profiteront pour évoquer le sujet. “Elles seront pointues”, prédit le sénateur Cambon, élu depuis quinze ans.

D’autres parlementaires utiliseront les chambres pour continuer de faire pression sur Christophe Castaner. Le député LR Philippe Gosselin, par exemple, plaide pour que le ministre soit entendu “dès ce début de semaine” devant la commission des lois de l’Assemblée. Il attend le feu vert de la présidente de la commission, la députée LREM Yaël Braun-Pivet.

“Ce que veut démontrer le Parlement, c’est que face à une tragédie pareille, nous ne sommes pas au balcon, mais bien à l’action, avec les moyens qui nous sont donnés”, résume Christian Cambon. Le gouvernement n’a plus qu’à affûter ses arguments.  

 

17. juil., 2019

Le Huffpost

12/07/2019

Le Suffren, premier sous-marin conçu pour embarquer des femmes. Emmanuel Macron inaugure ce premier bâtiment de type Barracuda.

Par Alexandre Boudet

Benoit Tessier / ReutersLe Suffren, dernier né des sous-marins français, quelques heures avant son inauguration par Emmanuel Macron ce vendredi à Cherbourg.

ARMÉE - Elles pourront embarquer pour 70 jours à 350 mètres de profondeur. Elles feront alors partie des 63 membres de l’équipage du Suffren, un sous-marin nouvelle génération qu’Emmanuel Macron inaugure ce vendredi 12 juillet à Cherbourg, et qui devrait prendre la mer en 2020. L’armée en disposera bientôt de six, tandis que l’Australie en a achetés douze.

Pour la première fois, un sous-marin a été imaginé dès sa conception pour recevoir un équipage mixte. “Pour qu’un bâtiment soit féminisé, il faut que des postes puissent être 100% réservés aux femmes, c’est-à-dire là où les marins dorment et là ou elles se douchent”, explique au HuffPost un porte-parole de la Marine nationale. 

Une féminisation anticipée dès la conception

Tous les navires militaires sont désormais conçus comme cela, mais il a fallu attendre 2014 pour que le gouvernement (en l’occurrence le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian) accepte d’ouvrir les sous-marins à des femmes. “C’est pour cela que l’on a pu anticiper et préparer cette hypothèse sur le Suffren, y compris les lieux de vie”, reprend notre interlocuteur.

Le bâtiment inauguré par le chef de l’État sera donc le premier sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) à accueillir des femmes. Depuis juillet 2018, et selon le ministère des Armées, six femmes ont déjà pris part à deux patrouilles. Les pionnières qui ont suivi une sélection et une formation longue de deux ans ont immergé à bord du Vigilant: Karen, cheffe de service réacteur, Harmonie, adjointe au chef du service sécurité plongée, Camille, adjointe au chef du service sous la mer, et Pauline, médecin.

Mais ces patrouilles ont eu lieu à bord de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, ou SNLE, dont l’habitacle plus vaste s’y prêtait davantage.

La fin du périscope

Avec le Suffren, l’armée française change de dimension. “On passe de la 207 à la Formule 1”, se félicite le capitaine de vaisseau Bertrand Dumoulin, porte-parole de la Marine. Il compare le sous-marin à “une base avancée secrète et immergée pour les nageurs de combat et leur équipement, dont un mini-sous-marin”.

Ses missions? Protection de bâtiments précieux comme le Charles-de-Gaulle, recueil du renseignement au plus près de côtes ennemies mais aussi -et c’est une nouveauté pour un SNA- la “frappe contre terre” grâce au missile de croisière naval (MdCN) d’une portée de 1000 km, que le Suffren pourra tirer par salve de quatre et le déploiement des forces spéciales.

Pour remplir ses objectifs, le Suffren se doit d’être parfaitement discret, y compris au niveau du son. “On en attend une discrétion presque 10 fois supérieure aux sous-marins actuels”, indique Bertrand Dumoulin. Plus discret, le sous-marin sera aussi moins vulnérable. Cela passe par la disparition du fameux périscope. Pour voir ce qu’il se passe à la surface, le long tube traversant la coque disparaît au profit d’un mât optronique “non pénétrant” doté de caméras. Les images sont retransmises sur les écrans du poste où sont gérés la navigation et les opérations.