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7. oct., 2019

Si vous voulez visionner l' article intitulé : "40 % des espèces d' arbres menacées d'extinction en Europe "; cliquer ici .

4. oct., 2019

L'écoféminisme

28/09/2019

Avec l'écoféminisme, l'avenir des femmes et de la planète n'a jamais été aussi lié. Né dans les années 70-80 aux États-Unis, ce mouvement encore méconnu qui lie les luttes pour les droits des femmes et contre le réchauffement climatique, doit se faire entendre.

Par Marine Le Breton

ÉCOLOGIE - Quel est le point commun entre la lutte contre le réchauffement climatique et celle pour les droits des femmes? L’écoféminisme. Encore méconnu en France, ce mouvement mérite pourtant d’être mis en lumière, d’autant plus que, le dernier rapport du Giec sur les océans le montre, tout s’accélère et que Greta Thunberg a bien des raisons d’être en colère

Si la jeune suédoise n’a d’ailleurs pas employé elle-même ce concept, elle a toutefois avancé, à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes le 8 mars dernier, l’existence d’un lien profond entre le féminisme et l’écologie. 

“Plus je lis sur la crise du climat, plus je réalise à quel point le féminisme est crucial”, avait-elle écrit sur Twitter. “Nous ne pouvons pas vivre dans un monde durable sans égalité entre les genres et les personnes.”

L’écoféminisme est plus un mouvement de pensée qu’un courant pratique. Ce n’est pas tant des solutions à la crise environnementale qu’il offre, que la possibilité de repenser la manière dont certains grands problèmes dans ce monde sont plus liés qu’on ne le croit, et d’affirmer que les femmes ont un grand rôle à jouer dans la lutte pour le climat.

Qu’est-ce que l’écoféminisme ?

C’est une écrivaine française, Françoise d’Eaubonne, qui la première a introduit ce terme de “féminisme écologique” en 1974 pour “attirer l’attention sur le potentiel des femmes à mener une révolution écologique”, note l’encyclopédie de l’université de Stanford. Ce concept, à l’origine, devait permettre “d’explorer la nature des connexions entre les dominations injustifiées sur les femmes et la nature” et, plus généralement, montrer que le patriarcat et le capitalisme oppressent tout autant la nature que les femmes.

“La thèse fondamentale de l’écoféminisme, c’est de soutenir qu’il y a des liens indissociables entre domination des femmes et domination de la nature, ou entre capitalisme écocide et patriarcat. Que ce sont les deux facettes de la même médaille, du même modèle de civilisation qui s’est imposé historiquement”, explique auprès de Slate la professeure de philosophie spécialiste du sujet Jeanne Burgart Goutal. 

Comment ce mouvement est-il né ?

Si le concept vient d’un esprit français, le mouvement, lui, est né aux États-Unis et au Royaume-Uni dans les années 70-80 avec notamment la menace d’une guerre nucléaire.

L’Amérique de la fin des années 70 est agitée par plusieurs mouvements sociaux et c’est dans ce contexte que naît une convergence des luttes entre les féministes et ceux chez qui émerge une conscience environnementale.

“Des femmes impliquées dans le mouvement féministe et qui étaient liées à d’autres militantismes, le pacifisme, le mouvement anti-nucléaire, se mobilisent à l’occasion de catastrophes nucléaires ou de scandales sanitaires liés à l’environnement, et créent les premiers groupes écoféministes, comme Women and life on Earth”, souligne Jeanne Burgart Goutal, cette fois pour Usbek & Rica.

En 1980, une action clé de ce courant pacifiste, antinucléaire, féministe, voit le jour quand 2000 femmes entourent le Pentagone et s’enchaînent à ces grilles. Certaines, déguisées en sorcières, s’amusaient même à jeter des sorts.

Quel est le rapport entre climat et droits des femmes ?

L’un des concepts forts de l’écoféminisme est celui du “reclaim”, qu’on peut définir comme un mouvement de réinvention et réappropriation. Il caractérise à la fois une réinvention de l’histoire, de la nature, et à la fois une réhabilitation de ce qui est habituellement caractérisée de “féminin” et qui a longtemps été associé uniquement aux femmes.

Il faut savoir, avant toutes choses, que globalement, les femmes sont plus vulnérables aux conséquences du réchauffement climatique que les hommes. “Sécheresses, désertification, inondations sont aussi autant de menaces sur les activités agricoles dont les femmes ont majoritairement la charge, alors même qu’elles produisent dans certains pays jusqu’à 80 % de l’alimentation. Quand une catastrophe naturelle frappe une région, le risque de décès est 14 fois plus élevé pour les femmes”, selon l’ONU.

Le reclaim, c’est donc d’une part se réapproprier la place des femmes dans le monde. Interviewée par Télérama, La philosophe Émilie Hache, qui a publié un recueil de textes du même nom, explique que ce concept signifie à la fois “réhabiliter, se réapproprier, réinventer. Il y a une volonté, un besoin de reconstituer et de se réapproprier notre histoire volée. Les écoféministes se demandent ce qui s’est passé pour qu’on en arrive là (...) Ces femmes font le lien entre la destruction du monde sensible et la violence faite aux femmes causées par le capitalisme.”

Mais le reclaim de l’écoféminisme, c’est aussi la tentative de se réapproprier des activités qualifiées de féminines et bien trop souvent dénigrées, comme le soin apporté aux enfants, au corps, à l’alimentation, le rapport aux plantes ou à la sensibilité. “Elles disaient que ces activités étaient des activités humaines importantes, qui avaient été assignées aux femmes et dénigrées, mais devaient être permises à tous et toutes”, avance Jeanne Burgart Goutal pour Slate.

Ce pan de l’écoféminisme a été loin de plaire à toutes, certaines féministes souhaitant au contraire s’extraire d’un tel lien avec la nature et notamment avec la capacité à enfanter, qui seule ne les définit pas. C’est l’une des raisons pour lesquelles, dans les années 80, l’écoféminisme n’a pas pris en France.

Quels problèmes pose cette association entre féminisme et écologie ?  

Faire reposer l’avenir de la planète sur les épaules des femmes, n’est-ce pas alourdir leur charge mentale? La journaliste Nora Bouazzouni, autrice de Faiminisme, s’interroge sur Slate sur la compatibilité entre féminisme et écologie.

Elle rappelle qu’en plus d’être les premières victimes du réchauffement climatique, elles sont aussi celles qui, au sein des foyers, ont le plus de charge mentale. Une charge mentale à laquelle s’ajoute, de par la conscience écologique, une “charge morale”.

“Décrypter les étiquettes, faire la chasse aux ingrédients problématiques ou dangereux dans les produits d’hygiène, alimentaires et ménagers, finir par fabriquer de guerre lasse son propre déo et son nettoyant multi-usages, faire ses courses dans trois endroits différents, coudre ou chiner ses vêtements, parcourir le web à la recherche de recettes et astuces de grand-mère, préparer des vacances zéro carbone…Tout ça représente un surcroît de travail dévolu, encore une fois, aux femmes, des activités chronophages et épuisantes mentalement et physiquement, mais exécutés au nom des générations futures”, écrit-elle entre autres.

Si les femmes doivent sauver la planète, il faudrait alors les inclure dans les “institutions politiques et économiques”, pour qu’elles ne soient pas à nouveau reléguées uniquement au “soin” (du foyer, de la famille).

La question reste de savoir ce que peut faire l’écoféminisme pour sauver le monde. Sur le plan théorique, peut-être pas grand chose, mais selon Jeanne Burgart Goutal, il a au moins le mérite de rappeler que le politique, c’est aussi “inventer un possible à partir d’une situation où plus rien ne paraît possible”.  

 

12. août, 2019

Français de l’étranger.fr

Changement climatique : un nouveau rapport du GIEC alarmiste

Publié le 11 août 2019 Par Nathalie Laville

Le climat de Canberra à Paris, de Madrid à Londres, de Budapest à Stockholm en 2050, et ça c’est pour la version optimiste des chercheurs de l’université ETH-Zurich qui ont choisi de travailler sur des modèles où la hausse de la température moyenne du globe à 1,4°. Et le GIEC (le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) lui vient tout juste de publier un rapport où il cherche à faire prendre conscience des enjeux du réchauffement climatique. En effet, les experts de l’ONU avertissent sur la surexploitation des ressources, qui menace la sécurité alimentaire, appauvrit la biodiversité et amplifie les émissions.
La France salue « ce rapport qui décrit les impacts du dérèglement climatique déjà observés sur les écosystèmes terrestres naturels et la façon dont le changement climatique va continuer à amplifier les pressions actuelles, aggravant les ravages sur la végétation et la perte de biodiversité, étendant les dommages causés par les incendies, accélérant la dégradation des terres, exacerbant l’érosion des sols, les pénuries d’eau et les menaces sur la sécurité alimentaire. »
Pour Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, « ce nouveau rapport du GIEC porte un message puissant. La hausse des températures sur les terres émergées est bien plus rapide que celle de la température moyenne mondiale avec des impacts très forts qui bouleversent les écosystèmes, la biodiversité et la sécurité, non seulement alimentaire mais également mondiale. Dans le prolongement du rapport sur un réchauffement mondial de 1,5°C, adopté en octobre dernier, ce travail des scientifiques constitue un nouvel appel urgent à l’action individuelle et collective pour prendre à bras-le-corps la crise du climat et de la biodiversité. Il souligne la pertinence des solutions fondées sur la nature pour mener ces combats. Il éclairera les décisions prises à l’occasion des prochaines grandes échéances internationales, la COP14 sur la désertification en Inde en septembre 2019, le sommet des Nations unies sur l’Action climatique le 23 septembre, la COP25 sur le climat au Chili en décembre 2019 et la COP15 sur la biodiversité en Chine fin 2020. »

 

15. janv., 2019

 

Climat : «Quand les gouvernants nous font défaut, nous nous rebellons»

Aude Massiot , le 08/01/2019

Né en octobre en Grande-Bretagne, le mouvement citoyen «Extinction Rebellion» revendique une nouvelle façon de lutter pour la protection de la planète et, fort de son succès, émerge dans d'autres pays.

Tous les jours, retrouvez le fil vert, le rendez-vous environnement de Libération. Aujourd’hui, c’est la règle de trois : trois questions à un scientifique ou un activiste pour décrypter les enjeux environnementaux.

On pourrait les croire inspirer de la Guerre des étoiles. Avec leur slogan «Rebel for life» («rebellez-vous pour la vie») le mouvement écocitoyen Extinction Rebellion, lancé officiellement le 31 octobre en Grande-Bretagne, a rapidement fait des dizaines de milliers d’adeptes sur les réseaux sociaux. Rencontrée lors de la COP 24 en décembre, Alice Henries, 32 ans, une des porte-parole, tente d’expliquer les raisons de ce succès.

Quelle est l’originalité de votre mouvement environnementaliste ?

C’est un soulèvement de désobéissance civile non-violent mené par des citoyens comme vous et moi, qui ne dépendent pas de grandes ONG. Nous sommes entrés en rébellion contre le gouvernement britannique pour son inaction criminelle face au changement climatique. En quelques mois, nous avons vu une hausse énorme des sympathisants. Près de 100 000 personnes nous suivent sur les réseaux sociaux. Il y a un vrai appétit pour l’énergie que nous déployons.

Ce qui plaît c’est que nous ne voulons pas agir de la façon dont le système nous le permet. Nous ne faisons pas signer des pétitions, on a fait ça pendant des décennies. On utilise des actions directes créatives pour ébranler les autorités. Extinction Rebellion n’est qu’une partie de ce mouvement de désobéissance qui s’étend à travers la planète. On le voit avec la grève des enfants lancée par la jeune Greta Thunberg en Suède. C’est une énergie incontrôlable. Ce soulèvement est inévitable avec un tel manque de leadership du haut vers le bas. Quand les gouvernants nous font défaut, nous nous rebellons.

Votre mouvement est-il basé sur la perspective d’un possible futur effondrement des équilibres écosystémiques et climatiques ?

Oui, une de nos principales demandes aux décideurs est la vérité. Une discussion continue doit être ouverte à travers la société, entre les gouvernants, les citoyens et le secteur privé pour donner à voir la réalité de la crise écologique. Il est encore temps d’échapper à l’effondrement et nous devons forcer les gouvernements à nous protéger car ils ne le font pas pour l’instant. Nous connaissons les dangers du dérèglement climatique. Seulement, c’est difficile d’appréhender les souffrances provoquées à travers des chiffres, des rapports. Nous faisons face à une crise existentielle avec cette sixième extinction de masse causée par l’humanité. Nous avons besoin de ressentir ce que cela signifie et d’entrer dans une période de deuil pour qu’en émergent des actions.

Est-ce que vous avez des demandes spécifiques envers le gouvernement britannique ?

La rébellion exige premièrement qu’on nous dise la vérité, et, deuxièmement, qu’on atteigne zéro émission de gaz à effet de serre d’ici 2025. Personne, pour l’instant, ne vise une telle ambition mais c’est ce dont nous avons besoin. De manière urgente. En parallèle, nous créons des assemblées citoyennes dont les débats doivent servir à établir quels systèmes nous voulons pour remplacer l’actuel qui a failli. Ce ne sont pas des demandes simples comme veulent les ONG. Ce dont on a besoin est beaucoup plus vaste que ce que disent les gens publiquement. On veut une révolution systémique. Et c’est extraordinaire de voir l’appétence pour ce message. Depuis le 31 octobre, des groupes dans 35 pays ont déclaré vouloir créer des branches d’Extinction Rebellion, dont la France.

 

25. janv., 2018

 «Emmanuel Macron n’est pas un président écolo», clament Benoît Hamon et Noël Mamère dans un entretien exclusif

 INTERVIEW Benoît Hamon et Noël Mamère, qui vient de rejoindre le conseil politique de Génération.s, répondent à nos questions sur l’écologie…

Propos recueillis par Laure Cometti et Thibaut Le Gal

Publié le 12/12/17 à 20h18 — Mis à jour le 13/12/17

 

Benoît Hamon et Noël Mamère, montage. — Montage 20Minutes. Photos JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP et

« Tiens, voilà le journaliste du Média », taquine Benoît Hamon à l’arrivée de Noël Mamère. L’écologiste vient de rejoindre la coordination politique provisoire de Génération.s, le mouvement de l'ancien candidat socialiste. Nucléaire, Notre-Dame-des-Landes, Nicolas Hulot, One Planet Summit… Les deux hommes ont répondu aux questions de 20 Minutes sur l’écologie, priorité de ce nouveau mouvement.

Noël Mamère, pourquoi avoir rejoint Génération.s et ne pas être revenu vers EELV ?

Noël Mamère : Je suis membre de la coordination politique provisoire de Génération.s. C’est la suite logique de ce qui s’est passé à la présidentielle. Notre candidat [ Yannick Jadot] a renoncé pour s’effacer derrière Benoît Hamon, qui était le premier dans la gauche traditionnelle à intégrer la problématique de l’écologie. Je reste convaincu qu’il y a un espace politique à faire prospérer entre Macron et Mélenchon. Les écologistes ne se refonderont pas tout seuls.

Benoît Hamon, pourquoi l’écologie a-t-elle pris cette place cruciale dans votre matrice politique ?

Benoît Hamon : Ce ne serait ni réaliste ni raisonnable de tourner le dos ou de faire semblant en matière de protection de l’environnement. Avant de se préoccuper de la dette financière, il faut se préoccuper de la dette écologique. La première se rembourse, se rééchelonne, voire s’annule. Personne ne peut annuler la dette écologique. On ne peut pas dire : « il n’y a plus problème de fonte des grands glaciers ». Personne ne peut reconstituer, du jour au lendemain, les 80 % d’espèces d’insectes disparues.

L’attitude de Trump et l’attitude de Macron ne sont pas raisonnables. Le premier refuse le sommet climat. Le second refuse de mettre l’argent nécessaire à la lutte contre le réchauffement. Aujourd’hui, le réalisme c’est de tourner le dos aux politiques néolibérales, aux politiques d’austérités, et d’orienter une partie des milliards d’euros injectés chaque mois par la Banque centrale européenne dans l’économie européenne, vers la transition écologique et l’essor des énergies renouvelables.

Quelles sont les priorités de Génération. s en matière d’écologie ?

Benoît Hamon : Imaginer qu’on va pouvoir fonder l’avenir radieux de l’humanité sur une croissance matérielle infinie dans un monde fini est une absurdité sans nom. Donc il faut penser un modèle de développement qui ne renonce pas à la prospérité, sans pour autant la fonder sur une croissance des biens matériels infinie. Ce tournant doit se faire au niveau européen. Et la France pourrait en être la force motrice. Vu l’impasse du projet européen, la question énergétique et la question écologique peuvent être le moyen de fédérer à nouveau l’Europe.

La souveraineté énergétique européenne n’existe pas aujourd’hui, puisque nous sommes dépendants de ressources extérieures à l’Europe comme les combustibles fossiles ou l’uranium. Pour enrayer les pires scénarios en matière de réchauffement climatique, notre contribution ne peut être qu’européenne. A quoi servirait-il d’être vertueux seuls, sans les autres Européens ? Nous devons viser la conversion écologique de l’économie européenne car c’est la seule échelle pertinente pour proposer une contribution significative à la lutte contre le réchauffement.

Noël Mamère : Il y a un lien indissociable entre les questions posées par l’écologie et la question sociale. Sur des sujets aussi importants que le transport, l’énergie, la fiscalité, l’harmonisation sociale, vous ne pouvez pas mener de politique de transition énergétique si vous ne réunissez pas dans une même entité politique ces éléments.

Sur le glyphosate ou le Ceta, les Etats membres de l’Union européenne sont plutôt frileux en matière d’écologie. Votre programme écologique n’est-il pas difficile à inscrire dans le cadre européen ?

Noël Mamère : Chez les écologistes, ça fait 40 ans qu’on se bat pour une Europe fédérale, qui arriverait à s’imposer à l’égoïsme des Etats. Aujourd’hui, nous avons une Europe intergouvernementale. Regardez l’Allemagne, sur le glyphosate. Elle était prête à s’abstenir, mais comme [le chimiste allemand] Bayer s’est associé à Monsanto [géant américain de l’agrochimie], et qu’il y a des intérêts économiques importants, elle a fait basculer la décision sur les cinq ans [de prolongation de la licence d'utilisation de l'herbicide]. Il y aurait eu une Europe fédérale, le glyphosate aurait pu être interdit.

Benoît Hamon : Des instruments existent déjà. Prenons l’exemple d’importations de produits sur le territoire français. Il y a déjà un article sur le traité du fonctionnement de l’Union européenne qui permet de dire « nous ne voulons pas que ce produit entre sur le territoire dès lors qu’il comporte à nos yeux une menace pour la santé publique ». Ce que je dénonce, c’est l’absence de volonté politique. On se cache derrière des traités ou des arguments juridiques pour ne pas avancer.

Quand il y a eu l’interdiction du bisphénol A, on nous servait les mêmes arguments que pour le diesel ou le glyphosate. Sur la plupart des grands sujets, les lobbies et les acteurs privés font le droit. Il n’est qu’à regarder le dernier rapport produit par la commission européenne sur le glyphosate dont des pages entières étaient recopiées d’une étude de Monsanto. Je vois bien le mirage de la sortie de l’Europe en disant « il n’y aura pas de traités avec les Américains ni avec les Canadiens ». Si cette Europe-là effraie, je ne vois cependant aucun avantage significatif à la quitter.

Benoît Hamon, comment remporter ce rapport de force au niveau européen ? Au Mans, vous avez évoqué un retrait du jeu. Beaucoup, dont Jean-Luc Mélenchon, ont interprété cela comme une ouverture à un « plan B », c’est-à-dire une menace de sortir des traités européens. Est-ce le cas ?

Benoît Hamon : Cela peut être la politique de la chaise vide du général de Gaulle…

Ce n’est donc pas un plan B ?

Benoît Hamon : Non. Mais pour rompre avec le néolibéralisme, il faudra des rapports de force. Il y aura sans doute des crises, mais nous pensons totalement vain est absurde de dire : « on va s’en aller si jamais on obtient pas ce qu’on veut ». Nous nous battrons farouchement dans les institutions européennes pour obtenir des compromis satisfaisants, et ne pas se coucher comme on le voit aujourd’hui.

Emmanuel Macron est le président du greenwashing. Ces opérations de communication visent à masquer la réalité de sa politique »

Le One Planet Summit à Paris vise à mobiliser les acteurs de la finance et les intérêts privés pour financer des politiques de défense de l’environnement. Est-ce la preuve d’une défaillance des Etats ? Peut-on faire confiance aux intérêts privés pour protéger la planète et ses ressources ?

Noël Mamère : Ceux qui disent que les acteurs privés ne comptent pas dans la lutte contre le réchauffement climatique sont irresponsables. C’est évidemment par l’intermédiaire des grandes entreprises et des grandes industries principalement polluantes qu’on réussira à réduire les effets du réchauffement climatique. Mais pour autant, doit-on déléguer cette mission aux entreprises ? La réponse est non. Est-ce que Total sera crédible quand il dira qu’il va s’engager dans les énergies vertes alors même qu’il vient de contribuer à 25 % au complexe gazier de la péninsule de Yamal pour extraire du gaz de l’Arctique ?

Nous ne sommes pas libéraux et croyons en un Etat régalien capable de contrôler, d’inciter, punir. Croire que ce sommet, qui est une grande opération de communication, va résoudre le problème… Malheureusement je donne plus de crédit au rapport publié en octobre par l’ONU environnement qui nous dit que l’écart entre les engagements pris à la Cop21 et la réalité est catastrophique.

Benoît Hamon : Emmanuel Macron a fait un « grand discours », mais c’est un mauvais payeur : en rabotant la taxe sur les transactions financières, il prive la lutte contre le réchauffement d’une ressource possible de plusieurs milliards d’euros. Ce n’est ni sérieux ni raisonnable. Le président de la République fait preuve d’une grande hypocrisie. On ne peut évidemment pas se passer des acteurs privés dans la lutte contre le réchauffement mais quand les acteurs publics ne sont pas exemplaires, quelle est leur crédibilité ?

Emmanuel Macron a une chance. Trump est tellement épouvantable que par contraste, il apparaît très écolo. La réalité est qu’Emmanuel Macron n’est pas un président écologiste. Nous venons d’abandonner la filière hydroélectrique, nous ne faisons rien sur l’éolien ou si peu, nous sommes en retard sur les énergies renouvelables et nous refusons de donner un calendrier pour la fermeture des centrales nucléaires.

Noël Mamère : C’est le président du greenwashing. Ces opérations de communication visent à masquer la réalité de sa politique.

Vous soutenez l’objectif de 50 % d’énergie renouvelable dans le mix énergétique français dès 2025. Nicolas Hulot assurait à 20 Minutes vendredi que ce scénario n’est pas réaliste…

Noël Mamère : Je ne remets pas en cause la sincérité de Nicolas Hulot. Sa position ne peut être défendue qu’à une condition : c’est que dans le plan pluriannuel pour l’énergie, on fixe une date précise sur la sortie du nucléaire. Tant qu’on n’aura pas cette date, on peut considérer qu’il s’agit bien d’un recul. Le problème dans ce pays c’est que ce ne sont pas les politiques qui décident de la politique énergétique mais EDF, c’est-à-dire une caste d’Etat qui s’appelle le corps des ingénieurs des mines.

Benoît Hamon : Je continue à avoir du respect pour Hulot. Il a voté pour moi. Il a bien lu mon programme, construit sur des hypothèses crédibles. Hulot a beau jeu de dire qu’il a ralenti la sortie du nucléaire pour prioriser la lutte contre le réchauffement climatique. Son problème, c’est que le gouvernement n’est pas exemplaire sur les autres dossiers. Ou sont les autres engagements ? 2040 [pour la fin des véhicules essence], 2050 [pour la neutralité carbone] dans le cadre de son Plan climat ? La France deviendra vertueuse quand ce sera trop tard. On est dès aujourd’hui dans le scénario catastrophe.

Le rapport des experts sur la construction de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes est remis mercredi. Peut-il servir à sortir de l’impasse ?

Benoît Hamon : Je pense que le gouvernement va abandonner ce projet. L’aéroport Notre-Dame-des-Landes est un projet qui ne convainc pas et crée désormais trop de désordre. Aujourd’hui, l’intérêt général commande de passer à autre chose et de penser le développement des Pays de Loire selon des modalités nouvelles.

Noël Mamère : Les expertises indépendantes ont montré que l’aéroport de Nantes n’est pas saturé, qu’il est possible d’y réaliser une extension. Si la construction était décidée à Notre-Dame-des-Landes, c’est qu’il y aura eu une formidable pression des élus et des lobbies, comme Vinci, qui a des intérêts énormes dans cette affaire. Ce serait alors très difficile pour Nicolas Hulot de rester au gouvernement. Mais ce n’est pas à moi d’en décider.