7. déc., 2015

Île rouge-feu : brasier, brûlis, bûcher

CHRONIQUE DE VANF: Île rouge-feu : brasier, brûlis, bûcher

 

Qu’est-ce que Madagascar va bien pouvoir raconter à COP21 ? À bord d’un petit avion, qui ne va pas trop vite et qui ne vole pas trop haut, entre Antananarivo et Toamasina, on se rend dramatiquement compte de l’étendue de notre gâchis écologique. Au milieu de nulle part, ici et là, une, deux, dix, cent, mille, trouées dans la forêt. La roche affleure déjà au sommet, les flancs de collines se dégarnissent, et les derniers lambeaux de végétations semblent une coulée de lave figée dans les replis des courbes d’altitude basse.

 

J’imagine cette nature telle qu’avaient pu la connaître les dinosaures colossaux d’il y a plusieurs millions d’années. Les petites mains de l’homme lui sont autrement plus dévastatrices depuis à peine dix siècles. Là-bas, en bas, je suppose les rizières envasées, et les rivières ensablées par l’érosion et toute cette bonne terre que la pluie, qui va en s’aménuisant faute d’humidité, emportera à la mer, et avec elle, les promesses de récoltes désormais fantasmées.

 

«Nous n’avons pas de palace, mais notre nature est cinq étoiles», proclamait la publicité d’Air Madagascar, il y a encore vingt ans (encart dans Jureco, numéro 104, d’août 1995 faisant foi). Il semble que cette Nature cinq étoiles et Air Madagascar aient glissé sur la même pente. Qu’en reste-t-il ? Des plaies béantes au coeur de la forêt. On continue de couper les arbres sans prendre la peine d’en replanter. On se contente d’une démarche de prédation alors que, oui, la forêt est une ressource mais qu’il s’agit de gérer de manière rationnelle et intelligente. Et on se prend à rêver d’une opération «Le domaine des dieux», une aventure d’Astérix dans laquelle le druide gaulois a inventé un gland magique qui reconstitue immédiatement la forêt alors que les Romains ont juste fini de bâtir une ville. Parce que nos petites, mais ô combien médiatiques, campagnes de reboisement sont tout simplement ridicules face à l’ampleur de la destruction.

 

Un ravage dont l’intensité n’a d’égal que dans la même pratique funeste de la culture sur brûlis en Indonésie. Un héritage que l’on aurait pu laisser à Kalimantan-Bornéo, île du dialecte maanyan extraordinairement proche de la langue malgache, ou à Sumatra, autre île que l’on a pu rapprocher du mot «Raminia» (une autre Chronique trouvera prétexte à y revenir).  

 

Cette technique agricole primitive (et illégale) enfume ces deux îles d’Indonésie, mais également la Malaisie et Singapour où les écoles avaient dû être fermées en octobre 2015. Des avions de touristes n’avaient pas pu attérir dans le Sud de la Thaïlande à cause d’une visibilité tombée à moins de 400 mètres. Les spécialistes craignent que le phénomène météorologique El Nino, courant chaud provoquant une sécheresse accrue, n’accentue les feux de forêts. L’Indonésie vient accepter l’aide internationale pour lutter contre les feux de forêts : des bombardiers d’eau venus de Malaisie, de Singapour, du Japon ou de la Russie, pour prêter main forte aux 20.000 pompiers indonésiens.

 

Pour quelles broutilles déjà, Madagascar négocie sans cesse des aides à l’international ? On peut s’interroger s’il existe un péril plus grand et plus urgent que ce génocide de la Nature pour le futur, sinon l’existence même, de la population malgache. Madagascar, île rouge-feu, un brasier climatique, un brûlis paysager, un bûcher suicidaire.