16. déc., 2015

CHRONIQUE DE VANF: à la revoyure

Avant la série des discours présidentiels, le sommet climatique COP 21 avait débuté par une prise de contact entre les techniciens de chaque partie prenante. Et, sauf erreur de ma part, mais je crois bien avoir entendu le mot «revoyure» pour nous faire comprendre que, comme tout le monde s’y était préparé, il n’y aura pas de miracle à l’issue de COP 21 et qu’il va encore falloir se revoir pour d’autres marchandages.

 

J’ignorais que le mot «revoyure» était devenu une clause («les parties signataires conviennent de se revoir»), ou une formule juridique («la clause de revoyure est une formule par laquelle l’Exécutif s’engage devant le Parlement à réexaminer des dispositions législatives ou réglementaires au terme d’une période d’expérimentation»).

 

J’ai souvenance du mot «revoyure» comme d’une tournure facétieuse, comme tout ce qui tient de mes diverses lectures (Alphonse Daudet, Jean Giono, Marcel Pagnol, surtout Marcel Pagnol) à propos de la joyeuse Provence. Un «pays» qu’on situe volontiers à part, avec son accent qui n’existe qu’au révélateur de celui des Parisiens. Un «pays» qui aime se singulariser avec des mots et des formules d’une connivence qui est déjà transgression du français de l’instruction publique. Mais, nous, lecteurs venus de loin et d’ailleurs, aimons nous émerveiller de ces cailloux précieux : pécaïre, peuchère, escagasser, adessias, et donc «à la revoyure».

 

À la revoyure : c’est se retrouver joyeusement, à la prochaine galéjade. Un mot familier, presque dialectal. Marque de reconnaissance d’une tribu, en somme. Une tribu irréductible qu’on s’imagine se foutre de tout. Ce n’est pas exactement cette légèreté que j’imagine présider aux très sérieuses réflexions des techniciens réunis à COP 21.

 

Sur l’île-continent Madagascar, on vit déjà le changement climatique. Les hautes terres centrales, autrefois climat montagnard en pays tropical, subissent désormais un soleil brûlant. Les anciennes plages de villégiature sont progressivement, mais inéxorablement, rognées par la montée du niveau de la mer. Des pans urbains, comme ceux de Toamasina ou de Morondava, sont dangereusement pieds dans l’eau.

 

L’objectif, qu’on savait réalisable mais difficile à mettre en oeuvre sans «mesure contraignante», était un plafond de 2 degrés celsius supplémentaires. Il semble, le conditionnel étant de rigueur pour tous ces calculs sur lesquels nous n’avons aucun contrôle, il semble donc que la réalité serait déjà plus proche d’un réchauffement global de +3. Les petits pays insulaires sont authentiquement en voie de disparition.

 

Sommet de la dernière chance ? Le premier «Sommet de la Terre», à Rio de Janeiro, en 1992, ne l’était-il pas déjà, de la dernière chance ? Mais, de cet enjeu d’Humanité, nous n’avions pas su transcender nos intérêts nationaux divergents. Le groupe des 77, qui compte en réalité 130 pays, peut faire l’économie révolutionnaire du stade de pollution industrielle à l’oeuvre en Occident depuis le XVIIIème siècle, en Europe de l’Est depuis 1945, en Chine depuis qu’elle est devenue l’usine du monde. Passer de l’agriculture à zéro émission carbone directement aux énergies renouvelables, bâtir une nouvelle économie qui capte le dioxyde de carbone plutôt que d’en saturer l’atmosphère. Un nouveau paradigme, comme on aime à le dire. Mais, comment, et surtout combien pour ce saut technologique d'Humanité ?