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23. févr., 2016

Dounia Bouzar renonce à sa mission sur la dé radicalisation pour protester contre la déchéance

 

Le Monde.fr | 11.02.2016 à 18h55 • Mis à jour le 11.02.2016 à 19h55

 

http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/02/11/dounia-bouzar-renonce-a-sa-mission-sur-la-deradicalisation_4863906_3224.html

La mission de Dounia Bouzar sur la dé radicalisation va prendre fin. Le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam (CPDSI), dirigé par la très médiatique chercheuse, a annoncé, jeudi 11 février, son intention de renoncer au contrat qui le lie avec le gouvernement.

 

« Le CPDSI a décidé de refuser son renouvellement tacite de mandat » qui arrive à son terme au mois d’avril 2016, écrit l’association dans un communiqué, justifiant sa décision par son opposition à la proposition de loi sur la déchéance de nationalité, qui, explique-t-elle, « crée un contexte politique défavorable à l’entreprise pédagogique et scientifique pour prévenir la radicalisation ».

 

Idéologie et calculs politiques

 

Le CPDSI déplore qu’avec cette proposition d’inscrire la déchéance de nationalité dans la Constitution, votée mercredi soir par l’Assemblée nationale, le ministère de l’intérieur ne construise plus sa politique sur des « réalités de terrain » mais « sur de l’idéologie ou des calculs politiques électoralistes. »

 

Le CPDSI est subventionné par l’Etat depuis le mois de mars 2014 afin de participer à l’analyse du phénomène de radicalisation chez des jeunes, sous la houlette du préfet Pierre N’Gahane, secrétaire général du Comité interministériel pour la prévention de la délinquance.

 

En avril 2015, l’association avait été missionnée par le ministère de l’intérieur, à la suite d’un appel d’offres, en tant qu’équipe mobile d’intervention auprès de familles ayant appelé le numéro vert de l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat). Sa mission s’achève en avril 2016.

 

Théorie de l’emprise sectaire

 

Dounia Bouzar, habituée des plateaux de télévision, défend la thèse selon laquelle les jeunes gens qui se radicalisent ne sont pas exclusivement issus de l’immigration ou « sans espoir social ».

 

« C’est un mensonge ou une grande incompétence que de faire croire aux Français qu’il ne s’agit que d’un problème d’immigration ou de musulmans », affirmait Dounia Bouzar dans une tribune au Monde à la fin de 2015. Elle y fustigeait déjà la proposition du gouvernement sur la déchéance de nationalité.

 

La chercheuse estime plutôt que les « recruteurs » usent, sur le Net, de « techniques des dérives sectaires » : isolement puis rupture avec les proches ; dépersonnalisation ; théories du complot.

 

Cette approche est critiquée. La théorie de l’emprise sectaire « est un refus de comprendre, selon Olivier Roy, professeur à l’Institut universitaire européen de Florence. C’est nier à quelqu’un la raison de son action. Ces jeunes sont volontaires. Ce sont eux qui vont chercher sur des sites. »

 

« Construire une école de déradicalisation »

 

Sur son site, le CPDSI écrit que sur 711 jeunes « en cours de suivi » en 2015, 30 % sont « en cours de désembrigadement ». Un bilan que certains aimeraient plus transparent. La sénatrice centriste Nathalie Goulet, présidente de la commission d’enquête sur les réseaux djihadistes, a demandé au ministère de l’intérieur, en décembre 2015, de lui fournir un bilan circonstancié des résultats du CPDSI.

 

« Cette structure n’a pas de bureau et un très faible effectif, je souhaite juste comprendre comment on déradicalise dans de telles conditions », avait expliqué Mme Goulet au Journal du dimanche.

 

Lire notre enquête : « Ma génération choisissait l’extrême gauche, eux le djihad »

Le communiqué du CPDSI ajoute que Dounia Bouzar poursuivra son travail sur le sujet, commencé avant d’avoir été mandatée par l’Etat : « Elle va reprendre ses recherches avec les familles au sein des réalités de terrain et construire une école de déradicalisation, afin que le plus de citoyens possible puissent se former et se perfectionner sur le sujet. »

 

22. févr., 2016
Oui à la constitutionnalisation de l’état d’urgence, non à la déchéance de nationalité !
 
Suite aux attentats terroristes sans précédent qui ont ensanglantés Paris et Saint-Denis le 13 novembre dernier, le président de la République et le gouvernement ont pris la mesure de l’évènement et ont réagi avec responsabilité en instaurant l’état d’urgence, en menant des opérations sur le territoire national, et en renforçant les coopérations policières et douanières au niveau européen. Ces mesures, indispensables pour lutter contre les réseaux terroristes, ont permis la saisie de centaines d’armes destinées, pour la plupart, à commettre d’autres attaques sur notre sol.
 
Lors de la réunion extraordinaire du Parlement réuni en Congrès à Versailles le 16 novembre dernier, le Président de la République avait affiché une extrême fermeté face aux actes barbares commis contre notre nation. A l’unisson, nous avions applaudi son discours.
 
Conformément à ses engagements, une révision de la Constitution a été engagée. Celle-ci comprend deux articles : l’un sur l’état d’urgence, l’autre sur la déchéance de la nationalité.
 
Nous nous sommes exprimés favorablement à l’article 1, la constitutionnalisation de l’état d’urgence. Ce régime juridique existe déjà dans une loi ordinaire de 1955, modifiée le 20 novembre 2015. L’inscrire dans la Constitution permettra de mieux l’organiser et l’encadrer.
 
Nos débats parlementaires ont également permis d’apporter de nouvelles garanties et de trouver un équilibre entre la protection des libertés individuelles et la prévention des risques pour la sécurité et l’ordre publics. Ainsi, la loi prévoit notamment « les conditions dans lesquelles le Parlement contrôle la mise en œuvre des mesures de l’état d’urgence ».
 
L’article 2 concerne lui la déchéance de nationalité. Si nous sommes pleinement en accord avec le président de la République sur la nécessité de mettre en place une mesure forte à l’encontre de ceux qui, en passant à l’acte, tournent le dos à nos valeurs et s’excluent d’eux-mêmes de la communauté nationale, nous avons exprimé dès le mois de décembre notre opposition à cette mesure.
 
En effet, même si le texte a largement évolué pour ne plus viser uniquement les terroristes binationaux, nous estimons que tous les risques d’inégalité de traitement ne sont pas levés. Un terroriste, qu’il ait une, deux voire trois nationalités, reste un terroriste et doit se voir infliger la même peine.
 
C’est donc pour répondre à ces deux exigences, une mesure forte d’un côté et une égalité de traitement de l’autre, que nous avons proposé une mesure de déchéance nationale (amendement n°207 porté par Olivier Faure). Cela aurait permis de retirer tous les attributs et les droits liés à la nationalité française, à tout terroriste qui attaque indignement notre République.
 
Cet amendement ayant été rejeté, nous avons décidé de voter contre l’article 2 du projet de loi constitutionnelle et de nous opposer, de fait, à la proposition de déchéance de nationalité.
 
Au moment où nous avons tant besoin d’unité, de rassemblement, de dépassement des clivages, nous appelons de nos vœux à une réécriture de l’article 2.
 
C’est donc en responsabilité et sur la base de cette position partagée, à la fois en faveur de la constitutionnalisation de l’état d’urgence et contre la déchéance de nationalité, que nous avons décidé de nous abstenir sur ce projet de loi constitutionnelle « protection de la nation ». Il y aura une deuxième lecture à l’Assemblée nationale après le passage du texte au Sénat. Nous y réaffirmerons nos convictions et nos positions, et tenterons à nouveau de faire évoluer l’article 2 vers une mesure qui respecte le principe d’égalité.
 
 
 
Philip Cordery, député des Français du Benelux
Arnaud Leroy, député des Français d'Europe du Sud
22. févr., 2016
22. févr., 2016

 

Libération

Récit

Déchéance de nationalité : le gouvernement a eu «très chaud aux fesses»

Par Laure Bretton — 9 février 2016 à 22:01

 

Le Premier ministre Manuel Valls durant le débat sur la déchéance de nationalité à l'Assemblée nationale, le 9 février 2016 à Paris Photo JACQUES DEMARTHON. AFP

Porté par un député PS, un amendement proposant de supprimer la mesure qui fait polémique et la remplacer par une peine de «déchéance nationale», a été rejeté par 145 voix contre 108 (dont 87 socialistes). Manuel Valls appelle à ne pas jouer avec «la parole présidentielle».

  • Déchéance de nationalité : le gouvernement a eu «très chaud aux fesses»

 

«Leur amendement passait, il n’y avait pas de Congrès». De l’aveu d’un conseiller de l’exécutif suivant de très près la révision constitutionnelle, le gouvernement a eu «vraiment très très chaud aux fesses» mardi soir à l’Assemblée. Après une bataille déjà serrée sur une trentaine d’amendements prônant la suppression pure et simple de l’article 2 du texte instaurant la déchéance de nationalité pour les terroristes, 108 députés ont voté en faveur de la création d’une peine de «déchéance nationale», soit une privation des droits sociaux, familiaux et civiques.

 

Présenté par le socialiste Olivier Faure et signé par 77 de ses camarades, l’amendement 207 a finalement été rejeté par 145 voix. Mais 87 députés PS l’ont voté et «presque un tiers du groupe majoritaire qui vote un amendement ayant un avis défavorable du rapporteur de la commission des lois et du gouvernement, c’est rarissime», commente une source gouvernementale. La tension se lisait d’ailleurs sur les visages du secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen, et du conseiller spécial de Manuel Valls, Yves Colmou, chuchotant et scrutant l’hémicycle juste avant le vote. «Ils flippent les Frank Underwood (le personnage de House of cards, ndlr)», persifle un parlementaire. Surtout que se profile désormais le vote sur l’article 2 remanié, dénoncé par la droite et, donc, loin d’être acquis à gauche et finalement voté de justesse.

 

À lire aussi Les députés votent de justesse l'article inscrivant la déchéance de nationalité dans la Constitution

 

«Chaud patate»

 

Les proches de Martine Aubry (François Lamy ou Jean-Marc Germain), mais aussi les frondeurs et les anciens ministres Fillipetti, Hamon et Carlotti ont suivi Olivier Faure, qui a en revanche été lâché par Jean-Marc Ayrault. «Je n’ose pas croire que c’est parce qu’on lui a promis le Quai d’Orsay» lors du remaniement qui serait imminent, grince un parlementaire socialiste. Le groupe écolo a voté pour à l’exception de François de Rugy, de même qu’une majorité du groupe radical de gauche. Pierre Lellouche a été le seul député Les Républicains à voter pour.

 

 «D’après nos comptages, il y a 107 voix de gauche pour et 114 voix de gauche contre», calcule un partisan de la déchéance nationale. «Chaud patate», souffle un député légitimiste à sa sortie de l’hémicycle pour aller dîner pendant la suspension de séance. «Nous n’irons pas à Versailles» pour la réunion du Congrès, pronostique le député Pouria Amirshahi pour qui la majorité des trois cinquièmes des parlementaires (Assemblée et Sénat) nécessaire pour réviser la Constitution est désormais impossible.

Comme mardi matin devant les députés PS, Manuel Valls a refait un petit coup de pression dans l’hémicycle avant le vote des amendements, évoquant un «monde devenu plus dangereux» et une menace terroriste «globale» à son plus haut niveau. «Je ne veux pas brandir une menace à la légère, instrumentaliser les peurs, assure le Premier ministre. Il n’y a pas de dérive sécuritaire il y a un besoin de sécurité de nos concitoyens». Alors que son camp se fracture, il se paie le luxe d’expliquer qu’il «ne sert à rien de diviser, dans ces moments-là, il faut protéger et rassembler».

En fin de semaine, il appelait à voter la révision constitutionnelle «par respect pour les Français» et leur «courage» après les attentats de novembre, laissant entendre que celui qui s’opposerait au texte affaiblirait la France. Mardi, la menace est adressée très spécifiquement au «marais socialiste», ces élus plutôt légitimistes mais ébranlés par la déchéance de nationalité : voter contre affaiblirait… François Hollande et son «serment de Versailles». Manuel Valls prévient : «on ne peut pas jouer avec la parole présidentielle».

 

Laure Bretton