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22. janv., 2020

Marianne

Promesse de retraite minimum à 1.000€ : pourquoi il faut s'en méfier

Par Sébastien Grob

Publié le 09/01/2020 à 19:40

La réforme des retraites prévoit de créer un nouveau minimum de pension à 1.000 € nets en 2022, porté à 85% du Smic trois ans plus tard. Présentée comme une "révolution sociale" par Edouard Philippe, cette mesure sera en réalité peu voire pas avantageuse pour de nombreux retraités.

C'est un des arguments massue du gouvernement pour vanter son projet. La réforme des retraites prévoit la création d'un nouveau minimum de pension, qui s'établira à 1.000 euros en 2022. Il sera porté à 85% du Smic net (1.036€ aujourd'hui) trois ans plus tard, et sera ensuite revalorisé comme le salaire minimum. Ce plancher commun remplacera ceux des différents régimes, qui ont chacun leurs propres règles pour calculer les pensions minimales. L'enjeu est d'importance : environ 17% des nouveaux retraités touchaient un minimum de pension en 2016 selon les chiffres de la Drees. De quoi parler de "révolution sociale", comme Edouard Philippe lors de son discours du 11 décembre dernier ? La mesure est en réalité moins avantageuse que le suggèrent les envolées de l'exécutif pour de nombreux futurs retraités. Marianne vous explique pourquoi.

Le nouveau plancher s'appliquera d'abord à l'ensemble de la retraite du salarié, pension complémentaire comprise. Il ne s'agit donc pas d'un simple relèvement du Minimum contributif (Mico), le minimum du régime général, comme le laissait penser le projet du gouvernement dévoilé en décembre. Le Mico s'établit aujourd'hui à 702,55€ par mois pour les retraités qui ont cotisé pendant au moins trente ans (120 trimestres). Si leur pension calculée selon la formule de base est inférieure, elle est augmentée pour atteindre ce montant.

Mais le Mico n'est qu'une pension de base : les retraités touchent en plus les droits acquis au titre de leur retraite complémentaire, variables en fonction de leur revenu et de leur durée d'activité. Au total, les salariés qui partent à la retraite aujourd'hui en ayant travaillé toute leur carrière au Smic touchent en moyenne 81% de leur dernier salaire, selon un rapport du Conseil d'orientation des retraites (COR) de juin dernier. A comparer avec les 85% promis par le gouvernement : en prenant le salaire minimum actuel, cela représente un gain (révolutionnaire ?) de 49€ par mois.

L'impact de l'âge pivot

Le projet du gouvernement prévoit de durcir les conditions à respecter pour recevoir le minimum de pension. Comme dans le système actuel, les retraités devront avoir cotisé pendant une carrière dite "complète" pour le toucher. C'est-à-dire pendant une durée légale variable selon l'année de naissance, qui s'élève à un peu moins de 42 ans pour les nouveaux retraités actuels et doit augmenter jusqu'à 43 ans à l'horizon 2035. Pour ceux qui partiront avant, ils recevront le minimum de pension diminué en proportion de la durée manquante, comme dans l'ancien système.

Mais le projet du gouvernement prévoit d'ajouter une deuxième contrainte : le fameux âge pivot. Tel que prévue par l'exécutif, cette mesure doit affecter d'un malus de 5% par an les pensions des retraités qui choisiraient de partir avant 64 ans à partir de 2027. Si un salarié choisit par exemple de partir à 62 ans, il verra sa pension amputée de 10%. Mais pas seulement : il perdra aussi la totalité du bénéfice du minimum. Aujourd'hui, un salarié qui part avant d'avoir droit à une retraite à taux plein voit quand même le Mico pris en compte dans le calcul de sa retraite. Il touche ainsi un montant égal au minimum affecté d'un malus, malus d'autant plus important qu'il part tôt. Après la réforme, il n'y aura "pas de malus sur le montant du minimum de retraite", précise ainsi le secrétariat d'Etat aux retraites auprès de Marianne. Résultat : ils subiront bien un malus, mais ce dernier s'appliquera sur leur retraite calculée selon la formule de base.

Cette nouvelle condition pèsera lourd sur les salariés ayant commencé à travailler tôt. Ils sont environ 45% à avoir débuté leur carrière avant 21 ans dans la génération qui prendra sa retraite à l'horizon 2030. Dans l'ancien système, ils auraient pu partir sans malus à 62 ou 63 ans. Et recevoir le Mico, qui rehaussait la pension de ses bénéficiaires de 113€ mensuels en moyenne en 2014, selon une étude du COR. Après la réforme, ils subiront une décote et n'auront pas droit au minimum de pension s'ils partent avant l'âge pivot. Une perte qui, au total, "dans le cas d'un salarié au Smic né en 1965 qui a commencé à travailler avant 20 ans", se chiffrera à "15% de sa pension par rapport à l'ancien système s'il part en 2027", calcule Henri Sterdyniak, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). De quoi l'inciter à repousser son départ jusqu'à l'âge pivot.

 

9. janv., 2020

Marianne

Retraites : pendant que Philippe se dit "ouvert à des discussions", son gouvernement accélère à l'Assemblée

Par Louis Nadau

Publié le 07/01/2020

Alors qu'Edouard Philippe explique ce mardi 7 janvier n'être "fermé à aucune modalité" pour parvenir à un accord avec les syndicats réformistes sur l'âge pivot, son gouvernement accélère la procédure législative à l'Assemblée nationale en fixant une date d'examen dès le mois de février, après avoir soumis un texte au Conseil d'Etat.

Ça ne coûte rien de discuter, et encore moins quand les décisions semblent déjà prises. Ce mardi 7 janvier, le Premier ministre, Edouard Philippe, est venu faire passer ce message à l'antenne de RTL : pour le gouvernement, les négociations avec les syndicats sur la réforme des retraites sont encore ouvertes. "Ma détermination à faire avancer cette réforme n'a d'égal que mon ouverture et la volonté que j'a[i] de discuter avec les syndicats des modalités de cette réforme", a-t-il assuré. La veille, nos confrères du Parisien révélaient toutefois que l'affaire était déjà pratiquement bouclée, puisqu'un texte avait déjà été envoyé au Conseil d'Etat, avant un examen en procédure accélérée par l'Assemblée nationale prévu dès le 17 février prochain, pour une adoption espérée "au mois de mars", selon le Premier ministre.

Marc Fesneau, ministre des Relations avec le Parlement, a en effet fixé ce calendrier en conférence des présidents de l'Assemblée, après avoir annoncé au Parisien ce lundi qu'une première version de la réforme avait été envoyée à la plus haute juridiction administrative française, dont l'avis est requis, comme le prévoit l'article 39 de la Constitution, avant l'examen du projet de loi en conseil des ministres.

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Il s'agit, en clair, de la première étape du processus législatif à proprement parler, alors même que les négociations avec les partenaires sociaux sont encore en cours, et qu'une nouvelle journée de mobilisation contre la réforme est prévue ce jeudi. Si son contenu précis, et la présence ou non dans cette version des points les plus contestés de la réforme restent inconnus, le brouillon soumis au Conseil d'Etat serait déjà bien avancé : selon une source au sein de l'exécutif citée par Le Parisien, cette mouture est déjà rédigée "à 95 %".

"Je ne suis fermé sur aucune modalité"

A entendre le Premier ministre ce mardi, la marge de manœuvre des syndicats était pourtant encore très large : la proposition du secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, d'organiser jusqu'à fin juillet une "conférence de financement" sur les retraites afin de dénouer le nœud que représente l'âge pivot à 64 ans ainsi été accueilli comme une "bonne idée" par Edouard Philippe. "Je suis ouvert à des discussions sur beaucoup de sujets et j'entends parfois d'excellentes idées", a-t-il ajouté. "Je ne suis fermé sur aucune modalité. Je suis attaché à un principe qui est que cette réforme ne soit pas irresponsable et qui ne se poserait pas la question de comment on finance les avancées (...) On est prêt à faire des avancées. Elles doivent être garanties avec l'équilibre du système", a insisté le chef du gouvernement.

Des déclarations pour le moins contradictoires avec les démarches et le calendrier annoncé par Marc Fesneau, qui laissent au contraire entendre que le gouvernement est désireux de siffler au plus vite la fin du match. Certes, ce dernier peut toujours adresser une lettre rectificative au Conseil d'Etat pour modifier la réforme – "le texte n'est pas figé", insiste d'ailleurs une source gouvernementale dans Le Parisien - mais l'exécutif semble ainsi ne vouloir consentir qu'à des retouches à la marge de son projet, donnant aux négociations relancées aujourd'hui des airs de jeu de dupes.

 

9. janv., 2020

Le Huffpost

Retraites: 59% des Français veulent que Macron s'implique dans la sortie de crise - SONDAGE EXCLUSIF

Un sondage Yougov pour "Le HuffPost" montre que le soutien à la grève reste majoritaire, tout comme l'opposition à l'âge pivot.

Par Romain Herreros

POLITIQUE - Alors que le conflit social sur la réforme des retraites perdure, et que les différentes annonces du gouvernement ne suffisent pas à faire baisser la tension, les Français en appellent à l’arbitrage de leur président. C’est en tout cas ce que montre ce sondage exclusif Yougov pour Le HuffPost dévoilé ce mercredi 8 janvier.

Dans cette enquête réalisée entre le lundi 6 et le mardi 7 janvier, 59% des personnes interrogées se disent favorables à une intervention publique d’Emmanuel Macron “pour trouver une sortie de crise”, après plus d’un mois de grève dans les transports ou le secteur énergétique

Une intervention du chef de l’État d’autant plus réclamée que les vœux présidentiels ont survolé le sujet et que cette enquête révèle une situation de blocage au sein de l’opinion. En effet, si 58% des Français continuent de soutenir le mouvement social (-2 points en un mois), ils sont tout aussi nombreux à se prononcer pour “la mise en place d’un régime universel avec des règles communes de calcul des pensions”.

66% des Français contre l’âge pivot

Pour autant, la réforme telle que présentée par Édouard Philippe est très loin de faire l’unanimité. Seulement 38% des sondés sont favorables à l’instauration d’un régime par points quand 66% souhaitent que le gouvernement renonce à l’instauration de l’âge pivot, cette mesure d’économie sur laquelle Édouard Philippe se montre inflexible et qui coûte à la réforme le soutien de la CFDT, seul syndicat favorable à un système universel par points. Une opposition à cette “mesure d’âge” qui s’élève tout de même à 34% chez les sympathisants de La République en Marche. En outre, 56% des Français estiment que la réforme produira plus d’inégalités. Un score en hausse de 12 points par rapport au mois de décembre, et qui montre que le “projet de justice” martelé par la majorité a du mal à imprimer dans l’opinion. 

Les avis sont moins tranchés lorsqu’il s’agit du retrait total du projet. À la question “le gouvernement doit-il renoncer, ou non, à l’intégralité de la réforme des retraites comme le demande l’opposition?”, ils sont 49% à répondre par l’affirmative et 36% par la négative. Un refus du retrait pur et simple de la réforme qui s’exprime à 54% chez les sympathisants LR. Surtout, 16% des sondés affirment ne pas avoir d’avis sur cette question, ce qui montre qu’une part importante de l’opinion reste dans le flou malgré l’installation de la crise dans la durée. 

Alors qu’une nouvelle manifestation est prévue jeudi 9 janvier, la balle est désormais dans le camp du gouvernement, qui doit recevoir à Matignon les organisations syndicales et patronales afin de jeter les bases d’une (obscure) “conférence de financement”. Au regard des enseignements de cette enquête, il est difficile d’affirmer que ces manœuvres produiront des effets positifs sur l’opinion pour le gouvernement. À moins d’enterrer définitivement l’âge pivot, et que ce soit le président de la République en personne qui s’en charge.  

Sondage réalisé en ligne les 6 et 7 janvier sur un échantillon représentatif de 1003 Français de 18 ans et plus.

 

8. janv., 2020

Marianne

 "Il n'y a rien à négocier" : la frustration des syndicats enseignants face à la réforme des retraites

Par Anthony Cortes

Publié le 19/12/2019

 Depuis plusieurs semaines, les syndicats enseignants et le ministère de l’Éducation nationale enchaînent les rencontres pour établir le montant et les modalités de revalorisation de leurs traitements. A chaque fois, la même conclusion : le flou.

Beaucoup d’espoir pour très peu de résultats. Depuis le début du quinquennat, les rencontres entre les différents syndicats enseignants et le ministère de lÉducation nationale ne débouchent que sur très peu de concret. Au grand dam des professeurs pourtant bousculés par de nombreuses secousses : du mouvement “Pas de vague”, dénonçant sur les réseaux sociaux au mois d’octobre 2018 l’apathie de la hiérarchie face aux faits de violences, à l’émergence des “Stylos rouges”, mobilisation asyndicale engagée depuis le début de l’année 2019 en faveur d’une revalorisation salariale de la profession. En ce mois de décembre, les débats autour de la réforme des retraites et de ses conséquences pour le corps enseignant agrègent autour de ce projet toutes les frustrations accumulées ces derniers temps. Un cocktail particulièrement explosif pour l’exécutif, souligné par l’omniprésence des professeurs dans les différents cortèges de manifestants depuis le 5 décembre dernier, qu’il tente par tous les moyens de dégonfler. En dialoguant ou en temporisant.

“On nous reçoit pour faire de l’occupationnel”

“Nous avons très vite vu que les professeurs étaient en danger avec cette réforme des retraites”, signale Francette Popineau, co-secrétaire générale du Snuipp, syndicat du premier degré. Depuis le mois d’octobre, quatre rencontres ont eu lieu pour “mesurer les pertes des enseignants” et se pencher sur d’éventuelles “compensations”. “Une en octobre, une en novembre, deux en décembre”, rapporte Jean-Rémi Girard, président du Snalc, syndicat du secondaire. À l’issue ? “Rien de concret !”. À chaque fois. “On nous reçoit pour faire de l’occupationnel, explique-t-il. On nous installe, on nous écoute, on établit ce qu’ils appellent un ‘diagnostic partagé’ et ça suffit pour se prévaloir, dans les médias, de la tenue de discussions constructives”.

C’est d’ailleurs en voyant les choses n’avancer que très modérément sur ce dossier que le Snes a pris l’initiative de mettre en ligne un simulateur à la fin du mois de novembre à l’adresse des professeurs. L’objectif : informer ce public mais aussi mettre la pression sur le ministère, et donc sur les discussions en cours, en mobilisant une opinion publique avertie des mauvais tours joués au personnel enseignant avec cette réforme. En prenant en compte l’ensemble de la carrière pour calculer la pension, contre les six derniers mois aujourd’hui, la perte est estimée entre 600 et 900 euros selon cet outil. De quoi provoquer une vague d’émotion dans toute la profession. Et rendre le gouvernement rouge de colère, accusant les syndicats d’avoir relayé des estimations qui “ne correspondent à rien”, comme l’indiquait Marianne le lendemain de la première mobilisation contre la réforme des retraites. “On nous reproche toujours de ne pas marcher dans le même sens que le ministère, souffle Francette Popineau. Avec Jean-Michel Blanquer, c’est toujours le même schéma. Il nous invite à monter dans sa voiture sans nous renseigner sur la destination. Et si nous n’acceptons pas, c’est que nous ne sommes pas de bonne volonté”. Taquine, elle voit en lui un “Kaa” potentiel, le serpent hypnotiseur du livre de la jungle : “Aie confiance, aie confiance, nous répète-t-il en permanence”.

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C’est pour pallier ce manque de soutien des syndicats que le ministre de l’Éducation nationale a pris la plume le 3 décembre dernier pour s’adresser directement au personnel enseignant. Pour “sauter par-dessus les syndicats”, selon les différentes centrales. Eux qui seraient “pétris de mauvaise foi” et donc incapables de répandre la vérité sur ce texte, d’après un membre de la majorité interrogé. “Cette communication s’est retournée contre le gouvernement, observe le président du Snalc. Dans sa lettre, le ministre a mis en avant le fait qu’une 'pension minimale de 1000 euros' sera mise en place. Les professeurs se sont dits : ‘On va donc descendre si bas ?’. C’était la panique”. Deux jours plus tard, la manifestation rassemblera un nombre impressionnant de professeurs et obligera le gouvernement à adopter un ton bien différent lors des discussions.

 Stratégie de temporisation

“Jusqu’au lendemain de la mobilisation du 5 décembre, le gouvernement temporisait, estimeGilles Langlois, secrétaire national du syndicat SE-UNSA. Il voulait très clairement enjamber les premières dates de mobilisation pour jauger l’état d’esprit des professeurs avant d’éventuellement sortir un peu du bois”. D’où la stérilité des débats jusqu’ici. Pourtant, dès le départ, les demandes des syndicats sont simples : obtenir le déblocage immédiat de dix milliards d’euros destinés à une revalorisation des salaires des enseignants. En vain. “Cette période où le gouvernement a refusé de s’engager a créé un sentiment de flou difficile à dissiper dans toute la profession, poursuit-il. Maintenant qu’il a été créé, il demeure. Et même aujourd’hui, alors que nous venons d’obtenir des signaux concrets, ils ne sont plus audibles”.

Reçus ce lundi 16 décembre, le Snalc, le Snes, le Snuipp et la FSU ont enfin obtenu une promesse : 10 milliards d’euros seront bien débloqués… mais progressivement, d’ici 2037. Et le détail de ces revalorisations, qui concerneront aussi bien les primes que les salaires sera renseigné dans une loi de programmation pluriannuelle. Cette dernière verra le jour à l’issue de nouvelles discussions entre le ministère et les partenaires sociaux. Une victoire pour les syndicats ? Pas vraiment. “Ce qui ressort de nos échanges comme de la communication gouvernementale, c’est que ce ‘cadeau’ ne se fera pas sans contrepartie, regrette Jean-Rémi Girard. On va nous demander de travailler plus…”. Alors que les “conditions de travail sont difficiles”, que la profession connaît de nombreuses “difficultés pour recruter”, “on nous explique désormais que nous sommes dans un pays où les enseignants ne travaillent pas assez”, déplore le syndicaliste. “Nous avons beau présenter les preuves du contraire, nous sommes dans une négociation où il n’y a rien à négocier”, poursuit-il.

“Ni oui, ni non, seulement des contournements”

Pour le reste, encore une fois, même si on avance, c’est le flou. Dans quel but ? “Le ministre prend soin de garder un discours suffisamment vague pour ne jamais vraiment s’engager, analyse Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes-Fsu. De plus, on a vraiment l’impression que lui-même est dans l’incertitude, que ce soit à propos d’un éventuel calendrier ou même de la masse salariale concernée”. “On ne va pas rendre Jean-Michel Blanquer responsable de tout, nuance Jean-Rémi Girard. Mais son rôle, aujourd’hui, c’est de trouver des solutions. Or, aujourd’hui il ne brille que par son impuissance et ses esquives”.

Dans les rangs syndicaux, la frustration prend des proportions embarrassantes. Selon la représentante du Snes-Fsu, leur dernière rencontre en a été l’illustration : “Nous lui avons demandé ce qui se cachait derrière son fameux 'enseignant du XXIe siècle', sur son intention de 'rendre visible le travail invisible', sur d’éventuels aménagements de fin de carrière, sur la répartition des enveloppes en fonction des années, la prise en compte des années d’études dans le calcul des pensions... Nous voulions des réponses enfin claires. Nous avons eu ni oui, ni non. Seulement des contournements”. Le brouillard, rien que le brouillard.

 

6. janv., 2020

Marianne

 Alerte rouge : la CFDT "va potentiellement proposer aux citoyens de se mobiliser" contre la réforme des retraites

Par Louis Nadau

Publié le 20/12/2019 à 13:24

Le secrétaire général de la CFDT, brandi ce vendredi 20 décembre la menace d'une mobilisation contre l'âge pivot prévu par la réforme des retraites, sans lui donner de consistance.

Ça va chauffer – mais pas trop quand même. Invité de France inter ce vendredi 20 décembre, le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, a montré les muscles face au gouvernement sur la "ligne rouge" de la réforme des retraites : l'âge pivot à 64 ans, en dessous et au-dessus duquel il est prévu que les pensions soient sous ou sur-cotées. Comme à son habitude, le leader du syndicat réformiste a ainsi brandi la menace d'une mobilisation, sans lui donner de véritable consistance.

"Je vous le dis, ça va monter très fort au mois de janvier en désaccord sur cet âge pivot", a prévenu le syndicaliste. Et le gouvernement ferait mieux de numéroter ses abattis : "La CFDT, à partir du 6 janvier, va interpeller les parlementaires, elle va aussi avoir des actions de mobilisation, (...) parce qu'on ne peut pas accepter cette mesure injuste", rugit Laurent Berger. Tous aux abris !

"ça pourra être des rassemblements"

Si l'on en doutait, le secrétaire général de la CFDT le rappelle : "Je veux que l'âge pivot soit retiré de cette réforme, je le redis devant vous." Et pour cela, Laurent Berger est prêt à tout : "On va potentiellement proposer aux citoyens de se mobiliser, y compris, pourquoi pas, un samedi, on y réfléchit", propose timidement celui qui, l'été dernier, avait regardé passer sans sourciller le train de la réforme de l'assurance chômage. "Ça pourra être des rassemblements, des choses plus festives que ce qu'on fait habituellement", menace encore le forcené de la lutte sociale.

Rappelons que, ce mardi, la CFDT s'est finalement décidée à entrer dans la danse de la contestation sociale, en organisant avec la CFTC et l'Unsa une manifestation – sa toute première -, bien distincte de celle de l'intersyndicale opposée au projet dans son ensemble, menée par la CGT et FO. Pour autant, au détail près de l'âge pivot, qui vient "pourrir" le texte, l'idée d'une réforme "systémique" créant un régime de retraite par points enthousiasme toujours Laurent Berger, qui pourrait même emporter le morceau dans la négociation, en faisant adopter sa proposition d'augmenter les cotisations pour évacuer l'âge "d'équilibre" à 64 ans. "C'est encore sur la table", espère-t-il.

Et si l'âge pivot, à propos duquel le gouvernement fait preuve, selon les dires de Laurent Berger, d'une "grande détermination", n'est pas retiré, que se passera-t-il ? "On continuera d'exprimer notre désaccord", explique poliment le syndicaliste. Et de conclure : "Ce qui est sûr, c'est qu'on peut trouver un compromis, et je le souhaite. Le Premier ministre a essayé d'ouvrir la porte." Avec des ennemis pareils, le gouvernement n'aura bientôt plus besoin d'amis.