4. oct., 2018

Incendie du musée national de rio

Le fruit d’une négligence absolue

Fils électriques à nu, plafonds qui suintent… Depuis plusieurs années, la culture et la science pâtissent de sévères coupes budgétaires. Des pièces très précieuses sont perdues.Il était un peu plus de 2 heures du matin, lundi 3 septembre, quand les pompiers sont parvenus à neutraliser l’incendie. Après avoir été dévoré par les flammes pendant plus de six heures, le Musée ­national de Rio de Janeiro, au bord de l’effondrement, était déjà en cendres. « 200 ans d’Histoire détruits », ­titrait lundi en « une » le quotidien O Globo. « Une tragédie annoncée », complétait ­l’Estado de Sao Paulo.

Après s’être rendu sur les lieux, où il fut hué, le ministre de la ­culture, Sergio Sa Leitao, a annoncé le déblocage immédiat de 10 millions de reais (2 millions d’euros), tout en appelant à l’aide internationale. Lundi soir, le ­Portugal proposait sa collaboration pour la reconstruction de ce joyau du patrimoine lusophone et le chef d’Etat français, Emmanuel Macron, offrait « ses experts au ­service du peuple ­brésilien ».

Plus vieille institution académique du Brésil, référence en Amérique latine, le musée de Rio, créé en 1818 par l’empereur Dom Joao VI, était abrité depuis 1892 dans le palais de Sao Cristovao, résidence de la famille impériale portugaise, dans la zone nord de Rio. C’est dans cet édifice que fut signée l’indépendance (en 1822), là où naquit la princesse Isabelle (en 1846), là, aussi, où furent reçus après l’ouverture du musée au public, en 1900, Albert Einstein, Marie Curie ou Alberto Santos-Dumont, le pionnier de l’aviation brésilienne.

Une « tragédie incommensurable »

Le musée conservait des pièces de collection d’une valeur inestimable. Parmi elles, le squelette de Luzia, plus vieil Homo sapiens d’Amérique du Sud, daté de plus de 11 000 ans, des momies égyptiennes ou des squelettes de dinosaures… A en croire les premières estimations, seules 10 % des œuvres auraient été préservées, dont la météorite de Bendego.

« Aujourd’hui est un jour tragique. (…) Deux cents ans de travail, de recherches, de connaissances ont été perdus », a réagi le président du pays, Michel Temer. Une « tragédie incommensurable » a ajouté son ministre de la culture, Sergio Sa Leitao.

« Cet accident ne doit rien au ­hasard !,enrage Olivia Pedro, ­anthropologue à l’université ­fédérale de Rio, établissement en charge du musée et financé par l’Etat. Depuis des années, il y a une guerre contre le monde acadé­mique. On doit se battre pour notre survie. » Victimes de la crise et peu valorisées par les pouvoirs publics, la culture et les sciences ont fait l’objet de sévères coupes budgétaires ces dernières années. Et les sommes allouées par ­Brasilia au musée ont été divisées par deux entre 2013 et 2017, ­rapporte le quotidien Folha de Sao Paulo.

« Cette tragédie est le fruit d’une négligence absolue en marche depuis des années. Il n’y a aucune ­excuse », souffle Gaudencio ­Fidelis. Curateur de renom au Brésil, l’homme a eu la charge du Musée des arts de Rio Grande do Sul entre 2011 et 2014. « Quand j’ai pris mes fonctions, rien n’était au point. J’ai entamé la mise à jour du plan incendie, cela a pris deux ans pendant lesquels je ne dormais pas de la nuit ! », raconte-t-il.

 Les Nouvelles

Le 06/09/18